Le théâtre brûlant

Mon quartier préféré à Tōkyō : le kabuki chaud kabuki show Kabukichō.

Version locale des Trois Mousquetaires. Je vous laisse deviner la profession de ces dames.

Petite pause papotage pour se délier la langue entre deux pipes.

Comme le laisse entrevoir le commentaire délicat et raffiné des photos, c’est le quartier chaud de Tōkyō, le temple de la grivoiserie, l’antre de la luxure, le paradis du touche-pipi, la foire à la gaudriole… Je bande donc je suis, disait mon ami Descartes. Forcément, j’adore.

Où c’est ? A Tōkyō, je l’ai déjà mentionné deux fois. Allô ?…
Comment y aller ? En suivant le plan et les panneaux vers Shinjuku dans un premier temps puis les lumières vers Kabukichō. C’est très bien indiqué en kanji et romaji.

Shinjuku, c’est par-là. De jour…

… comme de nuit.

Pourquoi je parle de Shinjuku ? Parce que la ville de Tōkyō est divisée en arrondissements (区, ku) et que Shinjukuku– avec deux culs ku – est l’un d’eux (新宿区, Shinjuku-ku). Et l’arrondissement est lui-même subdivisé en quartiers dont Kabukichō (歌舞伎町). A noter que la mairie de l’arrondissement est située dans Kabukichō.
Le quartier a une superficie de 3500 m² pour une population d’environ 2100 hbts, chiffre qui ne reflète que le nombre de résidents. En pratique, les rues sont blindées de populo si on compte les touristes, “consommateurs”, travailleurs pendulaires, clandestins…
Le nom vient d’un théâtre (kabuki, donc) que le touriste n’a pas l’occasion de visiter puisqu’il n’existe pas. En effet, le projet a fait long feu à la fin des années 40 et l’érection du bâtiment n’a jamais eu lieu, mais le nom est resté.

Taxi Driver. Pause clope pour le De Niro local.

En éminent représentant de la gaule (avec et sans majuscule), je me devais de visiter Kabukichō. Ce que j’ai fait sous le soleil, la pluie et la neige, de jour comme de nuit.
Trois choses frappent dans ce quartier, la dernière ne se limitant pas forcément au sens figuré de l’expression : les néons, le cul, la pègre.

Bientôt à l’affiche le film Néon, avec Jean Relo.

Plein les yeux

On appelle Kabukichō “la ville qui ne dort jamais” (眠らない街, Nemuranaimachi), d’abord parce qu’il faudrait être crétin pour piquer un roupillon avec autant de distractions à portée de main, ensuite parce que c’est tout bonnement impossible. Bien que ce ne soit pas trop la philosophie du coin, vous pourriez bouquiner dehors en pleine nuit sans lampe torche ou lunettes de vision nocturne. Il faudrait s’enfermer dans une pièce avec des volets, des rideaux, des doubles rideaux et une cagoule portée à l’envers pour cesser d’être ébloui.

Tel un phare dans la nuit…

Certaines enseignes ont le mérite d’être explicites grâce aux accortes donzelles qui les illustrent.

Je suis sûr que toutes ces lumières sont visibles depuis la Lune ou même Vénus.

Une ville-lumière qui fait passer Paris pour une loupiote de 20 W.

On attraperait le torticolis et des brûlures rétiniennes à essayer de lire toutes les enseignes lumineuses. Au passage, la lecture desdites enseignes impliquent de savoir jongler entre kanji, hirahana, katakana et romaji.

Plein la gueule

Quartier de débauche dans un pays où la prostitution est illégale (mais dans un cadre législatif qui laisse une énooooooooooooooorme marge), la même équation prévaut que partout dans le monde : abondance de sexe = abondance de criminels.
La concentration de tatouages et doigts coupés est assez éloquente. Je n’ai pas recompté, mais les chiffres japonais font état d’un millier de yakuzas à la tête de plus d’une centaine d’entreprises et de commerces du quartier. Sans parler de la pègre chinoise et dans une moindre mesure coréenne.
Comme je tiens à ma santé, je me suis bien gardé de prendre ce petit monde en photo, n’ayant pas eu envie de voir voler mon appareil ou mes dents dans l’air du soir illuminé au néon.

Plein le cul

La prostitution au Japon, c’est tout un art. Elle est interdite au Japon par une série de lois et d’amendements depuis 1948. MAIS ! Car il y a toujours un “mais” et celui-ci est d’une taille digne de Rocco Siffredi. Je ne me suis pas lancé dans la passionnante lecture du code civil local, mais quelques recherches m’ont appris que l’interdiction porte sur la pénétration vaginale. Ce qui laisse donc la porte ouverte (hum…) à d’autres orifices et pratiques. Et de façon plus générale, l’industrie du sexe dispose donc d’un champ de manœuvre assez large, dilaté comme une actrice porno, oserais-je avancer. Du massage crapuleux au pétage de rondelle en passant par la petite turlutte des familles, les alternatives qui vous exposent à l’orgasme plutôt qu’à la police sont légion.
Conseil un peu sérieux pour une fois… Si vous envisagez d’aller y prendre du bon temps, c’est vous que ça regarde. Je suis toujours parti du principe que chacun fait ce qu’il veut avec son cul. Ceci dit, au-delà de l’aspect moral dont on n’a pas grand-chose à carrer quand on traîne dans ce genre de quartier, j’insiste sur la notion légalité/illégalité. Pas par vertu, qui n’est qu’un mot comme disait Caton, mais parce que depuis quelques années, le quartier est sujet à une relative reprise en main à travers entre autres une présence policière accrue. Mieut vaut donc rester dans les clous et éviter de se faire prendre la main dans le sac, ou plus crûment la teub dans une foufoune.
Autre conseil, évitez les vagues, et je ne parle pas des tsunamis. Si quelqu’un vous dit non (le gérant, le videur, la fille), c’est non. Déjà parce qu’un viol reste un viol, même dans ce quartier de débauche. Ensuite parce que les videurs locaux ne sont pas forcément aussi aimables que ceux des boîtes de nuit françaises. Et vu le nombre d’établissements aux mains des pègres japonaises et chinoises, ce serait dommage de terminer dans une ruelle avec les rotules explosées. A la manière d’Attila, le gangster local, “c’est pas Jo le rigolo”.
Dernier conseil, vérifiez toujours où vous mettez les pieds ou les mains, lisez bien les enseignes et les étiquettes. Et plutôt deux fois qu’une, car les noms japonais sont parfois trompeurs. Ah oui, aussi, Ce n’est pas parce que les nanas ont l’air jolies que ce sont forcément des filles. Il y a quelques bars à hôtesses spécialisés dans les transsexuels, par exemple. Autant dire que ça réserve une surprise de taille aux gens distraits…

Quel genre d’attractions trouve-t-on dans ce Disneyland rose ?

  • Tout public : bars, restaurants, cinémas, boîtes de nuit vous permettront de prendre un verre, casser la croûte, mater un film et danser jusqu’au bout de la nuit tout en gardant vos fringues (c’est assez rare dans ce quartier pour mériter qu’on le souligne). Il y a aussi des salons de massage où on peut juste se faire masser, faut juste pas se tromper d’entrée.
  • Boîte de strip-tease. A part le fait qu’on nous a regardé d’un drôle d’œil, parce qu’on entrait en couple contrairement aux 99,99% de clients mâles solitaires, rien de particulier à signaler sur ce genre détablissement connu de tous. Musique + fille (plus ou moins) habillée => fille de moins en moins habillée qui danse => fille toute nue.
  • Bar à hôtes/hôtesses aux dénominations diverses et variées : Hosuto kurabu (ホストクラブ, de l’anglais host club), Kyabakura (キャバクラ, cabaret), Sunakku bā (スナックバー, snack bars qui n’ont rien à voir avec ceux de France)…
    Certains proposent juste la compagnie d’une hôtesse pour boire un coup et papoter (un genre de geisha du pauvre) ; d’autres sont tout simplement des bars à putes.
  • Love hotel (testé pour vous : tous les détails croustillants ici).
  • Soapland (testé pour vous : tous les détails croustillants ici).
  • “Club de santé” au nom trompeur qui n’aura rien à voir avec un club de fitness. Les fasshon herusu ou herusu tout court (ファッションヘルス, de l’anglais fashion heath) sont des salons de massage qui ne sont pas sans rappeler les soaplands mais avec moins de savon. On vous masse, on vous tripote, on vous suce. La recette de la prostitution sans contrevenir à la loi anti-prostitution. Dans le même genre, méfiez-vous des “salons de beauté”, qui n’ont rien à voir avec Yves Rocher.
  • Pinkusaron (ピンクサロン, salon rose). On y entre comme dans un moulin bureau de tabac, sauf qu’on n’y vient pas pour des clopes mais pour une pipe. Là encore, c’est un contournement de la loi : sucer n’est pas un crime (philosophie que j’approuve). On peut également y trouver des variantes (footjob, masturbation réciproque manuelle, cunnilingus, 69…). La clientèle est de tous âges, les tarifs étant accessibles même pour des étudiants ; la durée d’une prestation est fixée à un demi Jack Bauer (30 mn).
  • Image club (イメージクラブ, imēji kurabu) ou imekura (イメクラ). Les stipendiées du sexe y sont costumées en soubrette, écolière, héroïne de manga, infirmière, secrétaire, hôtesse de l’air, militaire, etc. Si vous fantasmez sur un uniforme quelconque, c’est là que ça se passe. Pour ceux qui se poserait la question, non je n’ai pas testé, pour la simple et bonne raison que ma chère et tendre a déjà tout ce qu’il faut à la maison, et gratuitement ! A noter que le concept peut se retrouver dans d’autres types d’établissements comme les bars à hôtesses ou les pink salons.

Les samouraïs au féminin brandissent leur étendard pour battre le rappel des troupes.

Ce pays de cocagne où toutes les filles sont jolies…

C’est-y pas romantique sous la neige ?

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