Heureux événement

Non, Yumi n’est pas enceinte.

Oyez, oyez, bconnes gens !
Aujourd’hui nous avons une grande annonce à faire : nous nous marions !

Tada !

Enfin, quand on dit “aujourd’hui”, c’est pas vraiment là dans la journée que nous nous marions. C’est juste l’annonce officielle. Quoique là non plus ce ne soit pas tout à fait exact, nos familles étant déjà au courant depuis belle lurette.
Bon, c’est pas grave, on s’en fout. Nous allons nous marier. Point.

Félicitations et condoléances sont donc de rigueur.
Attention quand même, tout ce qui est à base de violons sanglotants, phrases toutes faites éculées jusqu’à la corde par des siècles d’usage, dessins nunuches avec des gros cœurs mal coloriés et autres envolées lyriques gnangnans pleines d’amour mièvre avec un grand A, tout ce fatras dégoulinant de guimauve et de caca, donc, terminera irrémédiablement à la corbeille. Faites original (ou sobre, à la limite, moins on en dit, moins on court le risque de sortir une connerie).

Exemple kitsch à éviter, c’est de la merde.

Nihon über alles

Je ferai un exposé exhaustif sur le mariage à la japonaise un de ces quatre (sans parler du nôtre en particulier, comptez sur moi, vous allez en bouffer à toutes les sauces). En attendant, je mentionnerai juste quelques détails, notamment ce qui diffère d’un mariage à l’occidentale, le tout assaisonné à la façon dont Yumi et moi voyons les choses.

Je maîtrise à la perfection l’art de m’emmerder pendant les mariages à un point qui donne une idée de l’infini pascalien mais en plus effrayant. La règle vaut pour les baptêmes et communions, à tel point que je me demande encore pourquoi certains s’obstinent à m’inviter en le sachant. Pour me pourrir la vie, sans doute… Sans parler du fait qu’ils soient généralement à peine chrétiens, au mieux vaguement croyants mais certainement pas pratiquants sauf pour se mettre en valeur lors de cérémonies “qui en jettent” (paraît-il). Et moi, je le suis encore moins qu’eux, le dernier qu’on aurait l’idée de mettre dans une église sauf à aimer les odeurs de soufre ou à espérer que je prenne feu en terre consacrée… Je ne vise personne. Le seul moment où je me marre, c’est dans un baptême quand on me colle une bougie dans les mains et que j’explique qu’en latin “celui qui porte (ferre) la lumière (lux)” s’appelle Lucifer. Toujours de bon ton à l’église.
Connaissant la chose pour avoir entendu mes récits tout en nuances (sic) et en avoir fait l’expérience au mariage d’une de ses amies françaises où elle m’a traîné de force, miss Yumi a donc dû se livrer à un travail de sape de longue haleine. D’autant que je ne suis pas le genre à céder juste pour avoir la paix uniquement parce qu’on insiste lourdement. Je ne vise personne. Son exposé sur le mariage japonais m’a petit à petit convaincu, ne serait-ce que par sa subjectivité et sa partialité voire sa mauvaise foi, qui ne pouvaient que trouver un écho favorable auprès d’un ténor en la matière.
Je vous le livre à peu près tel quel.
Telle une bonne dissertation, le mariage nippon respecte le plan canonique en 3 parties :

  • En intro, premier bon point, pas d’enterrement de vie de garçon, ce qui me dispensera de passer le reste de ma vie en représailles de tout ce qu’on m’aurait fait subir.
  • La partie civile est très vite pliée ; dans l’absolu, elle pourrait même être torchée en un quart d’heure, voire se passer de la présence des intéressés (sauf justement notre cas particulier d’un mariage binational). Point de pseudo-cérémonial à la française, plus pompant que pompeux, où l’on se voit infliger le pensum de monsieur le maire, lequel maîtrise à la perfection l’art de vendre le morceau à coups d’obligations légales et de foudres pénales éventuelles. On n’a le droit de rien, mais le “devoir de” à l’envi (de vomir), miam… Tous mes vœux de bonheur et dans le cas contraire l’article 69 du Code d’ingérence étatique dans la vie des citoyens vous enverra au bagne de Cayenne. On comprend mieux l’impression de se faire passer la corde au cou plutôt que la bague au doigt…
    Au Japon, le mariage civil est juste une formalité administrative comme une autre. Vite fait, bien fait. A noter que contrairement à la France où on emballe tout le même jour, le mariage civil se fait des semaines voire des mois avant au Japon.
  • La cérémonie religieuse, réglée comme du papier à musique, se déroule en très petit comité (famille et amis très proches). Le bon moyen d’éviter les délires d’oncle Machin, fan de Jean-Marie Bigard et Patrick Sébastien, qui croit malin de ramener un coussin péteur à l’église… Ça s’est vu… Protocolaire comme une réception de l’ambassadeur – moins les Ferrero –, rien n’est anodin, tout est porteur de sens et surtout orchestré sans laisser la moindre part d’improvisation. Le point d’orgue en est l’échange non pas d’alliances, mais de coupes de sake. Rien que pour ça, j’ai hâte. Le prêtre détient le monopole de la parole, permettant ainsi aux membres de la famille d’échapper à la rédaction d’un discours à deux balles dégoulinant de bons sentiments. J’aurai brièvement l’occasion de l’ouvrir pour prononcer nos vœux. Les autres, silence radio de rigueur.
    Seul le marié a droit à une tenue traditionnelle et sobre, ce qui me permettra de ressortir ma tenue de fiançailles : c’est la même. Le reste de l’assemblée masculine se pare généralement d’un costard-cravate. Pour les femmes, c’est carnaval, et le budget fringues cumulé de ces dames doit représenter le PIB de la Suisse ou peu s’en faut.
    Après des heures de coiffure/maquillage, la mariée se présente au sanctuaire en blanc, qui n’est pas que la couleur du deuil au Japon, mais aussi, quelle originalité, celle de la pureté (même si, pour la pureté virginale, on repassera…). En fait, les deux significations sont liées, mais je vous épargne l’exposé détaillé sur la symbolique des couleurs. La mariée, donc, tout de blanc vêtue, porte également un couvre-chef de Pokemon, soit le watabōshi (綿帽子) soit le tsunokakushi (角隠し). Yumi portera le tsunokakushi, partant du principe que ce serait ballot de cacher ses cheveux sous une capuche. Le chignon porté pour l’occasion relève en effet de l’ingénierie architecturale et demande des heures de confection.
    Dans notre cas, la cérémonie religieuse coule de source, Yumi étant de religion shintō. Mon paganisme notoire s’accommode bien de la transition et d’un sycrétisme très personnel. Un dieu de la foudre ou une déesse de la guerre restent un dieu de la foudre ou une déesse de la guerre, ce n’est jamais qu’une question d’adaptation des noms. Moins hypocrite que nombre de mariages auxquels j’ai eu le malheur d’assister, qui n’avaient de religieux que le nom. Voir des athées devant un autel suscite certes l’amusement, mais on cherche vainement une dimension religieuse plus profonde que “le mariage à l’église, c’est pour le faste”, ce qui a le don de m’énerver (faste and furieux, quoi). Je ne vise personne.
  • Vient enfin la réception en grande pompe avec une tripotée de populo, à mi-chemin entre le vin d’honneur et le banquet, qui, sans atteindre un budget hollywoodien, vaut quand même le détour pour son ardoise démentielle. Pour avoir jeté un œil sur le budget prévu par le père de Yumi, l’unité de base est le million de yens. Et du train où ça va, je vais finir par manquer de doigts pour les compter… Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a vu grand, d’autant qu’il a exclu les formules toutes faites et prêtes à consommer des restos/hôtels où sont organisés les réceptions maritales (au motif que c’est chronométré… parfois parce qu’il y a un autre mariage qui doit passer derrière). Il est homme à dicter ses conditions, pas à la pointe du katana mais presque, conditions qu’il souhaite optimales pour nous. Ce qui a bien sûr un coût. En même temps, c’est son blé… même si je sens que notre compte va salement morfler au passage.
    Pour ladite réception, comme en Occident, le kitsch est parfois à l’honneur. Certains Japonais incluent par exemple une parodie de mariage chrétien avec un curé bidon. Enfin, j’appelle ça une parodie, mais eux le font sérieusement. Avec la miss, on a exclu d’office ce genre de pratiques. Yumi s’est contentée de dire que vu notre peu d’affinités avec le christianisme, ce serait déplacé de se livrer à de telles simagrées. J’ai avancé l’argument tout en retenue que tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à un chrétien serait renvoyé auprès de son Dieu sous la forme appropriée, donc crucifié sur la porte de la salle.
    La seule concession à l’Occident, outre la présence de fourchettes pour mes parents qui ne savent pas manger avec baguettes (tssss…), doit à la coquetterie de Yumiko. Robe de mariée à l’européenne pour la circonstance. Soit deux grandes tenues de mariage pour la même journée. Quand on connaît le prix de ce genre d’oripeaux, on comprend mieux pourquoi la facture explose littéralement. Là-dessus s’ajoutent d’autres changements de costumes de moindre importance. Un vrai défilé de mode…
    A noter qu’il n’y a pas de liste de mariage, ce qui nous dispensera de passer nos week-ends dans des brocantes à essayer de fourguer d’immondes services en porcelaine. C’est même plutôt les mariés qui font des cadeaux aux invités. Ceci dit, à l’entrée de la réception, ces mêmes invités devront se fendre d’une enveloppe garnie, un peu comme s’ils payaient leur place. A la fin, tel Bonnie et Clyde, les mariés repartent avec la caisse. J’ai déjà prévu de caser le “touche pas au grisbi, salope !” des Tontons Flingueurs.
    Pour bien faire, Yumi m’a déjà donné quelques consignes. Pas de sabre pour couper la pièce montée, pas de réflexion sur Lucifer quand on fera le tour de la salle pour allumer les bougies sur les tables des invités. La Marche Nuptiale sera aux abonnés absents pour cause de cliché, ma proposition de jouer Maréchal, nous voilà à la place n’a pas remporté les suffrages. En échange, j’ai formellement proscrit toute velléité d’ânerie “pour faire français” et j’ai obtenu gain de cause : point de danse des canards, de queue-leu-leu, tournante de serviettes et autre bonhomme en mousse.

Quand je parlais de coiffure alambiquée…

Tsunokakushi (à gauche) et watabōshi (à droite).

Procession au sortir du temple, une autre allure que les sorties d’église.

Just bientôt married

Tel Jeanne d’Arc, notre projet traîne sur le feu depuis quelques mois. A dire vrai, il commence à prendre gentiment forme depuis un petit moment.
La date des festivités est arrêtée pour avril 2013 (15 février pour le civil, notre date anniversaire). Je vous vois venir… Pas le 1er, non, ce serait de mauvais goût, même si l’idée m’a bien sûr traversé l’esprit. Il a fallu jongler avec le calendrier (métaphoriquement, j’entends) à cause des jours néfastes. Le 12 est sorti gagnant, mon chiffre préféré, ça tombe bien et c’est de bon augure (la main des dieux, dixit Yumi). Qui plus est pendant hanami, selon où en est la floraison des sakura, ce qui promet un chouette décor de cerisiers en fleurs. Avec mon tact coutumier, je n’ai pas pu m’empêcher de signaler que la fleur de cerisier étant le symbole de l’éphémère, c’est plutôt moyen comme présage pour un mariage. Ce à quoi on m’a rétorqué : “chut, c’est joli”. Certes. C’est là que j’ai compris qu’on venait de me placer de facto dans le camp des suiveurs et que d’autres (n’est-ce pas, Yumi ?) prendraient les décisions pour moi afin d’éviter d’avoir à supporter mes commentaires vaseux. Je ne m’en plains pas, je me trouve parfait dans le rôle tout aussi parfait de celui qui se contentera de dire “oui, oui” à tout sans s’occuper de quoi que ce soit… ou presque.
La famille de fraülein Yumiko se charge de l’infrastructure lourde : la mairie pour le civil ; le jinja (et non pas ninja ; sanctuaire shintō) pour la cérémonie religieuse ; la salle pour les festivités interminables du banquet. Yumi quant à elle s’occupe des trucs de filles (sa robe, la déco, sa robe, le plan de table, sa robe…).
Les dates et la destination du voyage de noces ne sont pas pas encore arrêtées. La nuit de noces aura lieu le soir même de nos épousailles, même si on a pris “un peu” d’avance. Je posterai la vidéo.
Je n’épilogue pas sur les détails organisationnels, le lecteur lambda n’ayant rien à carrer des questions de logistique ou d’intendance. Si vous êtes déjà passé par-là, ça ne vous apprendrait rien. Dans le cas contraire, ça va vite vous emmerder.

J’ai quand même écopé de la charge de gérer ma famille et mes invités. Soit un total faramineux de… 6 personnes ! L’avantage de vivre au bout du monde. C’est loin, c’est cher, c’est une date à la con pas pratique, personne n’a envie de se déplacer juste pour une journée et ça m’arrange bien vu que j’ai justement envie que personne ne se déplace. J’ai pris la consigne au pied de la lettre : “cérémonie dans la plus stricte intimité” qu’on m’a dit. Ok, parfait, j’exécute.
On sera donc 7 fromages blancs perdus au milieu de 150 Nippons pour le banquet (tout le monde n’a pas la même conception de l’intimité, n’est-ce pas Yumi ?). Mes parents, mon grand-père et sa dulcinée, mon témoin et sa femme. Point. J’ai interdit de séjour au Japon le reste de ma famille, complètement ingérable et disposant d’une incroyable faculté à pourrir l’ambiance en ressortant des histoires vieilles de 20 ans, éternels prétextes à engueulade sitôt que chacun a son coup de picrate dans le nez. L’avantage, c’est qu’à cette distance, je ne risque pas de m’entendre reprocher à chaque repas familial de ne pas les avoir conviés. Je n’assistais déjà plus à aucune réunion de famille bien avant de m’expatrier alors maintenant… Ah ! ah ! ah! Comme diraient Ponce Pilate et Adrien Monk, je m’en lave les mains.
Je m’en suis justifié auprès de mes rares invités avec cette phrase formidable dont je ne suis pas peu fier : Ce n’est pas parce que j’épouse un canon que j’ai besoin de boulets. J’envisage de l’inscrire sur une banderole de 2 mètres de haut à l’entrée de la salle de réception.
J’en aurai de toute façon déjà assez d’encadrer 6 personnes qui ne bitent pas un mot de japonais et parlent à peine anglais. On a déjà testé quand mes parents sont venus à Kyōto pour nos fiançailles, ce fut épique (mais marrant, faut reconnaître).

Une voie pavée de bonnes intentions

Comment en est-on arrivé là, connaissant mon amour profond pour l’institution maritale et le fait que les sentiments et moi ça fasse deux ? Ou même me connaissant tout court.

A l’annonce de nos épousailles prochaines, un ami m’a répondu : “Félicitations à Yumiko qui a décidé de te supporter une bonne partie de sa vie et bien sûr toutes mes condoléances pour toi  (ou inversement, à toi de voir ^^).” Il a bien résumé.
A dire vrai, Yumi n’a pas de mérite : elle est folle de moi. C’est une fille, donc dépourvue de cerveau. C’est tout à l’instinct, en grands sentiments éthérés. (Le même instinct qui vient de me valoir un coup sur la tête puisqu’elle lit par-dessus mon épaule. Aïe, bobo.)
Bon… En réalité, et la phrase précédente le prouve assez, me supporter force le respect et mérite effectivement moult félicitations. Ce n’est pas tant moi qu’il faille endurer que la tonne d’élucubrations qui va avec. D’après Yumi, les rares fois où je parle en dormant, il m’arrive quand même de sortir des feintes moisies et des jeux de mots débiles… et d’en rire…
En tant que petit copain, là, mes ex sont à peu près d’accord sur le fait que j’ai un comportement exemplaire au point que ma modestie en souffrirait presque. Vous savez, les conneries de prince charmant, fidèle, attentionné, drôle (sic), qui pense à baisser la lunette des gogues, tout ça… Bon ben je fais ça très sérieusement. Par contre, à côté, oui, faut vivre avec Dr Jekyll et Mr Hyde, avec un type capable de disserter sur le glissement de la phalange grecque du soldat-citoyen vers la phalange macédonienne du soldat-sujet au IVe s av JC… et tout autant capable de courir tout nu dans la maison en imitant Goldorak, à brandir un balai en beuglant “astéro-hache”… Hum… Y en a certaines que ça a un peu fatigué, ce qui se comprend. D’un autre côté, moi je n’ai jamais fait de caca nerveux au moment des soldes, limite à me rouler par terre et taper du pied comme un gosse de 4 ans juste pour un sac à main, et là bizarrement, il n’y avait que moi à trouver ça gamin, enfin bref… Je ne vise personne.
Toujours est-il que Yumi est capable de vivre avec ça, ce qui me va très bien puisque je n’ai pas envie de jouer à être un autre. Partant du principe que dès lors que je tiens mes engagements et que je prends mes responsabilités d’adulte (oui, ça m’arrive) aussi bien vis-à-vis d’elle que vis-à-vis de moi, elle me laisse libre de faire le con le reste du temps. Le double zéro de la gugusserie, permis de déconner à fond les ballons ! Ou plus simplement le droit d’être moi, ce qui est loin d’être le cas de tous les couples que je connais. Je ne vise personne.

Peut-être la notion japonaise de couple y est-elle pour quelque chose. Même pour des détails, on voit qu’on n’est plus en France (et par conséquent que les réflexes ont la peau dure). Marcher dans la rue main dans la main n’est pas courant, se rouler une pelle ou même simplement s’embrasser en public est aussi rarissime que mal vu. Qui plus est beaucoup d’hommes n’ont, de leur propre aveu, pas envie de se faire chier à vivre en couple. Les femmes, elles, sont atteintes du syndrome du prince charmant (pas de bol, je suis déjà pris).
Le “mariage d’amour” (恋愛結婚, renai kekkon) fait partie de ces fumisteries occidentales qui se sont imposées. Enfin, en théorie. Si on peut dire que beaucoup se marient parce qu’ils “se plaisent” ou “s’entendent bien”, parler d’amour est peut-être aller vite en besogne. Ça vient plutôt après… ou pas, vu le nombre de divorces. Parce qu’on se rend vite compte que le sentiment amoureux n’est jamais qu’un critère parmi d’autres nettement plus pragmatiques. Vivre d’amour et d’eau fraîche, c’est bien joli jusqu’au jour où Vuitton sort sa nouvelle collection. Revenue de ses rêveries Disney, mademoiselle Guimauve cherchera un époux dotée d’une “bonne situation” et de la sécurité matérielle qui va avec. Monsieur La Paluche, une fois fatigué de la veuve poignet, cherchera quant à lui une maîtresse de maison accomplie qui fasse tourner la baraque pendant qu’il part bosser pour nourrir toute la famille (beaucoup de Japonaises cessent définitivement de travailler dès qu’elles sont mères). Pas top romantique, mais il faut reconnaître qu’il s’agit de bases concrètes et pratiques donc solides, en tout cas davantage que de grands idéaux farfelus. J’aime bien l’idée qui place les sentiments après, puisque par définition changeants, loin de l’imaginaire occidental de “je t’aimerai toute la vie” qui n’est basé sur rien et dont on expériente plus facilement le contraire.
Avec Yumi, on a une espèce de fonctionnement hybride entre les deux qui nous va très bien. (La preuve, elle est toujours derrière moi et ne m’a pas tapé sur la tête.)
Quant à mon âge mental à géométrie variable, il est conforme à la maturité ambiante. On inculque très tôt la notion de responsabilités aux enfants, ce en quoi ils sont largement plus matures que pas mal d’adultes français. Je ne vise personne. Mais à l’inverse, il est des domaines où les Nippons gobent n’importe quoi, où leur candeur atteint des sommets effarants, et je ne compte plus le nombre de fois où j’aurais pu vendre la Tour Eiffel. Limite si à 30 ans passés, on ne pourrait pas encore leur faire croire que s’ils ne sont pas sages, papa Noël ne va rien apporter. Tout(e) Japonais(e) qui fond devant un truc kawaii perd facilement la moitié de son âge mental. De ce côté-là, la miss et moi nous valons largement, n’est-ce pas ?…
Surtout ma promise est d’une patience infinie que je mets sur le compte de son environnement. Quand on a l’habitude d’être confrontée à des tremblements de terre ou des typhons… Moi, en Goldorak naturiste à côté, dérisoire…

Notez que l’inverse vaut aussi. La miss, parfois, faut suivre. Elle partage deux points communs avec le caméléon. Un, elle peut faire des trucs avec sa langue, vous n’avez pas idée. Deux, j’ai parfois l’impression de vivre avec plusieurs nanas en même temps. D’un côté, il y a la Japonaise “idéale”, issue d’une famille traditionnelle, en kimono, dévouée, respectueuse et propre sur elle… de l’autre, miss gaudriole en jupette ras la fouf et bottes compensées de 20 cm, un très bon coup soit dit en passant… et entre les deux, la respectable enseignante, fringuée à la mode mais pas fashion victim quand même, la “femme moderne” (je repique l’expression d’un magazine féminin même si j’en ignore la signification profonde si tant est qu’elle en ait une). Vu que l’heure est au remake de Robocop, ma Yumicop est 50% chaste princesse, 50% nymphomane endiablée, 100% schizo.
A plus d’un titre, on dirait moi en fille…
Et inversement.

Dit très simplement, on se fréquente depuis assez longtemps pour se connaître sur le bout des doigts, au propre comme au figuré. On a commencé à sortir ensemble en toute connaissance de cause, on s’est fiancés en toute connaissance de cause, on s’est installés ici ensemble en toute connaissance de cause. Depuis le début de notre engagement, on savait à quoi s’attendre et on n’a rien fait à la légère. Sans quoi débarquer ici eût été suicidaire. Tout est réfléchi, organisé, construit, ce qu’on perd en romantisme nous fait gagner en solidité. A l’image de l’architecture antisismique : du costaud.

Inutile donc indispensable

Même si le mariage ne va rien changer en pratique à notre vie de tous les jours, il constitue une étape logique sur notre voie. Oui, nous associons mariage avec logique plutôt qu’avec sentiments, ça en dit long. C’est symbolique. Pas pour le symbole cul-cul la praline “amour éternel et gnagnagna”, mais plutôt représentatif du parcours réalisé ensemble, le cap franchi, un peu comme un passage de dan dans nos arts martiaux respectifs. Pis ça fera plaisir aux parents… ( 😀 lol mdr etc.)
Pour faire un parallèle historique pas du tout présomptueux, notre installation au Japon, c’est le couronnement impérial de Napoléon ; notre mariage sera la crise sur le gâteau, notre victoire d’Austerlitz.

Vision de l’artiste

Fred (surtout) et Yumi (un peu)
Article à trois mains, les miennes tapant au clavier, Yumi me tapant sur la tête.
(La suite est dispo ici.)

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