A nous de vous faire préférer l’avion…

ou la voiture, le carosse, les rollers, tout sauf le train.

A l’heure où envoyer des trains dans le décor semble le sport estival à la mode, ma mère, qui sait à quel point j’adore ce moyen de locomotion, m’a envoyé trois articles sur ma bête noire.

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En France, quand il fait chaud, les trains sont en retard. Quand il fait froid aussi. Et quand il pleut, et quand il neige, et… toujours en fait. Dans les mêmes conditions climatiques, les trains belges roulent normalement. Et quand les Belges prévoient des retards éventuels, en France, ils sont déjà légion sur la semaine précédente et une certitude sur celle à venir. La question n’est pas de savoir “si” mais “combien”. Doit y avoir une espèce de frontière magico-climatique en Flandre – sans doute la même qui arrêta jadis les particules de Tchernobyl.
M’enfin, les passagers n’auront pas tout perdu puisqu’on leur a généreusement octroyé une bouteille d’eau à l’arrivée… le petit geste qui démontre que rien n’est prévu à bord pendant l’incident.

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En France, quand il fait chaud, les trains sont en retard. Ah non, je l’ai déjà dit.
Quand le mercure grimpe, donc, on oblige les trains à rouler moins vite dans les régions connues pour être les plus exposées à la chaleur. Si vous avez pensé Languedoc, Midi-Pyrénées, PACA ou Corse, vous avez perdu. La France doit être le seul pays d’Europe où plus on va vers le Nord, plus il fait chaud. Lille est même connue pour ses températures sahariennes à longueur d’années – d’expérience, imaginez plutôt le désert, la nuit, en hiver.
Bref, en Picardie, Loire et Ile-de-France, les trains rouleront au pas. D’après les diverses autres mentions géographiques de l’article, ailleurs aussi, en fait.
Je m’étonne quand même que 3 lignes seulement du RER soient touchées. Et les deux autres ? Elles sont équipées de rails climatisées ? La RATP leur rejoue 9 semaines 1/2 en frottant des glaçons sur les voies ?…
Et dire qu’avec ma chance légendaire, je dois d’ici peu passer par deux des régions concernées…

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Passons outre le cliché stylistique du “bel élan de solidarité”… Idem l’interrrogation vestimentaire qui m’étreint : comment la horde de samaritains a pu retrousser ses manches alors que visiblement t-shirts et chemisettes sont de rigueur ?
Le bilan des 8 minutes de retard seulement laisse baba. Bon, pour un train japonais, le chiffre est énorme, mais à la mesure de l’incident il reste acceptable.
Imaginons la même scène en France… L’unité de mesure deviendrait l’heure. Avant de penser à retrousser les manches de leur marcel (sic), les usagers passeraient d’abord trois quarts d’heure à râler du retard occasionné. Dans le même temps, le petit personnel de la SNCF demanderait quoi faire à l’échelon supérieur, qui en réfèrerait à son chef, lequel irait chercher des instruction un cran au-dessus, et cetera ad libitum et nausam et delenda est Carthago.
Quelque chose dans ce goût-là :

Le temps que l’info remonte la cascade hiérarchique à la vitesse d’un saumon sous neuroleptiques, puis que les instructions redescendent, les usagers prévoyants auraient terminé Guerre et Paix. Ensuite, il faudrait encore une à deux heures le temps de mettre la main sur l’outil adéquat – cric, verrin, grue, catapulte –, soit parce que la gare est sous-équipée et qu’il faut l’amener d’une autre, soit parce que la dernière personne à s’en être servi l’a rangé “quelque part”, c’est-à-dire n’importe où sauf à sa place prévue. Six heures plus tard, le train reprendrait sa route…
Maintenant, vous comprenez pourquoi, quand je prends un train français, l’intégrale de Tolkien occupe tant de place dans mes bagages.