Mythe ou réalité ? (ou poncif moisi ?)

Un jour, je publierai le best-of des conneries que j’ai pu lire sur le Japon. Un chapitre est prévu sur les expressions clichés et autres poncifs verbaux. “Le Japon, entre tradition et modernité.” “Japon, le défi de la nature.” “Japon, terre des extrêmes.”
Notez, je note, que ces poncifs ne sont pas forcément faux pour autant. Comme pour la plupart des proverbes, il n’y a pas de fumée sans feu, et ces phrases toutes faites contiennent un fond de vérité. Mais faudrait quand même que les scribouilleurs renouvellent leur stock de titres tout prêts.
Le pire, évidemment, c’est quand le poncif se poursuit au-delà du titre pour continuer sur l’image d’Epinal d’un Japon de carte postale (et ça rime). Les Japonais sont comme ceci. Les Japonais sont comme cela. Suffit de lire les forums qui abondent en récits d’expériences au Japon… et en propos contradictoires… qui sont pourtant tous valables (du moins si on omet les généralisations à l’emporte-pièce, les propos et anecdotes hors contexte et les jugements systématiques à l’aune des habitudes occidentales).
Les Japonais sont comme ceci. Les Japonais sont comme cela. Les Japonais sont surtout 127 millions. Tout adeptes qu’ils soient du consensus et d’une certaine uniformité, ces dizaines de millions d’individus ne sont pas tous pareils. Oui, dans le genre évidence, cette phrase relève de la débilité profonde. Et pourtant… Essayez dans l’Hexagone avec une phrase commençant par “(tous) les Français”… On les voit pousser les hauts cris de n’être plus qu’un élément lambda, identique aux autres, alors qu’ils se considèrent comme des individus uniques, différents, hors norme. On vous rétorquera “oui, mais moi, je”.
Les Japonais sont comme ceci. Les Japonais sont comme cela. Pour citer ce cher Benoît Poelvoorde (qui parlait de toute autre chose), “c’est de la bite en sachet”.

Le conformisme japonais, mythe ou réalité ?
Les titres en “mythe ou réalité” marchent toujours bien, alors qu’ils sont aussi éculés qu’une actrice porno en fin de carrière.
La question en soi ne m’intéresse absolument pas, n’attendez pas une réponse de ma part. Au mieux, je répondrai un vague (mais juste) “ça dépend”. La société japonaise pourrait être difficilement uniforme à 100% dans la mesure où elle est très hiérarchisée. Allez donc hiérarchiser des éléments identiques, on en reparlera. Fait cocasse, la diversité vient d’une juxtaposition d’uniformités.
Un exemple vaut mieux qu’un long discours d’universitaire pontifiant. Marcher dans une rue de Kyōto amène à croiser une variété vestimentaire nettement supérieure à mes anciennes rues lilloises. Pourtant chaque élément de cette diversité est un épi dont la tête ne dépasse pas dans sa catégorie.
Je marche… Sur 500 m, je vais croiser :

  • Un groupe d’élèves en costume marin ;
  • Des salarymen en costard cravate sombre, alias Men in Black, alias L’Attaque des Clones, alias “Dieu a bloqué la photocopieuse en créant le premier” ;
  • Une office lady en tailleur, ce qui est quelque part un pléonasme ;
  • Un moine qui par définition porte la tenue de son ordre ;
  • Une geisha en tenue traditionnelle ;
  • Une paire de poufs ganguro interchangeables entre elles ou avec une poupée Barbie ;
  • Une gothic lolita dont la profusion de dentelle est certes originale… mais conforme aux codes de sa sous-culture ;
  • Un petit vieux en hakama, à qui ne manque que le daishō pour rappeler l’ère féodale ;
  • Un nombre n de pékins en jeans t-shirt, où n représente un entier compris entre pas mal et beaucoup.

Très varié dans sa globalité… chaque élément étant une copie conforme de ses confrères. Ça dépend du point de vue.
Ouaip, ça dépend.

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