{"id":2609,"date":"2013-03-04T00:39:22","date_gmt":"2013-03-03T15:39:22","guid":{"rendered":"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/?p=2609"},"modified":"2013-03-04T00:39:22","modified_gmt":"2013-03-03T15:39:22","slug":"maman-les-ptits-bateaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/maman-les-ptits-bateaux\/","title":{"rendered":"Maman les p&rsquo;tits bateaux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Petite le\u00e7on sur l&rsquo;art de r\u00e9aliser en 20 ans ce qui en a pris 200 \u00e0 d&rsquo;autres.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2617\" aria-describedby=\"caption-attachment-2617\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Kotetsu.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2617\" src=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Kotetsu-300x283.jpg\" alt=\"Le cuirass\u00e9 K\u014dtetsu\" width=\"300\" height=\"283\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2617\" class=\"wp-caption-text\">Le cuirass\u00e9 K\u014dtetsu<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les pr\u00e9mices de la conception navale \u00e0 l&rsquo;occidentale, je renvoie \u00e0 mon pr\u00e9c\u00e9dent article <a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/un-saint-marche-sur-leau\/\">Un saint marche sur l&rsquo;eau<\/a> (paragraphes \u201cLes barbares du Sud\u201d et \u201cOh\u00e9, du bateau !\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Continuant \u00e0 citer mon formidable travail (ma modestie me perdra&#8230;), je repompe pour le paragraphe suivant ma prose d&rsquo;<a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/le-dernier-scenario\/\">ici<\/a>, o\u00f9 vous trouverez les photos des navires cit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De la n\u00e9cessit\u00e9 de se mettre \u00e0 la page<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je (me) cite :<br \/>\nDans les ann\u00e9es 1840, apr\u00e8s deux si\u00e8cles d\u2019isolement, les Japonais voient d\u00e9bouler de plus en plus de navires europ\u00e9ens et am\u00e9ricains sur leurs c\u00f4tes. Si, au XVIIe, le Japon pouvait largement rivaliser avec les puissances europ\u00e9ennes (<em>cf<\/em>. <a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/un-saint-marche-sur-leau\/\">l\u00e0<\/a>), ce n\u2019est plus le cas au XIXe. Il n\u2019en serait fait qu\u2019une bouch\u00e9e : le katana des uns, tout efficace qu\u2019il soit, ne faisant pas le poids face aux canons des autres.<br \/>\nAvant le fameux coup du commodore am\u00e9ricain Perry et ses \u201cvaisseaux noirs\u201d (\u9ed2\u8239) en 1853, certains Japonais ont d\u00e9j\u00e0 senti le vent tourner. Le <em>sakoku<\/em> (\u9396\u56fd), la \u201cfermeture du pays\u201d, n\u2019emp\u00eache pas de se tenir inform\u00e9 et l\u2019exemple du voisin chinois fera partie de ces coups de fouet qui pousseront le Japon \u00e0 changer en profondeur. La Chine, c\u2019est l\u2019\u00e9crasement par les Britanniques pendant la guerre de l\u2019opium (1839-1842), la politique de la canonni\u00e8re, des trait\u00e9s qui garantissent aux Anglais, puis aux Am\u00e9ricains et Fran\u00e7ais, une foultitude de privil\u00e8ges. Les Occidentaux mettent les pieds o\u00f9 ils veulent, et c\u2019est souvent dans la gueule, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9minent po\u00e8te Chuck Norris. Et avec un arpion en Chine, ils auront t\u00f4t fait de tra\u00eener sur les c\u00f4tes japonaises. Pas con, le <em>bakufu<\/em> suspend en 1842 l\u2019ordre de tirer \u00e0 vue sur les navires occidentaux, ce qui \u00e9vitera des d\u00e9rapages dommageables.<br \/>\nUne seconde visite de Perry en 1854 am\u00e8ne la signature du trait\u00e9 de Kanagawa, impos\u00e9 sous la menace des armes (et apr\u00e8s on s\u2019\u00e9tonne que les Japonais n\u2019aient aucune confiance dans les Occidentaux\u2026). La politique d\u2019isolement du Japon prend fin <em>de facto<\/em>.<br \/>\nLe <em>bakufu<\/em> prend conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>changer<\/em>, ce qui, quand on conna\u00eet la mentalit\u00e9 japonaise, n\u2019est pas rien, \u00e0 plus forte raison apr\u00e8s deux si\u00e8cles d\u2019autisme. S\u2019ouvre alors la p\u00e9riode du <em>bakumatsu<\/em>, transition qui pose les bases de la r\u00e9forme Meiji.<br \/>\nPrenant conscience du retard certain en mati\u00e8re d\u2019armement, notamment naval, le shogunat entame aussit\u00f4t la construction de navires modernes sur le mod\u00e8le occidental. D\u00e8s 1854-56 sortent des chantiers le\u00a0<em>H\u014d\u014d Maru<\/em> (\u9cf3\u51f0\u4e38), le\u00a0<em>Sh\u014dhei Maru<\/em> (\u6607\u5e73\u4e38), l\u2019<em>Asahi Maru<\/em> (\u65ed\u65e5\u4e38) ou encore le premier navire de guerre \u00e0 vapeur nippon, le\u00a0<em>Kank\u014d Maru<\/em> (\u89b3\u5149\u4e38). En 1857, le\u00a0<em>Kanrin Maru<\/em> (\u54b8\u81e8\u4e38),\u00a0premier navire de guerre \u00e0 h\u00e9lice et \u00e0 vapeur du Japon, permet de rattraper le gros du retard : ce type de bateau n\u2019est en service que depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es en Occident. Pour ce faire, les Hollandais, seuls \u00e0 avoir gard\u00e9 un pied au Japon depuis 1609, sont mis \u00e0 contribution. Ils participent \u00e9galement \u00e0 la cr\u00e9ation du centre d\u2019entra\u00eenement de Nagasaki, o\u00f9 ils enseignent les techniques navales.<br \/>\nTout cela n\u2019emp\u00eache pas le Japon de conna\u00eetre des p\u00e9rip\u00e9ties d\u00e9sagr\u00e9ables dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1860 (bombardements de Kagoshima et Shimonoseki entre autres). Autant dire qu\u2019il reste du boulot\u2026<br \/>\nLe sh\u014dgun Tokugawa Yoshinobu puis l\u2019Empereur Meiji font donc appel aux pointures de l\u2019\u00e9poque pour moderniser l\u2019outil militaire. La France, qui n\u2019a pas encore pris cette mauvaise habitude de se faire torcher par les Allemands au foot comme \u00e0 la guerre, appartient bien s\u00fbr au club des nations sollicit\u00e9es. (Fin d&rsquo;auto-citation.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l&rsquo;influence fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus de quelques canons et caisses de fusils, quatre missions militaires fran\u00e7aises seront envoy\u00e9es au Japon.<\/p>\n<ul>\n<li>La premi\u00e8re en 1867-1868 prendra un chemin des plus aventureux tel que narr\u00e9 <a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/le-dernier-scenario\/\">ici<\/a>.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit du ralliement de la premi\u00e8re mission aux Tokugawa et d&rsquo;une baisse du prestige militaire fran\u00e7ais suite \u00e0 la rouste prussienne de 1870, le Japon maintient le partenariat avec la France. Une seconde mission est envoy\u00e9e en 1872-1880. Ses membres auront pour t\u00e2ches principales la mise en place de la conscription et la formation d&rsquo;officiers. L&rsquo;acad\u00e9mie militaire construite en 1874 \u00e0 Ichigaya (un quartier de T\u014dky\u014d) abrite aujourd&rsquo;hui le Minist\u00e8re de la D\u00e9fense. Seront \u00e9galement b\u00e2tis, sur la base de mat\u00e9riel et d&rsquo;armement fran\u00e7ais, une \u00e9cole de tir et plusieurs arsenaux pour la fabrication d&rsquo;armes, poudre et munitions.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me mission (1884-1889) concernera la marine, j&rsquo;y reviendrai.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une p\u00e9riode riche en missions \u00e9trang\u00e8res (entre 1855 et 1890, on compte 3 missions fran\u00e7aises, 2 anglaises, 1 allemande, 3 hollandaises, 2 italiennes), le Japon aura rattrap\u00e9 son retard. On ne comptera par la suite qu&rsquo;une mission anglaise pour l&rsquo;a\u00e9ronavale dans les ann\u00e9es 1920 et la quatri\u00e8me mission fran\u00e7aise en 1918-19 pour l&rsquo;aviation.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autant dire que le France aura eu une influence plus que cons\u00e9quente sur la naissance de l&rsquo;arm\u00e9e moderne japonaise, tant sur terre que sur mer ou dans les airs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des choses de la mer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la marine imp\u00e9riale ne na\u00eet officiellement qu&rsquo;en juillet 1869, le Japon ne part pas pour autant de z\u00e9ro. <em>Cf<\/em>. ce que je disais plus haut sur les premiers navires modernes \u00e0 l&rsquo;occidentale d\u00e8s les ann\u00e9es 1850.<br \/>\nCeci \u00e9tant, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, tout le monde repart r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 z\u00e9ro quand m\u00eame. Les progr\u00e8s techniques sont tels que les navires deviennent obsol\u00e8tes \u00e0 vitesse grand V, parfois avant de sortir du chantier de construction. Coque (bois, puis bois + blindage m\u00e9tallique, puis tout m\u00e9tal), armement (canons, torpilles, syst\u00e8me de vis\u00e9e), communication, propulsion (voile, vapeur, turbine, moteur, h\u00e9lice), j&rsquo;en passe et des meilleures, sans parler de l&rsquo;\u00e9volution des doctrines navales (retour d\u00e9lirant \u00e0 l&rsquo;\u00e9peronnage apr\u00e8s la bataille de Lissa en 1866, Jeune Ecole fran\u00e7aise et ses \u201ctorpilleurs microbes\u201d, r\u00e9volution des <em>dreadnoughts<\/em> et plus tardivement de la guerre sous-marine et a\u00e9ronavale). En un mot comme en cent, la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXe occasionnent un bouillonnement permanent, ainsi qu&rsquo;un renouvellement des mat\u00e9riels et une course aux armements qui le sont tout autant. Il faut sans cesse sur le m\u00e9tier remettre l&rsquo;ouvrage. M\u00eame P\u00e9n\u00e9lope y perdrait son <del>latin<\/del> grec.<br \/>\nMalgr\u00e9 quelques b\u00e2timents hauts de gamme, le Japon manque cruellement de moyens pour rivaliser avec l&rsquo;Occident. Lui font d\u00e9faut des navires qui soient \u00e0 la fois nombreux et modernes, les techniques et les infrastructures pour construire, armer et entretenir lesdits navires, ainsi que le personnel ad\u00e9quat, depuis les ing\u00e9nieurs capables de pondre des vaisseaux de guerre aux officiers form\u00e9s \u00e0 la guerre navale moderne. Tout est \u00e0 faire&#8230; La modernisation navale pose d&rsquo;autant plus probl\u00e8me que les r\u00e9formes imp\u00e9riales de Meiji ne passent pas en douceur. Les r\u00e9voltes seigneuriales imposent de moderniser l&rsquo;arm\u00e9e avant la marine.<br \/>\nEn pratique, une fois les flottes priv\u00e9es des grands seigneurs int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ancienne flotte Tokugawa pass\u00e9e dans le giron imp\u00e9rial, le Japon dispose \u00e0 tout casser d&rsquo;une vingtaine de b\u00e2timents qui tiennent vaguement la route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre tourn\u00e9 vers les Hollandais de Nagasaki du fait de leur \u00e9vidente proximit\u00e9, le Japon fait appel \u00e0 la France et au Royaume-Uni. Parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;accueil de conseillers \u00e9trangers, de nombreux officiers sont envoy\u00e9s en Europe pour s&rsquo;y former.<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Le choix des Rosbifs n&rsquo;a rien d&rsquo;exceptionnel : la <em>Royal Navy<\/em> domine largement les mers \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, m\u00eame si sa supr\u00e9matie se voit peu \u00e0 peu grignot\u00e9e par la concurrence ancienne (France, Russie) ou nouvelle (Allemage, Etats-Unis et&#8230; Japon). Le mod\u00e8le britannique est impos\u00e9 en 1870 par \u00e9dit imp\u00e9rial.<br \/>\nL&rsquo;influence anglaise p\u00e8sera lourd sur les finances vu les nombreux achats de bateaux construits en Angleterre pour compenser le manque d&rsquo;infrastructures locales. Ainsi la flotte japonaise de 1905, sur un total de 110 b\u00e2timents, en compte pas moins de 38 sortis des chantiers navals anglais, contre 23 arm\u00e9s au Japon<br \/>\nLa mission militaire de Douglas en 1873-75 assure la formation d&rsquo;officiers.<br \/>\nEnfin, l&rsquo;Angleterre, c&rsquo;est aussi le choix du lourd, la perfide Albion aimant les blindages \u00e9pais et les gros canons. D&rsquo;o\u00f9 le choix de se tourner vers elle pour les cuirass\u00e9s et pr\u00e9-<em>dreadnoughts<\/em> (le <em>Mikasa<\/em>), au point de rivaliser avec elle dans la cat\u00e9gorie <em>dreadnought<\/em> sans accuser de temps de retard. Le <em>Satsuma<\/em> a d&rsquo;ailleurs failli rafler le titre de premier <em>dreadnought<\/em> et se rattrapa en \u00e9tant le plus gros navire de guerre de son temps quand il fut lanc\u00e9 en 1910.<\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_2610\" aria-describedby=\"caption-attachment-2610\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/mikasa.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2610\" src=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/mikasa-300x179.jpg\" alt=\"Le Mikasa, le seul pr\u00e9-dreadnought au monde encore conserv\u00e9.\" width=\"300\" height=\"179\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2610\" class=\"wp-caption-text\">Le Mikasa, le seul pr\u00e9-dreadnought au monde encore conserv\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_2611\" aria-describedby=\"caption-attachment-2611\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/satsuma.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2611\" src=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/satsuma-300x152.jpg\" alt=\"Le Satsuma\" width=\"300\" height=\"152\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2611\" class=\"wp-caption-text\">Le Satsuma<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Pourquoi le choix de la France ? On conna\u00eet surtout la marine fran\u00e7aise pour ses monumentales foirades ou \u201ccoups d&rsquo;\u00e9clat\u201d qui l&rsquo;envoient p\u00e9riodiquement dans les profondeurs (Trafalgar, Mers-el-Kebir, Toulon). Sous le Second Empire et la IIIe R\u00e9publique, il en va tout autrement. La France fait partie des nations \u00e0 la pointe de l&rsquo;innovation technologique et se situe pour le tonnage en deuxi\u00e8me place derri\u00e8re le Royaume-Uni (au moins en 1898).<br \/>\nPreuve de cette innovation, le premier cuirass\u00e9 \u00e0 coque en fer lanc\u00e9 en 1859, <em>La Gloire<\/em>, est fran\u00e7ais. Preuve que les Japonais rattrapent tr\u00e8s vite leur retard, il ne leur faudra que dix ans pour poss\u00e9der leur premier cuirass\u00e9, le <em>K\u014dtetsu<\/em>. Lequel fut d&rsquo;ailleurs construit en France, puis vendu aux Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, puis aux Japonais.<br \/>\nLa collaboration militaire avec la France d\u00e9marre en 1864. L\u00e9on Roches supervise la construction du premier arsenal moderne \u00e0 Yokosuka, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la baie de T\u014dky\u014d. La r\u00e9alisation est confi\u00e9e aux soins de L\u00e9once Verny, dont le souvenir reste vivace. Une base et un chantier navals voient le jour, assortis d\u2019infrastructures dernier cri (\u00e9cole d\u2019ing\u00e9nieurs, fonderie, <em>etc<\/em>.). Aujourd\u2019hui, la ville abrite toujours une des plus grandes bases navales japonaises \u2013 squatt\u00e9e \u00e9galement par les Am\u00e9ricains \u2013, ainsi que l\u2019Acad\u00e9mie de D\u00e9fense Nationale qui forme les officiers.<br \/>\nLa France fait sentir son influence \u00e0 travers le courant de pens\u00e9e de la Jeune Ecole, qui pr\u00e9conise l&rsquo;usage de b\u00e2timents petits et nombreux plut\u00f4t qu&rsquo;une poign\u00e9e de mastards. Le d\u00e9veloppement de la torpille permet d&rsquo;envoyer par le fond de lourdes unit\u00e9s co\u00fbteuses et ce \u00e0 moindre frais vu le prix d&rsquo;un torpilleur. Le Japon, qui a d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e0 investir dans la modernisation du pays en g\u00e9n\u00e9ral et de l&rsquo;arm\u00e9e de terre en particulier, se dote donc d&rsquo;une vingtaine de torpilleurs dans les ann\u00e9es 1880. Efficace et pas cher, que demande le peuple ?&#8230; Cela dit, les Japonais ne s&rsquo;en contenteront pas et opteront pour une marine plus homog\u00e8ne, \u00e0 l&rsquo;inverse de la France qui rate la r\u00e9volution du <em>dreadnought<\/em>.<br \/>\nRevenons sur la troisi\u00e8me mission militaire laiss\u00e9e en suspens. L&rsquo;artisan majeur de la modernisation fut Louis-Emile Bertin, ing\u00e9nieur g\u00e9nial r\u00e9clam\u00e9 par l&rsquo;Empereur lui-m\u00eame. De 1886 \u00e0 1890, il profite de la totale libert\u00e9 d&rsquo;action qu&rsquo;on lui a accord\u00e9e pour pondre une marine de la mort qui tue. Plus d&rsquo;une soixantaine de navires voient le jour sous son mandat, dont certains capables de performances peu communes pour l&rsquo;\u00e9poque en termes de vitesse, protection et\/ou puissance de feu. Dans le m\u00eame temps, il r\u00e9organise l&rsquo;arsenal de Yokosuka construit par ses compatriotes, d\u00e9j\u00e0 obsol\u00e8te (quand je disais que le matos p\u00e9rimait vite !) et fait b\u00e2tir deux autres arsenaux \u00e0 Sasebo et Kure, encore en activit\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Pour utiliser au mieux les croiseurs qu&rsquo;il con\u00e7oit, Bertin pr\u00e9conise une doctrine alliant vitesse et puissance de feu, doctrine qui restera la marque de fabrique de la marine imp\u00e9riale tout au long de son histoire. Suivant les conseils de Bertin, l&rsquo;administration de la marine se r\u00e9forme sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais, bizarrement efficace pour une administration. A juste titre on le consid\u00e8re comme le cr\u00e9ateur de la marine imp\u00e9riale.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela mis bout \u00e0 bout am\u00e8ne le Japon \u00e0 se doter rapidement d&rsquo;une flotte moderne, polyvalente, capable de pulv\u00e9riser la flotte chinoise au fleuve Yalou en 1894 et surtout de coller une d\u00e9culott\u00e9e monstre aux Russes en 1904-1905. Un \u00e9v\u00e9nement sans pr\u00e9c\u00e9dent : la premi\u00e8re rouste d&rsquo;ampleur des Blancs face aux Jaunes !<br \/>\nLes effectifs parlent d&rsquo;eux-m\u00eames. Peu nombreuse au d\u00e9part, la marine aligne 15000 hommes dans les ann\u00e9es 1890 pour monter \u00e0 40000 quinze ans plus tard. La flotte imp\u00e9riale se compose de 6 cuirass\u00e9s, 8 croiseurs cuirass\u00e9s, 9 croiseurs, 24 destroyers, 63 torpilleurs \u00e0 la veille de l&rsquo;affrontement avec les Ruskofs. Tr\u00e8s loin, donc, de la poign\u00e9e initiale de coques de noix. D&rsquo;autant que les Japonais savent se servir de leur arsenal et donneront \u00e0 l&rsquo;Occident une le\u00e7on sur les tirs \u00e0 longue port\u00e9e lors de la bataille de Tsushima (1905).<br \/>\nNe s&rsquo;arr\u00eatant pas en si bon chemin, \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale, l&rsquo;Empire du Soleil Levant, non content d&rsquo;aligner une des meilleures marines au monde, dispose en plus d&rsquo;infrastructures industrielles et militaires suffisantes pour assurer sa propre production navale.<br \/>\nIl n&rsquo;est plus question de rattraper du retard mais carr\u00e9ment de prendre de l&rsquo;avance. La marine japonaise prend les devants dans la construction de cuirass\u00e9s avec le \u201cpresque premier dreadnought\u201d <em>Satsuma<\/em>, l&#8217;emploi de gros calibres \u00e0 longue distance (305, 356 puis 406 mm), l&rsquo;utilisation de la radio&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Et tout \u00e7a pour ?&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien. Car manque de bol, le Japon manquera d&rsquo;adversaires \u00e0 la hauteur de sa puissance maritime. La Premi\u00e8re Guerre Mondiale ne lui offre aucune grande bataille navale.<br \/>\nRien ou presque&#8230; Avec la modernisation rapide du pays et de ses forces militaires, le Japon se trouve \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;une mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e \u00e0 la chinoise. Il devient LA puissance industrielle et militaire avec laquelle il faut compter en Asie. L&rsquo;\u00e9crasement des Russes en 1905 refroidit les Occidentaux de chercher trop de poux aux Japonais, ce que ces derniers mettront \u00e0 profit en annexant la Cor\u00e9e en 1910. Pas compl\u00e8tement symbolique (on citera le si\u00e8ge de Tsingtao en Chine en 1914), la participation du Japon \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre Mondiale lui permet de r\u00e9cup\u00e9rer les colonies allemandes de la zone (Marshall, Mariannes, Carolines, concessions en Chine).<br \/>\nAid\u00e9 par l&rsquo;absence de pertes pendant que les autres bellig\u00e9rants se coulaient les uns les autres, le Japon gravit tranquillement les marches du classement vers le podium. A la fin de la Grande Guerre, mine de rien, le Japon poss\u00e8de la 3e flotte mondiale !<\/p>\n<figure id=\"attachment_2613\" aria-describedby=\"caption-attachment-2613\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Yamato.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2613\" src=\"http:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Yamato-300x145.jpg\" alt=\"Le Yamato, avant-go\u00fbt du prochain volet sur la marine imp\u00e9riale de 1919 \u00e0 1945.\" width=\"300\" height=\"145\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2613\" class=\"wp-caption-text\">Le Yamato, avant-go\u00fbt du prochain volet sur la marine imp\u00e9riale de 1919 \u00e0 1945.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petite le\u00e7on sur l&rsquo;art de r\u00e9aliser en 20 ans ce qui en a pris 200 \u00e0 d&rsquo;autres.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2609"}],"collection":[{"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2609"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2609\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2609"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2609"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/angiesrainbow.com\/geikokujin\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2609"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}