Un saint marche sur l’eau

L’exploit, dû à saint Jean-Baptiste, remonte au XVIIe siècle.

Saint Jean Baptiste

Les barbares du Sud

Les premiers contacts entre Européens et Japonais remontent au XVIe s (Portugais en 1542, puis Espagnols vers 1600, Hollandais en 1609, Anglais en 1613) et initient la “période du commerce avec les barbares du Sud” (南蛮貿易時代, Nanban bōeki jidai) – appellation à première vue étrange puisque les Européens viennent de l’Ouest, mais en pratique, leurs voies navigation les font arriver dans l’archipel par le Sud.
Assez vite, les Japonais se méfient de ces gougnafiers qui ne servent pas utiliser des baguettes et mangent avec les doigts. Plus grave, leur manie de vouloir convertir tout le monde au christianisme leur octroiera la carte “rentrez directement chez vous sans passer par la case départ”. L’Eglise est perçue comme un éventuel contre-pouvoir malvenu dans un Japon à peine unifié. Les dirigeants, qui ont écho de ce qui se passe en Europe, craignent également de voir l’apparition de guerres de religion sur leur sol. Au point que dès 1587, Toyotomi Hideyoshi ordonne l’expulsion des missionnaires chrétiens… injonction peu appliquée dans l’immédiat par peur de voir les négociants faire leurs valises à la suite des prêtres. Les persécutions s’intensifient à partir de 1614. Après la révolte de Shimabara en 1637 qui voit 40000 chrétiens rejoindre leur Créateur, les Japonais claquent pour de bon la porte au nez des “barbares blancs” pour les deux siècles à venir. Les Hollandais, seuls à n’avoir pas soutenu la révolte et ayant même participé à son écrasement, gardent le droit de rester, relégués toutefois sur l’île de Dejima dans le port de Nagasaki.
Entretemps, le Japon ne reste les bras croisés et le contact se relève enrichissant dans de nombreux domaines au propre comme au figuré, plus particulièrement un commerce très profitable ainsi qu’une somme de connaissances à échanger. Le Japonais étant pragmatique, “repomper” serait plus approprié, comme ç’avait été le cas avec la Chine dans l’Antiquité et le sera de nouveau avec l’Occident sous l’ère Meiji. Les Occidentaux, eux, apprendront que le papier ne sert pas qu’à imprimer des bouquins mais aussi à fabriquer des mouchoirs et qu’utiliser sa manche comme tire-jus est franchement déguelasse. Principe qui ne sera assimilé que dans les années 1920 quand Kleenex “inventera” le soi-disant “premier” mouchoir jetable en papier…
En premier lieu, les Japonais s’intéressent aux connaissances techniques plus que scientifiques, ces dernières se diffusant plutôt au XVIIIe via l’interface néerlandaise de Dejima. Et parmi les centres d’intérêt, comme l’archipel se débat encore en pleine période de guerre civile et de lutte pour le pouvoir, on ne s’étonnera pas de voir figurer en tête de liste des joujoux comme le canon, la cuirasse (南蛮胴, nanbandō) et surtout l’arquebuse (au point que le nom de Tanageshima, 種子島, l’île où débarquèrent les Portugais et leurs flingues finira par désigner les armes à feu). L’épée est hors jeu, les forgerons japonais étant nettement meilleurs que leurs homologues européens dans la fabrication de lames.

Nanbandō

Ohé, du bateau !

La construction navale à l’européenne fait partie de ces domaines qui intéressent les Japonais.
Le bateau est connu au Japon depuis belle lurette, on s’en doute. Il sert pour la pêche, le commerce (Chine, Corée), la piraterie (pillages des Wakō en Chine) et la guerre locale ou outre-mer (affrontement contre les Mongol en 1281, débarquements récurrents en Corée). Pour autant, le Japon ignore la navigation transocéanique, trop occupé selon les périodes à s’isoler ou à se foutre sur sa propre tronche. Sa configuration géographique – dans le genre entouré d’eau, même la Grande-Bretagne ne lui arrive pas à la cheville – l’aurait pourtant prédisposé aux Grandes Découvertes à l’européenne et je me prends parfois à rêver d’un Christophe Colomb coiffé au poteau. Mais je m’égare, comme disait Théognis.
Toujours est-il que les navires européens fascinent les Japonais pour deux raisons : le commerce et la guerre, puisqu’à l’époque le tourisme de plaisance est une activité marginale. La croisière s’amusera plus tard… L’arrivée des Portugais coïncide d’ailleurs avec le développement de la marine militaire côtière dans le cadre des affrontements féodaux, une bonne aubaine pour les seigneurs de guerre.
Les daimyō, qui se dotent de flottes conséquentes, iront jusqu’à développer des cuirassés abondamment pourvus en artillerie et armes à feu (鉄甲船, tekkōsen) à partir des plus grands bateaux disponibles à l’époque (安宅船, atakabune). L’amiral coréen Yi Sun-sin repiquera l’idée pour concevoir le fameux “bateau-tortue” et lutter contre ces mêmes Japonais.

Dans le civil surtout, des éléments de construction à l’occidentale sont intégrés aux navires marchands faisant commerce avec le reste de l’Asie, comme la voilure (voile carrée et voile latine d’un seul tenant au lieu de la voile lattée des jonques), le gouvernail, la forme de la poupe, la disposition des pièces d’artillerie… On les retrouve sur beaucoup de navires de commerce appelés shuinsen (朱印船).

Le tour du monde en bien plus de 80 jours

C’est là qu’intervient un homme de pointe(s), que l’on accordera ou pas au pluriel selon qu’on se réfère à son œuvre ou à sa possession la plus célèbre. Si le lecteur, que j’imagine volontiers inculte, ignore peut-être le nom de Date Masamune (伊達 政宗), il doit au moins le connaître de vue à cause de la silhouette si caractéristique de son kabuto. Dans le cas contraire, c’est carrément désespérant et je préfère me taire sans quoi je vais devenir grossier.

Le casque en croissant d’un homme qui mène le monde à la baguette. Il aurait pu devenir saint patron des boulangers.

Date Masamune mériterait un article complet de ma part sur sa vie et son œuvre et ce sera sans doute le cas un de ces quatre.
Pour le sujet qui nous occupe, il se montre tolérant à l’égard des chrétiens, peut-être pour des raisons personnelles – une éventuelle conversion secrète au christianisme fait encore débat –, assurément pour des raisons pragmatiques quand on connaît un peu le bonhomme, qui n’a rien d’un doux rêveur.
Marchands et missionnaires se traînant mutuellement dans leurs bagages, inviter les uns revient à attirer les autres. La faveur divine s’accompagne d’une manne commerciale éminemment matérielle qui mérite bien qu’on introduise le loup dans la bergerie appelle quelques padres à mener le troupeau. Date Masamune voit l’occasion de faire prospérer le domaine de Sendai qu’il vient de récupérer. Il compte même en faire un pôle capable de concurrencer Nagasaki dans le commerce avec ces foutriquets de barbares. La fermeture du pays lui cassera finalement la baraque sur ce dernier point, mais ses autres efforts ont porté leurs fruits : le modeste village de pêcheurs est aujourd’hui devenu la ville de Sendai, forte de plus d’un million d’habitants, soit la 11e ou 12e ville la plus importante du Japon.
Surtout, il n’envisage pas seulement de dépendre du bon vouloir des Européens et d’une politique d’attraction toujours aléatoire en temps de guerre. Il décide carrément d’aller à la source pour s’approvisionner ! Il n’a besoin que d’un bateau capable de parcourir de longues distances et d’un émissaire qui n’ait pas le mal de mer.
En soi, sa démarche n’a rien d’original. Avant lui, le shōgun Tokugawa Ieyasu s’est fait construire deux navires sur le modèle occidental par l’Anglais William Adams (1564-1620). Le premier, de 80 tonneaux, sert à la cartographie des eaux japonaises. Le second, de 120 tonneaux, le San Buena Ventura (サン・ブエナ・ベントゥーラ号), est destiné au commerce avec l’Espagne et la Nouvelle-Espagne. Lancé en 1607, sa carrière sera brève puisqu’il est confisqué en 1610 sitôt arrivé au Mexique. Les Espagnols craignent en effet que les Japonais ne deviennent assez calés en navigation transocéanique pour rivaliser avec eux. L’entrée dans le club des grandes puissances marchandes leur est donc refusée. Et après on s’étonne que, sur des bases pareilles, les Japonais aient du mal à faire confiance aux Occidentaux…
De même, l’idée d’une ambassade n’est pas nouvelle non plus. En 1582, l’ambassade Tenshō (天正の使節), conduite par Itō Mansho (伊東マンショ), s’embarque pour un périple de 8 ans qui amènera ses membres à croiser entre autres le monarque Philippe II et les papes Grégoire XIII et Sixte V. Cela dit, au départ du Japon, le “big boss” était âgé de 12 ans et il s’agissait d’un voyage de découverte, non d’une délégation mandatée ou même simplement apte à négocier.
A titre de curiosité, on citera également le cas de Bernard (鹿児島のベルナルド, Kagoshima no Berunarudo), qui doit son prénom peu japonais à son baptême, et a été le premier Nippon à visiter l’Europe en 1553, à titre privé donc rien d’officiel.

Toujours est-il qu’en 1613, Date Masamune, avec l’autorisation du shōgun, fait mettre en chantier un navire de construction européenne : le Date Maru (伊達丸, càd le nom de son clan et le suffixe 丸 accolé au nom des navires), que les Espagnols baptiseront San Juan Bautista (サン・ファン・バウティスタ号).
Construit sur le modèle d’un galion, il possède trois mâts, mesure 55,35 m de long pour 11,25 m de large, jauge 500 tonneaux et dispose de 16 canons (juste au cas où…) et 180 hommes d’équipage. L’Espagnol Sebastian Vizcaino fait profiter Date Masamune de ses connaissances pour mener à bien la construction. 45 jours, 800 ouvriers, 300 forgerons et 3000 charpentiers plus tard, le navire est mis à l’eau.
La mission qui s’organise est diplomatique à vocation commerciale. Ce qui n’empêche pas le Date Maru d’être considéré comme le premier navire de guerre japonais de construction européenne (les canons, forcément…). Une théorie, assez peu crédible dans le contexte de l’époque mais toujours sujette à débat, avance que Date Masamune envisageait une alliance militaire avec l’Espagne pour prendre le contrôle du pays et devenir shōgun à la place du shōgun. En tous les cas, aucun des objectifs réels ou supposés n’aura de postérité. Avec le recul historique, on peut dire que l’expédition est un parfait bide.
D’un autre côté, quand Date Masamune met en place son projet, il n’avait pas idée qu’il venait de lancer la première expédition japonaise “autour du monde” (ou presque). Et c’est pas rien.

Le périple de Don Felipe Francisco Hasekura

Hasekura Tsunenaga

Il y a toujours un “mais”. A d’autres égards, ce qu’on appellera par la suite la mission Keichō (慶長使節) est une réussite. Déjà, elle va plus loin que celle montée un an plus tôt. En 1612, le San Sebastian, construit par le shōgun et embarquant des représentants de Date Masamune, avait lamentablement fait naufrage sitôt quitté le port.
Ensuite, si les négociations de traités commerciaux n’aboutissent pas, l’aspect “poudre aux yeux” inhérent à toute visite officielle est un franc succès et l’ambassade marque les esprits de l’époque. Hasekura Tsunenaga (支倉 常長), le responsable de l’expédition, a pour mission de rallier la Nouvelle-Espagne, de négocier un traité commercial à Madrid et de rendre visite au pape Paul V à Rome, épaulé par le missionnaire Luis Sotelo. Pris comme un des rarissimes voyages d’exploration dans l’histoire du Japon, Hasekura est venu à bout d’un périple qui reste particulièrement hasardeux pour l’époque.

Ça fait quand même une belle trotte.

Le 28 octobre 1613, Hasekura s’embarque avec une quarantaine de marins espagnols et portugais, une grosse centaine de marins et marchands japonais, une vingtaine de samouraïs (dont la moitié fournie par le shōgun, sans doute pour garder un œil sur tout ce petit monde). L’ambassade débarque en Nouvelle-Espagne à Acapulco le 25 janvier 1614, puis se rend à Mexico et Veracruz, restant un an au Mexique.
Le Date Maru retourne au Japon en avril 1615 avec à son bord une cinquantaine d’experts destinés à développer l’activité minière dans le Sendai. Ils sont rôdés à l’extraction de l’argent, ça occupe en attendant de trouver les Cités d’Or. Dans les caisses de la Couronne d’Espagne, or ou argent, rien n’a d’odeur du moment que le flouze rentre.
De son côté, Hasekura Tsunenaga continue sa route vers l’Europe, laissant une partie des Japonais sur place pour commercer avec les Espagnols. Il passe à La Havane (où on lui a récemment érigé une statue) pour arriver en Espagne début octobre 1614. La rencontre avec le roi Philippe III a lieu le 30 janvier 1615. Hasekura lui offre entre autres une armure qu’on peut encore voir au Palais royal de Madrid ainsi qu’une lettre de Date Masamune. Les demandes de traités se concluent sur un “on verra”, ce qui en langage diplomatique veut dire non (en langue japonaise contemporaine aussi d’ailleurs). Hasekura profite de son séjour pour embrasser la foi chrétienne et se faire baptiser sous le nom de Felipe Francisco Hasekura.
Après huit mois de villégiature sous le soleil espagnol, les Japonais embarquent à destination de l’Italie. Le mauvais temps oblige la flotte à accoster… à Saint-Tropez – ce qui est un gag en soi –, où elle est accueillie non par les célèbres gendarmes mais par la noblesse locale. Jusqu’ici, la France brillait par son absence, c’est l’occasion de rattraper le coup. Les Français peuvent à leur tour s’extasier devant les baguettes, les mouchoirs en papier, les sabres hyper tranchants et les coupes de cheveux mixant chignon et crâne rasé. Une relation de l’époque fait état, déjà, qu’ils ont tous la même tête (soupir).
Hasekura finit par atteindre l’Italie où il rencontre le pape Paul V en novembre 1615. Parmi la batterie de cadeaux d’usage, il remet au souverain pontife une lettre en latin (!) de Date Masamune, toujours conservée au Vatican. A défaut d’obtenir là encore une réponse positive concernant un traité commercial – le pape, pas bête, renvoie la décision au roi d’Espagne –, Hasekura reçoit la citoyenneté romaine. Panem et circenses

Document accordant la citoyenneté romaine à Hasekura Tsunenaga, conservé à Sendai.

Finalement Hasekura retourne en Espagne où il se voit opposer une fin de non-recevoir. D’une part, il n’est l’émissaire “que” de Date Masamune et pas de Tokugawa Ieyasu (qui lui-même n’est “que” shōgun et pas Empereur, mais vu qu’il détient la réalité du pouvoir, il est chef d’Etat de facto). D’autre part, la situation a évolué au Japon et ce même Tokugawa Ieyasu intensifie la persécution des chrétiens, ce qui n’est pas du goût de Philippe III. Car si on a coutume de qualifier le roi de France de “très chrétien”, il faut reconnaître que les souverains espagnols mériteraient le surnom de “super chrétiens” depuis les bien nommés Rois Catholiques. On goûtera l’ironie de la situation : ce même Philippe qui se plaint des persécutions religieuses vient d’expulser les morisques de ses terres…
Un bide, donc, au niveau des négociations, comme je le disais. Cela dit, l’ambassade a fait forte impression en Europe, renforçant la réputation de grande puissance déjà établie par les récits des missionnaires, navigateurs et négociants. Le Japon de l’époque est plus peuplé que n’importe quel pays d’Europe et plus urbanisé. L’artisanat, la pré-industrie, la culture valent celles de l’Europe. La valeur de ses guerriers est telle qu’un décret espagnol de 1609 interdit de risquer l’affrontement militaire. Sans compter que le savoir-faire des forgerons japonais et la forte demande en armes pour mener les guerres féodales ont lancé une production de masse qui a amené l’archipel à disposer de davantage de fusils que n’importe quel Etat européen. Dès le XVIIe, le Japon aurait pu traiter d’égal à égal avec les puissances du Vieux Monde. La politique de fermeture totale du pays à la fin des années 1630 laisse donc l’imagination libre pour toutes les uchronies…

Revenons à notre bon Hasekura qui prend dépité le chemin du retour. Reparti au Mexique, il y retrouve en 1617 le Date Maru, parti du Japon un an plus tôt. Il appareille à destination des Philippines qu’il atteint en 1618. Le Date Maru change de mains à cette occasion, revendu aux Espagnols qui manquent de navires pour se défendre contre les Hollandais. San Juan Bautista marchera donc sur les eaux pour le compte de la Couronne d’Espagne. Hasekura fait construire un nouveau bateau pour pouvoir regagner ses pénates, puisque lui n’a pas la flottabilité ni les super pouvoirs d’un saint. Il débarque au Japon en 1620 et retourne auprès de Date Masamune.
Deux jours après son retour, le christianisme est interdit sur le domaine de Sendai.
Par la suite, Date Masamune prendra ses distances avec cette histoire d’ambassade et exécutera les chrétiens qui traînent sur ses terres, y compris la famille de Hasekura, dont le domaine et les biens seront confisqués, parce que ce serait dommage de les laisser perdre.
Pourquoi ce revirement ? C’est un mystère. Revers diplomatique mal encaissé ? Date Masamune, à l’instar d’Attila, “c’est pas Jo le rigolo”, comme il l’a prouvé en certaines occasions. Crainte, à travers les récits de Hasekura, de la puissance espagnole, très voire trop proche comme ses voyages au Mexique et aux Philippines l’ont démontré ? Les Espagnols eux-mêmes ne font pas mystère de leur système où la conversion précède la conquête. En 1623-24, bien avant la fermeture définitive du pays, le Japon coupera d’ailleurs les ponts avec l’Espagne tant au plan commercial que diplomatique. Volonté de se concilier les bonnes grâces du shōgun Tokugawa Hidetada ? Déjà dans le collimateur à cause de ses tendances prochrétiennes et de sa désobéissance vis-à-vis des édits d’expulsion de missionnaires, Date Masamune avait encore de la marge sous Tokugawa Ieyasu. Mais lorsque celui-ci meurt en 1616 et que Tokugawa Hidetada devient vraiment shōgun – il l’était depuis 1605 mais dans l’ombre de son paternel –, il est temps de rentrer dans le rang sous peine de finir sur la liste noire. Le fiston est encore plus antichrétien que son illustre géniteur, ce n’est donc pas le moment de déconner à jouer les fortes têtes. D’autant que la dernière grande baston en date, le siège d’Ōsaka (1614-1615), a vu les chrétiens rallier massivement les Toyotomi, opposants au pouvoir des Tokugawa. Au final, Date Masamune avait toutes les raisons de faire preuve d’opportunisme et de retourner sa veste.

Le clan Date enterrera cette histoire et les voyages de Hasekura tomberont dans l’oubli. L’ouverture forcée du pays fin XIXe amènera les Japonais à redécouvrir ce pan de leur histoire… lors d’une mission en Italie. Le clan Date, qui existe encore aujourd’hui, fera don à des musées de divers objets ramenés d’Europe et d’Asie par Hasekura et saisis lors de la disgrâce familiale. Le principal bénéficiaire en est le Musée de la ville de Sendai (仙台市博物館).
Quant au San Juan Bautista, les plans originaux ont été perdus, mais les archives du clan Date ont conservé les dimensions exactes et permis d’en construire une réplique à Ishinomaki, ville d’où était parti Hasekura. Lancé en 1993, le navire est devenu le centre d’un parc à thème. La ville d’Ishinomaki a été une des plus durement touchée par le tsunami du 11 mars 2011, comptant plus de 3000 morts et la moitié des habitations inondées voire proprement rasées. Le San Juan Bautista a pour sa part réchappé au carnage malgré quelques dégâts sur la mâture (beaupré sorti de son axe, mât de misaine ratiboisé, grand mât décapité). Certes il est étudié pour affronter les vagues, mieux qu’une maison, mais on parle quand même d’une conception datée de quatre siècles !

Que cette coque de noix, ce que serait même un porte-avions face à une vague de 30 mètres, ait survécu en fait un symbole fort de résistance face au cataclysme. La restauration du San Juan Bautista fait également figure de symbole de la reconstruction post-tsunami. Surtout que l’année prochaine, on fêtera les 400 ans de l’ambassade Keichō menée par Hasekura.