The Grudge

Réalisation : Shimizu Takashi
Scénario : Stephen Susco, d’après les films de Shimizu Takashi
Genre : horreur (à tous points de vue)
Durée : 92 longues minutes
Année : 2004
Pays d’origine : Etats-Unis, Japon
Casting : Sarah Michelle Gellar, Jason Behr, KaDee Strickland, William Mapother, Clea DuVall, Grace Zabriskie, Bill Pullman, Rosa Blasi, Ted Raimi, Ishibashi Ryo, Maki Yoko, Fuji Takako, Ozeki Yuya, Matsuyama Takashi

Synopsis :
Une Américaine blonde et conne débarque dans une maison hantée au Japon.

Cache ta joie…

Avis :
A la lecture de ce qui précède, chacun l’aura compris, on n’a pas aimé The Grudge. Comme on dirait à propos de Guizmo : “caca”.

De quel Gru(d)ge parle-t-on ? Oui, parce qu’en fait, il y en a un paquet.
A l’origine, il y a 清水 崇 (Shimizu Takashi, ou comme vous dites en Occident Takashi Shimizu). En 2000, il sort en vidéo Ju-on ( 呪怨 ) et Ju-on 2 (呪怨 2). Surfant sur la vague Ring, ils cartonnent au point qu’un troisième opus voit le jour en 2003, cette fois au cinéma, Ju-on : The Grudge (呪怨, Ju-on : The Grudge) suivi… euh… d’une suite originalement baptisée Ju-on : The Grudge 2 (呪怨, Ju-on : The Grudge 2). Pour le moment, on est toujours au Japon, il y a déjà 4 films. En 2009, sortent encore deux films : Ju-on : Shiroi Roujo (呪怨 白い老女) et Ju-on : Kuroi Shoujo (呪怨 黒い少女).
Entretemps, les Américains ont flairé le filon. On les sait peu amateurs de films étrangers, soit par honte de n’avoir pas eu eux-mêmes l’idée du film, soit parce que les sous-titres c’est chiant à lire pour un cerveau saturé de graisse de burger, soit simplement parce que leur inculture et leur égocentrisme les empêchent de comprendre tout ce qui se passe ailleurs que chez eux.
Toujours est-il qu’ils décident de pondre un remake, leur spécialité. Il sort en 2004 et “bénéficiera” évidemment de deux suites en 2006 et 2009. Exceptionnellement, plutôt que faire appel à un vague tâcheron hollywoodien, c’est le maître d’œuvre original qui s’y colle : Shimizu Takashi.
Total : 9 films si on n’en a pas oublié en route. Pas de bol, on n’a vu que la gruge américano-nippone de 2004.

Pourquoi ce film est-il une erreur ?
Il cumule les défauts d’une suite et d’un remake à l’américaine. Autant dire du réchauffé sans âme.
Ensuite, en 2004, outre les DTV de Ju-on de 2000, il y a déjà eu Ring (1998) et ses suites (sans parler de ses remakes américains – oui, lui aussi), il y a eu Dark Water en 2002 et tout un tas de Ring-like. Bref, le fantôme “aux cheveux d’encre et au teint de lait caillé” (dixit un critique) a été vu, revu, rerevu et on n’en peut plus. Et encore, je ne compte pas d’autres films (cf. vogue des films sur Hanako-san dans la deuxième moitié des années 90) qui, sur des histoires différentes, présente ce même revenant… ce qui n’a rien d’étonnant, puisqu’il appartient à la tradition du yurei. D’un autre côté, le folklore nippon dispose d’un “bestiaire” assez riche pour éviter de sortir toujours le même.

Enfin, le pire, c’est d’avoir tenté l’hybridation en transposant des Américains au Japon plutôt que situer le remake aux States. On comprend mieux pourquoi “bâtard” est une insulte.
Parce que là, mes aïeux, c’est la catastrophe culturelle !

  • Tokyo n’est qu’un décor qui sert vaguement à faire exotique et ravaler la culture japonaise au rang de couleur locale. (Cf. la scène de voyeurisme dans le cimetière où un couple nippon rend hommage à un défunt : y plane tout le long une ambiance “ils sont bizarres, ces gens-là”.)
  • Les Japonais sont quasi absents d’un film censé se dérouler sur leur sol.
  • Les Américains, en purs gaijin, sont égaux à eux-mêmes et se promènent comme dans une province colonisée. Ils ne parlent pas trois mots de japonais, mais c’est pas grave, les indigènes s’adapteront et utiliseront l’anglais. (Cf. une réplique fabuleuse comme quoi, plus ou moins, “heureusement que je ne dois pas sortir, parce que je ne vois personne à qui demander mon chemin”. Tokyo = 13 millions d’habitants, dur d’y croiser quelqu’un en effet.)

Les défauts rédhibitoires ne s’arrêtent pas là. Outre le degré zéro de l’originalité, l’œuvre est d’une fadeur abyssale à l’image de son interprète principale (c’est une actrice ?). Sarah Michelle Gellar, comme à l’accoutumée, se révèle moins expressive qu’un sushi.
Donc film chiant en soi. Si en plus on a déjà eu l’occasion d’en voir un du même genre, c’est carrément une merde sans le moindre intérêt.

Indigeste, indigent, indigne : qu’un tel film ait rapporté autant, voilà où se situe l’horreur.

(Republication de ma chronique de février 2012 sur Le Boulevard des Stars.)

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