Questions pour un guignol

A la suite de l’interview du Fossoyeur de Films et en attendant le prochain invité de marque “au glaive flamboyant”, voici…

… ma propre interview.
Ben quoi ? Vous n’avez jamais lu les travaux de Mauss sur le don et le contre-don ? Incultes… Je soutire des informations à mes invités, y a pas de raison qu’ils n’aient pas accès aux mêmes. Ce texte leur est donc dédié.
Le questionnaire sera sensiblement le même que le précédent et les suivants, moyennant quelques adaptations. Pas par défaut d’imagination – je vous vois venir avec vos critiques moisies – mais pour pouvoir mettre en parallèle les points de vue des intervenants.

Il est de bon ton de commencer l’interview par une présentation de l’interlocuteur. Je vous conseille de lire les 300 (Spartiates !) autres articles qui chantent mon hagiographie sur ce blog.

On démarre par une question facile : parles-tu japonais ?
はい。

Okay… Si on poursuit l’interview avec la même concision, elle tiendra sur un timbre-poste… Es-tu déjà allé au Japon ?
On est où là, à ton avis ? J’y habite. Kyōto la magnifique est ma nouvelle base depuis deux ans presque jour pour jour.

Aimable… Un point de la culture japonaise que tu apprécies ? détestes ? qui te laisse profondément perplexe ?
Perplexe ? Aucun ou alors pas longtemps. Quand quelque chose m’échappe, je fais un truc tout bête : je cherche à comprendre… ou je demande à Yumi (ma japonaise de femme, pour ceux qu’auraient pas suivi les épisodes précédents).
Ce que j’apprécie ? La sincérité Les fêtes, y en a tout le temps. J’ai même l’impression de faire plus souvent la chouille que lors de mes vertes années estudiantines, c’est dire.
Ce que je déteste ? L’hypocrisie La version officielle de l’Histoire dont le révisionnisme heurte ma formation d’historien.

Que lis-tu en mangas, en littérature japonaise classique ou contemporaine ? Tu collectionnes les estampes ?
Les photos de ma femme à poil, ça compte comme estampes ?… (Rires… ou plutôt se bidonne connement tout seul, mais je suis du genre à rigoler quand on dit “prout” alors vous imaginez…)
En mangas, rien ou presque. Il m’en passe très ponctuellement entre les mains, mais c’est rare. J’espère rattraper mon retard sur quelques références qui tiennent à cœur (Grendizer, Harlock, Cobra…).
Côté littérature, en faire le tour va prendre un moment, doit y avoir 200 titres dans ma bibliothèque. En me limitant à ceux que je lis le plus souvent : Mishima Yukio, Miyabe Miyuki, Kawabata Yasunari, Natsume Sōseki, Yokomizo Seishi.

Sais-tu manger avec des baguettes ? préparer les sushis ?
Ouaip, comme un dieu dans les deux cas. Au fait, pour l’enchaînement logique des questions, tu repasseras.

Merci… Pratiques-tu un art martial ?
Non, pas un. J’en pratique trois. Kendō, iaidō et kyudō, je suis machine à tuer au sabre et à l’arc.

Si ces choix de carrière s’offraient à toi : samouraï ou ninja ? sumotori ou geisha ?
Samouraï, forcément. Après j’hésite… Sumotori, catégorie moins de 60 kg.

Si tu devenais yakuza, quel motif de tatouage choisirais-tu ?
J’en ai déjà tellement que je n’ai plus de place pour des tatouages.

Si on te donne un katana, quelle est la première chose que tu découpes avec ? Ce faisant, que crierais-tu : “par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissante”, “il ne peut en rester qu’un”, une incantation tonitruante de ton cru ?
Heureusement que tu ne m’as pas demandé “la première personne”, parce que la liste dépasse la taille d’un botin. Une pastèque – pour l’hommage nanar – en criant “couic, j’en avais une énorme envie”.

Tu pratiques le cosplay ?
Ayant l’art de me faire des amis, je répondrai : non, j’ai ma dignité. En tout cas assez pour ne pas me promener en Sailor Moon inconscient du ridicule de la chose. Surtout avec du poil aux jambes et au menton. Ceci dit, je dois reconnaître que j’aime bien me déguiser. Déjà tout gamin (les classiques : cow-boy, indien, Robin des Bois) et encore à l’âge “adulte” si mal nommé. Musashi, la Mort, Columbo, Dave Mustaine, ZZ Top, la Momie en PQ et Lara Croft… avec du poil aux jambes et au menton (on m’avait mis au défi, donc j’ai relevé). L’été dernier, j’ai créé le premier cosplay du Fossoyeur de Films le temps de quelques photos en hommage.

Passons au cinéma. Tes films préférés ?
Dur de faire le tri… Si je devais me limiter à un top 12 : Les Sept Samouraïs, Les Tontons Flingueurs, Jeux d’Enfants, Avalon, Zatoïchi, Blade Runner, Orange Mécanique, Fargo, La Grande Vadrouille, Le Bon, la Brute et le Truand, Hackers, Commando. Pour certains, c’est moins lié à leurs qualités cinématographiques qu’à une résonnance avec des événements ou périodes particuliers de ma vie (Hackers et Angelina…).
Après, il manque plein de films que j’adore comme Terminator, Le Vieux Fusil, Fight Club, Apocalypse Now, Donnie DarkoUne Vie Volée, Looper, Cabal, Après la Pluie, Le Nom de la Rose, Usual Suspects, Predator, Shining, Asiatiques en Chaleur, Azumi, C’est arrivé près de chez vous, Rambo, 300, Alien, Pale Rider, Les Goonies, Soleil Vert, la trilogie Dark Knight, Hana-bi, Conan le Barbare, Dark City, L’Adversaire, Cube, Piège de Cristal, Kickboxer, Inception, The Barber, Dune, Ghost Dog, Mr & Mrs Smith, Il était une fois dans l’Ouest, La Cité des Enfants Perdus, Léon, Le Dîner de Con, Yojimbo, Lost Highway, Psychose, Taxi Driver et même là, y a pas tout…

On va s’arrêter là, on a compris. Tes meilleurs souvenirs de cinéma ?
Angelina Jolie à Cannes, Angelina Jolie à Paris et Benoît Poelvoorde à Lille.

Quelle place occupe le cinéma japonais dans tout ce bazar et dans ta culture de cinéphile ?
Là aussi, gros rayon dans ma filmothèque avec une prédilection pour la J-horror, le chanbara, Kitano, Kurosawa.

Stop, sinon tu vas griller mes autres questions. Les films d’animation qui t’ont le plus marqué ?
Perfect Blue, Akira, Ghost in the Shell et Monononononononoke Hime.

Les dessins animés japonais de ton enfance ? Un héros ou une héroïne qui te faisait fantasmer étant gamin ?
En vrac, Les Cités d’Or, Capitaine Flam, Ulysse 31 qui m’a fait découvrir Homère, et j’en oublie plein. Albator, Goldorak et Cobra, pour mes trois séries préférées de l’époque et encore maintenant. Tout petit, je voulais être Cobra et commander le vaisseau d’Albator avec les armes de Goldo.
Je rêvais de me taper Yūki Kei et grâce à ma femme, c’est chose faite. Actuellement, je cherche des triplées pour réaliser un vieux fantasme lié à Cat’s Eye.

Quels sont les films japonais qui t’ont le plus marqué et pourquoi ?
Hana-bi (1997), peut-être le premier film japonais que j’ai vu, ou en tout cas qui m’a assez marqué pour qu’il y ait un avant et un après.
Hara-kiri (1962), parce que c’est grâce au seppuku que j’ai découvert la culture japonaise. Comme quoi, les pensées suicidaires peuvent mener dans des directions inattendues.
Après la pluie (1999), qui fait écho à ma période de rōnin.
Le Sabre du Mal (1966) et Zatoïchi (2003), parce que le jour où je saurais en faire autant avec un sabre, je commencerai à considérer que j’ai un bon niveau.
Les Sept Samouraïs (1954), c’est juste un chef-d’œuvre qui me parle à tout point de vue.
Voilà pour les films “double claque” tant au plan ciné que perso. Après, dans le vrac des films que j’ai adorés, la liste serait longue… Albator (2013) pour la nostalgie de l’enfance… Dark Water (2002), sans doute le meilleur dans la catégorie J-HorrorAvalon (2001) pour l’esthétique, l’ambiance, la réflexion sur les univers virtuels… Azumi (2003), une catastrophe niveau jeu d’acteurs, mais le combat final démesuré, quoi !…

Les classiques japonais que tu n’as pas vus et qui selon toi manquent à ta culture ciné ?
Si seulement je connaissais la liste des classiques…

Tu parles d’une pirouette… Dans un autre genre de cinéma, de la filmo de Kō Masaki et ses 253 titres, combien en as-tu vu à la louche ? Idem pour Katsuni, ex-Katsumi, créditée de 311 titres sur Imdb ?
Zéro pour le premier. Katsumi, aucune idée, beaucoup, 150-200, peut-être plus.

Fan ou pas fan de : a) nanars avec des ninjas ; b) nanars martiaux (Vandamme, Seagal, Norris) ; c) hentaï ; d) ce que j’appellerai faute de mieux les films délirants (genre Big Tits Zombies, Tetsuo, The Machine Girl).
Les quatre.

Ton avis sur le Japon passé à la moulinette hollywoodienne ? (Les Sept Mercenaires, Le Dernier Samouraï, Godzilla d’Emerich et celui qui va sortir en 2014, Mémoires d’une Geisha, Wolverine, le fiasco de Kitano avec Aniki)
C’est de la merde.

Mais encore ?…
Les Sept Mercenaires, la seule différence avec du plagiat, c’est que les producteurs ont acheté les droits d’adaptation. Autant mater Les Sept Samouraïs. Wolverine, bienvenue au pays des clichés. Le Dernier Samouraï, rien que le choix de la jouer “basé sur une histoire vraie” en réécrivant l’Histoire avec un connard Américain à la place d’un Français mériterait le pal. Mémoires d’une Geisha, tu colles pas une Chinoise pour jouer une Japonaise, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Non, les Asiatiques ne se ressemblent pas tous. Autant imaginer un film sur la mafia sicilienne joué par des Scandinaves.
C’est impardonnable, parce que quand ils veulent, les Américains peuvent comprendre le Japon aussi bien que moi (modestie, tu me perdras), loin des clichés dont regorgent leurs films. Suffit de lire Le Sabre et le Chrysanthème de Benedict pour s’en convaincre.
Qui peut le plus et accouche de moins ne mérite que des insultes, donc c’est de la merde.

Une série animée que tu aimerais bien voir adaptée au ciné en animation ou en live ?
J’aurais bien répondu Albator, mais ça vient d’être fait. Cobra, le Fossoyeur l’a pris. Attends que je réfléchisse… Goldorak, tiens, surtout en repensant à ce qu’en disait Alexandre Astier qui s’y collerait bien en mettant Poelvoorde dedans.

Question subsidaire : à quand une chronique de film présentée par Yumiko, dont tu parles beaucoup mais qu’on n’entend pas souvent ?
C’est à l’étude. Possible qu’on ponde un article à quatre mains sur Azumi un de ces jours prochains.

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