Pacific Rim

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Sweet rims are made of this

En trois phrases :
Une faille dimensionnelle s’est ouverte dans le Pacifique. Les enfants cachés de Godzilla et Shub-Niggurath en sortent et bousillent tout. Les cousins germains de Goldorak vont leur asticoter les tentacules.

Je laisse maintenant la place à un éminent et estimé confrère qui a très bien résumé le film. Matez sans risque, il n’y a pas de spoil dans sa vidéo et il ne vous dira pas que *bip* va *bip* le *bip* avec *bip* (vous pouvez remplacez “bip” par “schtroumpf”, ça marche aussi).
Plus sérieusement, le Fossoyeur de Films livre une revue bien foutue et qui coïncide globalement avec mon avis, deux bonnes raisons de ne pas jouer les perroquets à sa suite.

Petit complément personnel, histoire de bosser un chouïa.
Je rejoins le Fossoyeur sur l’ensemble de son propos : Pacific Rim mérite d’être vu pour le spectacle magistral.
Je serais peut-être autrement plus critique sur les défauts, notamment la masse de tout ce qui est convenu, téléphoné, prévisible tant dans les situations que les personnages. On sent quand même que Pacific Rim(e) avec blockbuster, concocté dans un vieux pot grâce à des recettes éprouvées. Héros brisé, rivalités entre pilotes, savants déjantés, discours de motivation du boss avant l’assaut final, sacrifice des uns pour la réussite des autres : rien qui ne relève du topos. Aussi éculé que ma métaphore sur les pots et les recettes.
Malgré cet air de déjà-vu, ce florilège d’archétypes, une narration linéaire et sans surprises, des dialogues d’une morne platitude waterlootoise, un casting mollasson dans son ensemble, le film fonctionne. Oui, quand même. C’est divertissant, on ne s’ennuie pas, on en prend plein les mirettes grâce aux effets zolis tout plein. Mais pas que. Trois points majeurs à signaler :

  • Guillermo del Toro sait jongler avec ces lieux communs pour pondre un film, pas juste une bouse à la Transformers. Suffit de voir l’intro pour s’en convaincre : del Toro (par les cornes) réussit en cinq minutes ce que Michael Bay a peiné à faire sur le premier volume des gogo-gadgetto-robots. L’art de la concision et finalement toute la différence entre le spectacle et l’esbrouffe.
  • Del Toro sait filmer. Vous me direz, d’un réalisateur, c’est la moindre des choses. Vous avez vu Cloverfield ? Quand je repense à cette caméra en roue libre, j’ai encore le mal de mer et les yeux qui saignent. Une mise en scène dynamique ET lisible, c’est possible. Sans parler d’un sens esthétique sur lequel je n’ai rien à ajouter par rapport à la vidéo supra.
  • L’unité de film. Comme souligné par le Fossoyeur (et avant lui Aristote, cité par Arthur dans Kamelott 😉 ), “il y a un début, un milieu et une fin”. Le film se suffit à lui-même sans final foireux ni cliffhanger à deux balles “la suite au prochain numéro parce qu’on veut profiter de la pompe à fric”. Dans l’ensemble, le spectateur n’a pas grand-chose laissé à son imagination, ce qui n’est pas si mal vu qu’il n’est pas payé pour inventer le scénario. La plupart des questions trouvent leur réponse, peut-être un peu trop. Tout l’excès inverse de Cloverfield.

J’avais un peu peur du mélange “Cthulhu vs Goldorak”, surtout hors de sa terre natale, le Japon. Sorti des bestioles “normales” taille XXL (araignée, serpent, requin, tique, abeille, crocodile et un raton laveur… l’arche de Noé complète), les films de monstres géants ne sont pas légion en Occident. Les films de robots géants, alias mecha, encore moins. En tout cas, comparé au Japon, pour un Cloverfield ou un King Kong, il sort douze variantes de Godzilla. Pour un… est-il seulement sorti un seul film de mecha en Occident ?… Aucun titre ne me vient. A la limite Transformers en étirant la définition du mecha. Pour un Transformers, donc, il sort au Japon 10 mangas, 5 films d’animation et le double de séries animées, idem en films live ou séries TV, une demi-douzaine de jeux vidéos…
Bref, au Japon, le cinéma de monstres géants (怪獣映画, kaijū eiga) et plus encore le genre mecha (メカ) sont profondément ancrés dans la culture populaire. Ailleurs, non. En cela, Pacific Rim… ou plutôt ne rime pas avec originalité. Du tout. Jamais. Il pourrait donner l’impression que, sauf que non. Ou c’est peut-être moi qui ai vu trop de Goldorak, Bioman, Evangelion et autres Godzilla pour réussir à trouver du neuf dans ces genres. Le drame d’être de la génération Récré A2 / Club Dorothée… Oui, voilà, c’est ça : du sur-vu au Japon, du déjà-vu mais du jamais-fait en Occident. Excellent résumé, bravo moi.
Pourtant le film fonctionne. Del Toro a su utiliser son double fonds d’inspiration nippone (kaijū et mecha) sans tomber dans le grand n’importe quoi. On m’aurait dit que le film était japonais et que le réalisateur s’appelait en fait Guillermo no Torosawa, ça ne m’aurait pas choqué. Raison pour laquelle le film m’a plu. Oui, parce qu’à me lire, on se demanderait vu le nombre de points négatifs que je soulève.
Rien que le choix du terme jaeger s’inscrit dans l’habitude japonaise de coller des références germaniques dans les oeuvres d’anticipation (Jin-Roh avec la division Panzer, Harlock/Albator et les Nibelungen, Casshern et ses décors made in Naziland…). Si c’est pas du détail qui tue… A l’inverse, on ne trouvera pas dans Pacific Rim ces longs passages larmoyants ou introspectifs récurrents dans les films, mangas ou animes nippons.
Del Toro respecte son matériau et se place dans la lignée des Godzilla, Goldorak et Gundam comme un Japonais pur jus l’aurait fait. Sans pour autant pasticher la patte nippone, hop, il esquive le pseudo-orientalisme de bazar. Le mérite en revient sans doute aussi pour partie à Travis Beacham, le scénariste à géométrie variable. Ah, les scénaristes, éternels oubliés, comme si tout le film reposait sur l’imagination du réalisateur qui 9 fois sur 10 n’est jamais qu’un faiseur sur la base des idées d’autrui… Enfin bref. Toujours est-il qu’à eux deux, sans atteindre le sans faute ou apporter quelque chose de nouveau sous le soleil, ils ont su rendre l’essence de leurs sources d’inspiration.

A défaut d’innovation, Pacific Rim relève de l’excellente adaptation. S’il n’est pas parfait, il se situe nettement au-dessus d’un Transformers et ça change de voir autre chose qu’un millionième film de super-héros et les habituels remakes/suites/préquelles/reboots. Donc à voir pour le pur spectacle et pour l’hommage à ses sources, parce qu’il vaut le détour. En espérant qu’il ouvre la voie pour étoffer un genre jusqu’ici très pauvre dans le cinéma hollywoodien.

Je suis curieux de connaître la réception du film ici. Autant en France (ou aux Etats-Unis ou n’importe où ailleurs), les films de comparaison ne sont pas légion ; autant au Japon, on ne manque pas de références ! Vu la production locale pléthorique – doux euphémisme –, Pacific Rim risque de passer pour une énième production du genre noyée dans la masse, du déjà-vu intégral et/ou une hérésie d’un Occidental qui touche au sacro-saint fonds culturel nippon. Il peut tout autant cartonner pour les mêmes raisons : les mechas sont si ancrés dans la culture populaire que l’audience potentielle est énormissime.
La présence au casting de Kikuchi Rinko, japonaise de son état, devrait jouer assez peu sur la réception. Comme elle travaille beaucoup à l’étranger, sa notoriété dans l’archipel reste somme toute relative. Elle a au moins le mérite de mieux jouer que nombre de consœurs, idoles avant d’être actrices.
On verra bien les chiffres au box-office…

Le coiffeur de Mireille Mathieu a encore frappé.
Le coiffeur de Mireille Mathieu a encore frappé.

Le mot de la fin et le lot des détails qui m’ont franchement hérissé :

  • L’Asie semble redevenue une colonie à la botte de l’Occident. Hormis une Japonaise et trois Chinois, tous les Asiatiques sont ravalés au rang de sous-fifres ou de vagues silhouettes. Pilotes blancs, scientifiques blancs, même le chef de gang local (Ron Pearlman) est blanc. Reste un général noir… américain. Parce que quand les nations du monde s’unissent, c’est toujours sous la houlette d’un Américain.
  • Quand on met une Japonaise et des tentacules dans un film, ne pas les “connecter” à un moment ou un autre relève de la faute de goût majeure et me prive de placer le subtil calembour “mecha nique” (qui rim(e) avec Pacific).
  • On voit beaucoup d’hélicoptères de transport et de bateaux civils… mais reste-t-il des forces armées quelque part dans le monde ? Je dois avouer que les notions tactiques du futur laissent perplexe. Les robots partent au combat en solo. Couverture aérienne ? Connais pas. Idem la marine, l’artillerie, les missiles.
    La faille se trouve au fond de l’eau, il est question d’y balancer une méga bombe atomique pour la refermer. De nos jours, on n’a peut-être pas des robots de la mort, mais des sous-marins porteurs de missiles nucléaires. Ça marcherait aussi bien et sans devoir s’approcher à 30 cm pour être sûr de lâcher le paquet au bon endroit.
    Quant à la tactique qui consiste à lâcher le programme Jaeger pour se planquer derrière un mur, elle va à l’encontre de quelque chose comme trois siècles d’art de la guerre. Les rares cas récents d’idées de ce genre ont vite démontré leurs limites. Ah, la ligne Maginot… Et quand on connaît la propension des sauveurs du monde américains à aller castagner partout dans le monde depuis 1917, j’imagine très mal une volte-face misant sur le full def.
  • Ne vous fiez pas aux visuels du film qui montrent des robots bardés de canons, missiles, lasers, cette technologie relève juste du gadget. De nos jours (bis), on sait envoyer des fusées au find fond de l’espace ou des missiles d’un continent à l’autre, mais dans le futur, on reviendra au corps à corps quelque part entre le sumo et le catch. Pourquoi pas des charges de cavalerie aussi ?…
    Contrairement au Fossoyeur, le coup de l’épée ne m’a pas choqué. Le fait que l’armement “futuriste” de robots high-tech se résume pour l’essentiel à des bourre-pifs, si. Fabriquer des machines pareilles, les connecter à des cerveaux humains… juste pour distribuer des mandales. Wow, c’est beau le progès !… L’arme du futur, c’est un bon gros poing dans la gueule.
La Fistinière, partenaire officiel des mechas ?
La Fistinière, partenaire officiel des mechas ?