Ninja

Le ninja, cousin du loup-garou.

Titre original : Ninja
Réalisation : Isaac Florentine
Scénario : Boaz Davidson & Michael Hurst
Pays d’origine : USA
Genre : action en pyjama noir
Durée : 86 minutes
Année : 2009
Avec : Scott Adkins, Tsuyoshi Ihara, Mika Hijii, Todd Jensen, Togo Igawa

Synopsis : Un occidental apprend le ninjutsu dans une école japonaise. Le directeur de l’école lui demande de retourner à New York (?) pour protéger le légendaire Yoroi Bitsu, un coffre qui contient les armes du dernier Koga Ninja.

Note liminaire :

Avant de partir dans le festival du loufoque, et tant qu’à faire utile, un petit exposé pour la culture générale.

Le ninja
A l’origine, on parle d’un shinobi (« celui qui est caché »), le terme ninja est plus récent (1780 environ). Il désigne un guerrier-espion (ce qui en fait donc un parfait assassin). L’image de l’acrobate en pyjama noir vient essentiellement du cinéma, de la télé et des BD (mais ses racines plongent au XIXe).
La légende et le secret n’aident pas à déterminer avec exactitude leurs origines. Il s’agit probablement de milices civiles des provinces d’Iga et de Kōga. Ils auraient créé leur propre style de combat en amalgamant des techniques d’horizons variés à défaut de pouvoir pratiquer le Bushido. Leurs spécialités touchent d’abord à l’embuscade, la guérilla, le renseignement, bref tout ce que les samouraïs ne peuvent pas faire puisque c’est contraire au Bushido et aux valeurs nobles de gens censés se trucider proprement entre eux. Leur âge d’or se va du XVe au XVIIe siècle, grande époque de guerres féodales. A partir du XVIIe avec le relatif calme de l’ère Edo, employés à l’unité, ils continuent à servir d’espions, d’assassins ou de gardes du corps.
Côté technique, leurs compétences se basent sur la discrétion, le camouflage et le camouflage, ainsi qu’une palette martiale fournie (pratique de l’arc, du sabre et de la lance pour les classiques, plus tout un tas d’armes moins orthodoxes incluant le poison).
La liste des armes ninja est aussi épaisse qu’un botin, j’en citerais quelques-unes parmi les principales : wakizashi (sabre plus court que le katana des samouraïs et plus pratique dans les endroits exigus), saï (dague dont les branches de la garde servent à bloquer voire casser les sabres), shuriken (les fameuses étoiles qui en ont d’ailleurs rarement la forme), kusarigama (faucille reliée à une chaîne)…
On notera que beaucoup de ses armes sont conçues pour affronter les samouraïs, tout simplement parce que ce sont les seuls adversaires valables et redoutables à l’époque. D’ailleurs, à niveau égal en terrain découvert, le samouraï met la pâtée au ninja.

Le cinéma
La silhouette vêtue de noir est popularisée par le kabuki, relayé par les romans, puis la BD, le ciné, la TV et les jeux vidéo. Figure récurrente de la culture japonaise, il apparaît dans le cinéma occidental à partir des années 60 (notamment James Bond). L’exportation du cinéma asiatique à partir des années 70 le fera connaître à grande échelle.
On aurait pu avoir des films sympas et quelques héros mythiques, à mi-chemin entre James Bond (dont certains gadgets sont proches de l’outillage et de l’esprit ninja), Leon et Ghost Dog… Mais qui dit thème populaire, dit récupération. Les années 80 surtout abonderont en films de ninja, faisant perdre toute crédibilité à une figure pourtant intéressante de “guerrier de l’ombre”. Aujourd’hui, on peut encore faire des films sérieux sur des espions ou des tueurs à gages, ce que sont les ninjas, mais prononcez le mot et tout le monde se marre en pensant à un “tueur à gags”, genre de bouffon épileptique en pyjama. A trop en faire, et à faire du n’importe quoi, le ninja a vite atterri dans les séries B puis Z, donnant naissance à quantité de nanars. Les responsables sont à chercher du côté de Menahem Golan et Godfrey Ho.
“Les ninja arborent fièrement des tenues, non plus seulement noires ou rouges, mais jaunes poussin ou mauves à paillettes, et rivalisent de techniques de combat ringardes et de lancers de bombinettes à fumée. Abusant de téléportations ridicules et de moulinets de bras, incarnés par des acteurs peu concernés – Richard Harrison, Stuart Smith, Bruce Baron, Alphonse Beni, Louis Roth, Bruce Stallion… –, les ninjas deviennent des symboles de ringardise !” (Source : Nanarland, ça résume bien)

A compléter avec mon triptyque sur le sujet : 1er volet, 2ème volet, 3ème volet.

Avis :

Comme toujours après avoir vu un film de ninja, je n’ai pas la réponse à cette question fondamentale. Dans les affrontements de groupe, quand le héros se bat contre 15 bonshommes, pourquoi y en a-t-il 14 qui pirouettent bêtement dans le fond au lieu de l’attaquer et de le noyer sous le nombre ?
Exception faite de l’affrontement final et de sa débauche d’armes ninja (10 armes différentes utilisées !), il est assez peu question de ninja malgré un titre qui ne laisse planer aucune ambiguïté.
Gros (et seul) point fort, les scènes d’action sont bien faites. La mise en scène évite les effets de caméra parkinsonienne et les ralentis-accélérés, mais se rattrape sur les bruitages débiles à outrance.
Le reste est une série B, truffée d’éléments nanardisants qui peut éventuellement divertir pour mettre le cerveau en pause après une journée crevante. Secte de pacotille, personnages de caricature, dialogues patauds, scénario squelettique et prévisible, décors new-yorkais fauchés. Rien de révolutionnaire par rapport aux « action movies JCVD style » des années 80-90. Il y a 15 ans, Van Damme dans le même film, ça passait comme une lettre à la poste… on voit ce qu’il en est aujourd’hui. Ne nous leurrons pas, Ninja est une série B aujourd’hui, mais c’est le nanar de demain.

Plutôt qu’une longue critique textuelle détaillée, je vais laisser parler la boîte à images à travers quelques captures maison.

Non, ce n’est pas le gros méchant qui affrontera Stallone dans le prochain Rocky, c’est un gentil ninja (vous savez, ces gus en pyjama qui misent tout sur la discrétion).

Normalement, un samouraï tout seul écrase Pyjaman en terrain dégagé. Là, ils sont deux, le ninja gagne. Mais oui…

Un regard qui en dit beaucoup. Le truc long et dur qui dépasse n’est pas ce que vous pensez, c’est l’extrémité d’un bô (bâton de combat). Remarquez, ça reste dans le même esprit de joute gymnique.

Un type vêtu de noir au regard noir qui ne sort qu’à la nuit noire… Pas de doute, c’est un méchant.

La balafre, accessoire indispensable à la crédibilité du méchant ninja.

La secte des méchants. Y a vraiment besoin d’en dire plus ?

Mes bien chers frères…

Le ninja pense ninja, mange ninja, décore ninja. Le motif shuriken-croix-gammée a été dessiné spécialement pour les méchants. En Orient la svastika est plutôt orientée dans l’autre sens.

Combat à 7 contre 1 – tout le monde n’est pas sur la photo. Sept gus qui, malgré l’avantage du nombre, attaquent gentiment en attendant leur tour et se font donc tuer un par un.

Tenue ninja anti-émeute, collection printemps-été 2009. Commandez dès maintenant pour recevoir en cadeau un superbe bikininja.

Conseil de Ninja Futé. Après avoir mis le conducteur hors de combat, pourquoi fuir avec sa voiture ? C’est tellement mieux de laisser la clé sur le contact et partir à pied la nuit sous la pluie dans une ville inconnue avec 2 tueurs aux trousses.

Le Dantonjnu, arme ninja conçue pour mettre des béquilles.

Le croisement improbable de Dark Vador, Tron et X-Or…

Le bat-ninja.

On nous promettait du ninja : c’est juste des skins à capuche !?! Remboursez !

“Il faut regarder le néant en face pour savoir en triompher.” (Louis Aragon)

Un quart d’heure avant la fin, le gentil enfile sa tenue de travail. C’est pas trop tôt !

Et maintenant, une pipe et au lit !

(Republication de ma chronique de juillet 2010 sur Le Boulevard des Stars.)

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