Ninja Assassin

Pour un exposé général sur les ninjas, voir cet article. A compléter avec mon triptyque sur le sujet : 1er volet, 2ème volet, 3ème volet.

Titre original : Ninja Assassin
Réalisation : James McTeigue
Scénario : Matthew Sand & J. Michael Straczynski
Pays d’origine : USA ; Allemagne
Genre : action en pyama noir
Durée : 99 minutes
Année : 2009
Avec : Jung Ji-Hoon, Naomie Harris, Sung Kang, Ben Miles, Sho Kosugi

Synopsis :
Raizo, jeune ninja orphelin, a été entraîné à tuer par le clan Ozunu. Après l’exécution de son seul ami, Raizo est soudainement en proie au doute et quitte alors le clan afin de préparer sa vengeance…
Des années plus tard, à Berlin, Raizo tombe sur l’agent d’Europol Mika Coretti qui, après avoir levé le voile sur une affaire politique mettant en cause une mystérieuse organisation asiatique, est devenue la cible du clan Ozunu. Traqués, tous deux se lancent dans une dangereuse course-poursuite…

Les méchants…

… la classe…

… avant tout.

Notre ninja de service passe son temps à s’entraîner tout en se remémorant son enfance. Le film fait la part belle aux flashbacks, moments d’anthologie de la dure vie d’apprenti ninja. Bouh, c’est trop triste… On se demande même comment il a survécu, chaque scène le montrant foirer telle ou telle épreuve et se faire joyeusement latter. On sourit à chaque fois qu’il s’en mange une, c’est dire l’attachement que créent le personnage et son interprète.

Fakir à ses heures perdues.

De façon tout à fait artificielle, on nous claque au passage une pseudo romance puisque bien évidemment il y a UN personnage féminin dans toute l’école ninja et que bien évidemment (bis) notre héros au rabais en tombe amoureux. Et tout aussi évidemment (ter) elle se fera buter, ce qui fournit un prétexte de vengeance super original. Evidemment.
Les séances d’entraînement anéantissent toute crédibilité à coups de super pouvoirs ninja qu’on croyait oubliés depuis 20 ans (guérison miraculeuse, déplacements en vitesse accélérée auxquels ne manque que la musique de Benny Hill, capacité à se rendre invisible sous le nez d’un adversaire et en pleine lumière).

Même pas mal !

Un bisou magique et hop, guéri.

Visiblement, le Confucius de service était en vacances au moment de pondre les traditionnels aphorismes orientaux super profonds et hermétiques. Son disciple Contoucourt a pris le relais : “la douleur est une faiblesse”, “la mort nous atteindra tous”… On en apprend tous les jours.
Le catalogue des 3 Ninjas Suisses est quant à lui copieusement mis à contribution puisque tout y passe. Shinai, boken, katana, ninjato, kusarigama, , shuriken, shuko… J’espère qu’on leur a fait un prix de gros ou qu’ils ont profité des soldes.

Deux gros absents tout de même et pas des moindres : la boulette fumigène et le saï. Un film de ninja sans ces deux accessoires, c’est comme Rambo sans flingue : un oubli majeur et une faute de goût.

A défaut de boulette fumigène, le camouflage à la fumée de cigarette. Ça ne s’invente pas !

Pendant ce temps, la “géniale” policière poursuit son enquête et trouve toutes les deux minutes une vieille archive sur des guerriers invisibles et ignorés de tous (mais qui laissent pas mal de traces… parchemins, légendes, dessins, vidéos…). Elle passe la moitié de son temps à essayer de convaincre son collègue qui, en bon flic de cinéma, n’y croit pas même quand on lui met toutes les preuves sous le nez.

Réplique culte : “Ces clans ont quoi ? quelques milliers d’années ? ils n’ont pas dû beaucoup évoluer.” Bah ouaip, quelques milliers d’années, c’est rien, ça renvoie juste l’humanité à l’âge de pierre, connu pour ses ninjas préhistoriques… A peine le temps d’évoluer, c’est sûr…

L’acteur principal, Jung Ji-Hoon, est monumental. Dans le sens où il est aussi expressif qu’un bloc de marbre, monolithique comme un gisant. Et avec ça, le charisme d’un poulpe. Un poulpe crevé.

Même Seagal, Norris ou Van Damme dans leurs pires jour ont davantage de présence que “ça”.

Il a osé… Lunettes miroir modèle années 80… la meilleure époque de la série B nanarde, l’âge d’or du ninja de pacotille.

A la moitié, le film se réveille avec enfin un vrai combat ! Hum… un duel de ninjas en pyjama noir la nuit… vous avez tout compris, on y voit que dalle.
Par contre, le catalogue La Redoute du petit bruiteur est exploité à outrance. Les guerriers silencieux, voyez-vous ça… Ils se déplacent avec toute la discrétion d’un drapeau par grand vent. Mais bon, les bruits de tissu, ça fait ninja.
A cet instant, le film, qui ne volait déjà pas bien haut, voit sa qualité décroître en proportion inverse de l’hémoglobine qui s’étale dans tous les sens. M’est avis que les accessoiristes d’autres films ont dû manquer de sang frais, parce qu’il y en a assez dans Ninja Assassin pour alimenter une trilogie.

Un adversaire lessivé.

Papier de riz, ombre chinoise et giclée de sang. A peine cliché.

Au passage, on notera les trucages mal faits, le sang giclant en surabondance, dans des trajectoires qui défient la gravité, sans parler de sa couleur qui flirte avec le rouge fluo. Décidément, le sang numérique, c’est pas ça.

Du gros rouge qui tache.

Une bonne averse lave plus blanc que blanc !

A ce stade du film, si vous avez compris le pourquoi du comment, merci de m’écrire. La fliquette a posé quelques vagues questions sur les ninjas, ce qui a on ne sait comment mis au jour un complot politique russe (?), piste ne sera ensuite pas exploitée. Elle se retrouve “donc” avec un ninja aux trousses (??). Pourquoi ne pas envoyer un bête homme de main quand on apprend au début du film qu’un ninja coûte dans les 15 millions de dollars. Et d’un coup le gentil ninja vient lui sauver la vie (???) sans qu’on sache comment il est au courant de tout ce bazar. Puis il lui révèle son identité (!).
Commence alors un grand méli-mélo de n’importe quoi composé de baston, base secrète, baston, ninjas, baston, trahison, baston, complot, baston, encore une base secrète, grosse baston finale. Un grand foutoir mis en scène à grand renfort de lourdes scènes molles ou de scènes d’action pataudes et saccadées. Les combats auraient presque pu rattraper le spectacle, mais tout est déjà vu. Qui plus est, l’abus d’effets “poudre aux yeux” fatigue plus qu’il n’impressionne. Encore des mouvements ralentis-accélérés-ralentis-accélérés… des shurikens qui laissent des traînées matrixiennes en vol… des guitares électriques tonitruantes au rythme entendu 1000 fois… des sabres qui fendent l’air aussi bruyamment que s’il était solide… et des hectolitres de sang numérique mal incrusté qui donnent à chaque blessure un côté cartoonesque et délirant…
On passera évidemment sur la crédibilité du héros invincible qui survit à plusieurs affrontements avec une vingtaine d’assassins surentraînés au prix d’un nombre de blessures invraisemblable. La palme revient à une éventration au sabre qui ne l’empêche pas d’être frais et dispo une heure plus tard.

Je dois couver quelque chose, j’ai mal au bide.

Au prix de raccourcis scénaristiques défiant la compréhension, tout ce petit monde se retrouvera dans la base des méchants pour l’affrontement final avec un grand moment de tactique ninja : charger au sabre et en terrain découvert des types armés de fusils d’assaut plutôt que les prendre en embuscade dans les bâtiments.

Ça carto(o)nne !

En résumé, Ninja Assassin comporte, si on se montre indulgent, 2-3 scènes valables qui l’empêchent d’être un navet complet. Le reste est sans intérêt, accumulant les clichés, les incohérences, les dialogues qui sonnent faux, les effets clinquants et ratés. Film péteux qui se donne de grands airs, ce n’est pas lui qui réhabilitera le ninja au cinéma.
A défaut de se passionner pour le sujet, va-t-on au moins rigoler un bon coup comme pendant l’âge d’or du nanar en pyjama ?
Ne tirant aucune leçon des erreurs passées, c’est presque un vrai film de ninja. On y trouve absolument TOUS les ingrédients et clichés du film de ninja nanar tel qu’on en a vu des tonnes dans les années 80. Débauche d’armes exotiques, bruitages de sabre et de tissu à gogo, des tonnes de ninjas hyper entraînés mais qui meurent comme des débutants, un méchant balafré, une arène pleine de ninjas, des pirouettes inutiles, une base secrète ninja (juste à côté de Berlin !), des séances d’entraînement avec des morts, des super pouvoirs ninja… C’est vraiment un best-of de toutes les nanardises dans la lignée d’American Warrior. Ne manque que la scène traditionnelle de l’entraînement au sabre sur des pastèques !
Bref, de quoi réussir une parodie épique entre les mains d’un réalisateur second degré ! Eh non… snif… A la place, on pouvait rêver d’un authentique nanar, d’une perle revenant aux sources des incomparables eighties, mais non, James McTeigue n’est même pas fichu de rater son film correctement. On ne rit pas de Ninja Assassin, on ne fait que s’ennuyer… Rendez-nous Michael Dudikoff ! c’était nase, mais qu’est-ce que c’était bon !

Un méchant chef ninja balafré comme au bon vieux temps !

Une arène pleine de ninjas comme au bon vieux temps !

L’attaque de la base ninja comme au bon vieux temps !

Si vous voulez retrouver ces mêmes ingrédients et d’authentiques sensations nanardes, jetez-vous sur American Ninja 1 et 2 (en VF, American Warrior et Le Ninja Blanc).

(Republication de ma chronique de juillet 2010 sur Le Boulevard des Stars.)

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