Nazis at the Center of the Earth

Iron Earth

Iron Earth

Le cinéma aime les nazis ! le DTV aussi ! Voici Nazis at the Center of the Earth, devenu SS Troopers en “français”.

Avant de démarrer la chronique de ce “chef-d’œuvre”, petit topo sur la nazisploitation.
Je conseille la lecture de cet article qui a le triple mérite 1) d’être abondamment illustré en nichons, 2) de ne pas se limiter à la seule branche de la nazi sexploitation, et 3) de diminuer le volume de ma digression puisque tout est dedans, y compris les zombis nazis au paragraphe “Les autres films de nazisploitation”… dont chaque point renvoie au résumé de Nazis at the Center of the Earth, véritable synthèse du genre.
Le genre abonde en bouses et mieux vaut en rester aux nazis grand public d’Indiana Jones et aux vrais bons films (Marathon Man, La Liste de Schinler, Oui-Oui encule ta mère, Le Dictateur, La vie est belle…).
En zombis nazis, je déconseille tout. J’ai vu Le Commando des Morts-Vivants (Shock Waves, 1979), Le Lac des morts vivants (1981, sur Nanarland), L’Abîme des morts vivants (1981), Horrors of War (ou Zombies of War, 2006), Oupost (2008) et sa suite Outpost : Black Sun (2012), Dead Snow (2009) et War of the Dead (2011). Et donc non, que du déchet. Je cherche désespérement Revenge of the Zombies (1943), premier film à mettre en scène ensemble zombis et nazis.
En nazi sexploitation, vous pouvez vous risquer sur la saga Ilsa (Ilsa, la louve des SS ; Ilsa, gardienne du haremIlsa, la tigresse du goulag ; Ilsa, Ultime Perversion).
Je citerais également le cas (très) particulier de Salò ou les 120 Journées de Sodome (1976) de Pasolini, adapté de Sade. Particulier parce qu’il s’agit d’un vrai film pondu par un vrai réalisateur, contrairement aux navets, nanars et “œuvres” du cinéma bis précédemment cités. Particulier parce que les protagonistes sont des fascistes Italiens, donc limite hors sujet. Particulier, enfin, parce que vous avez intérêt à avoir le cœur bien accroché, voire une provision de sacs pour dégueuler dans le cas des âmes sensibles. J’ai eu l’occasion de le voir en salle il y a une douzaine d’années lors d’une rétrospective à Lille. On a démarré la séance à 20, on l’a finie à 2. Et encore, ma copine de l’époque est restée uniquement parce qu’elle ne voulait pas partir sans moi, sans quoi j’aurais été le seul à voir la fin du film. Les scènes de viols, de petplay, d’uro et de gens qui mangent du caca ont fait le ménage dans l’assistance. Quelqu’un a même vomi avant de quitter la salle pendant l’inoubliable scène d’énucléation. Et ma copine ne m’a plus jamais regardé de la même façon. Paraît que je suis resté complètement impassible et que je faisais peur à voir. Que répondre ? Quand je dis que je suis un parfait sociopathe et que les émotions et moi, ça fait deux, ben c’est pas une métaphore. (Pour ceux qui s’inquièteraient de son sort, oui, elle est toujours vivante et non, je ne l’ai pas démembrée et enterrée dans mon jardin.) Bref. Salò, filmé de façon très réaliste et très crue, renvoie le torture porn actuel dans son bac à sable. Hostel et son œil qui pendouille, à côté, c’est Bambi.

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Ilsa, die große Tottotes.

A noter enfin qu’au Japon, le genre n’est pas complètement inconnu. L’uniforme SS noir est un élément récurrent dans les films d’horreur-trash-gore-délirants ou les Bioman-likes avec héroïnes en combinaison Lycra et méchants en masques de caoutchouc.

Le légendaire bon goût nippon, ici dans Kamen Soldier Miyuki.

Le légendaire bon goût nippon, ici dans Kamen Soldier Miyuki.

Nazis at the Center of the Earth
(Oui, on y arrive enfin…)

Si vous êtes amateurs de nanars ou lecteurs assidus des chroniques sur Nanarland, vous connaissez Asylum et vous savez à quoi vous en tenir. Sinon, je vous explique. The Asylum est une société de production qui incarne ce qu’on peut imaginer de pire dans l’industrie du cinéma. Wikipedia la définit comme une société productrice de séries B. Grosse erreur ! Du Z et rien que du Z. En vérité, je vous le dis, il faudrait disposer d’un alphabet de 92 lettres pour que la dernière corresponde au niveau lamentable des “œuvres”. Cela dit, la page a le grand mérite de donner une liste comparative des originaux et de leurs copies. Parce que chez Asylum, on fonctionne sur le mode du copier/foirer. Comme on n’a pas de blé, on fait de la merde. Vous me direz, on a déjà vu des films fauchés cartonner, l’inspiration compensant la misère. Mais chez Asylum, on n’a pas de pétrole et pas davantage d’idées donc on va les piquer ailleurs et on pond des mockbusters. La méthode consiste à surveiller les sorties attendues au box-office, repomper le pitch et accoucher d’une bouse DTV qui sort grosso merdo à la même date et sous un titre légèrement différent. Ainsi, Transformers devient Transmorphers, Paranormal Activity se change en Paranormal Entity, Pacific Rim glisse sur la carte vers Atlantic Rim, etc. Un concept…

Nazis at the Center of the Earth conte l’histoire d’une équipe scientifique en Antarctique qui tombe par hasard sur une base secrète au centre de la terre, pleine de zombis nazis dirigés par le docteur Mengele himself. Le film bouffe donc à tous les râteliers : Iron Sky évidemment, Jules Verne, la nazispolitation, la mode zombie, la mode du zombi nazi, la “popularité” de Josef Mengele…
Sur le papier, pourquoi pas ? Le concept de la Terre Creuse a fait Führer fureur sous le IIIe Reich au milieu d’un fatras de théories farfelues liées à l’ésotérisme nazi : Thulé, quête de l’Atlantide, du Marteau de Thor et du Graal par l’Ahnenerbe (coucou, Indiana Jones) et, ma préférée, l’ariosophie qui voit dans les Aryens des entités extraterrestres qui se sont accouplées avec des singes (coucou, Pierre Boulle).
Des zombis, ça fait vendre. Même si je me demande encore comment vu que ÇA FERA BIENTOT UN SIECLE QU’ON EN BOUFFE A REPETITION ET A TOUTES LES SAUCES, à plus forte raison ces dix dernières années ! La preuve. Cf. ce que j’en disais pour World War Z, je me cite : “y en a ras le cul des zombis à toutes les sauces. Films, séries, jeux vidéos, BD, romans et j’en passe… Depuis que 28 jours plus tard a relancé le genre – ou l’a sorti du nanar où il stagnait –, on peut dire que l’invasion a commencé. Un peu comme les super-héros, en fait. Y a un moment où il faut arrêter de surexploiter le filon en nous servant la même soupe jusqu’à la nausée.”
Le nazi, ma foi, est pratique, consensuel, fédérateur. On peut pas faire plus “méchant désigné d’office”. Incarnation d’une horreur qui dépasse de très loin la fiction, donc à sa place dans le genre éponyme… et fascinante quelque part. On en vient toujours à se heurter à la grande interrogation : mais pourquoi ?… Fascination qui doit aussi à l’image que les nazis ont donné d’eux-mêmes à leur grande époque. Les défilés propres et carrés, les mouvements de foule hystérique, les discours à grand renfort d’étendards, d’aigles flamboyants et d’effets pyrotechniques dignes d’un concert de Madonna. De la mise en scène, du spectacle (cf. les travaux de l’historien Ian Kershaw sur le sujet). Logique, donc, qu’ils creusent si facilement leur trou au cinéma. Enfin, rien de plus facile que de marier le nazi au thème du zombi. On sait les nazis amateurs d’expériences délirantes. Donc dans une logique de fiction cinématographique, que lesdites expériences pondent du zombi pour assurer le Reich de Mille Ans, encore une fois pourquoi pas ?…
Sauf qu’on est chez Asylum.

Pour la petite histoire, j’ai mené quelques recherches. L’Allemagne du monde réel disposait bien d’un territoire dans l’Antarctique : la Nouvelle-Souabe (Neuschwabenland). Plus exactement, le Reich réclamait ce territoire sans que quiconque entérine les revendications. Vu les sites sur lesquels je suis tombé, la prochaine fois que quelqu’un me sortira que les nazis étaient tous cinglés, je lui répondrai qu’ils n’ont pas le monopole de la folie. Il semble exister une quantité non négligeable de gens persuadés que le Reich disposait (voire dispose encore) d’une énorme base secrète servant à la fois d’entrée vers la Terre Creuse et d’aéroport pour soucoupes volantes. Moult Allemands en fuite après le 8 mai 1945 y auraient trouvé refuge avec le célèbre or nazi dans leurs bagages. Ouaip, ouaip, ouaip. Ça, c’est un scénario de film, pas la réalité. A moins de construire une base en empilant des lingots au lieu de parpaings. Et l’or, comme combustible pour se chauffer, bof. Dans la vraie vie, il n’y eut sur place qu’une base temporaire destinée à cartographier la zone. Les préoccupations économiques (pêche à la baleine) ont motivé en premier chef l’expédition. L’intérêt stratégique et l’éventualité d’une base navale ne sont apparus qu’après et jamais concrétisés vu que les Allemands avaient un peu autre chose à foutre en Europe. Les soucoupes, on cherche encore après. La Terre Creuse, ouvrez un manuel de géologie. Sinon, y a la corde ou la greffe d’un cerveau comme options. Ou vous pouvez lire ça aussi.

Nazis above the Earth

Nazis above the Earth

La jaquette française résume bien la qualité du film. Je ne parle pas du graphisme général, plutôt bien fichu quoique très repompé d’Iron Sky. Ouvrez l’image sous Photoshop, vous allez comprendre. Sélectionnez la colonne de nazis à gauche, dupliquez-la et appliquez un effet miroir pour la placer à droite. En trois clics, vous avez dessiné la moitié de votre affiche avec un copier-coller. A un détail près. La croix gammée ! Ce que je vois : à gauche, un défilé de nazis ; à droite, une procession de bouddhistes. On retrouve la même erreur dans le film à plusieurs reprises.

Au moins, la croix de fer est dans le bon sens.

Au moins, la croix de fer est dans le bon sens.

Et puis quand le titre orignal parle du centre de la Terre, c’est pas immédiatement une soucoupe volante qui me vient à l’esprit.
Tout le film est à l’avenant. Avec un budget royal de 200000 $, le maître mot consiste à œuvrer vite (et mal) en torchant à l’arrache tout ce qui peut l’être. 12 jours de tournage, film bouclé en un mois ! A noter quand même le chiffre de 379 plans en effets spéciaux, un record chez Asylum.

Et c’est parti !

Le film démarre en 1945 en Allemagne. Joseph Mengele embarque avec une machine à bord d’un avion et…
Bon…
Le choix de Mengele, groß erreur à mon avis. Son parcours après-guerre est connu, on sait pertinemment qu’il n’a pas foutu les pieds au centre de la Terre ou dans l’Antarctique. Oui, je sais, ce film est une fiction. Ben, dans ce cas-là, fallait prendre un criminel de guerre qui s’est évanoui dans la nature – Martin Bormann aurait été parfait – ou en inventer un. Né en 1911, Mengele a donc 34 ans en 1945. A l’écran, il semble en avoir le double.
L’avion, aisément identifiable, est un Junkers Ju 52. Rayon d’action : 870 km. Distance Allemagne-Pôle Sud : 15000 km. Je vous laisse faire le calcul sur ses chances d’arriver à destination.

Ne manque que Mario, le petit moustachu expert en plomberie, pour examiner la chaudière.

Ne manque que Mario, le petit moustachu expert en plomberie, pour examiner la chaudière.

Mengele et sa cocotte-minute s’apprêtent à embarquer quand déboule à vive allure une maquette de char américain. Le bon docteur s’empresse de le dégommer d’un coup de Panzerfaust. Personnellement, j’aurais déployé le viseur et surtout armé l’engin avant de tirer – sans quoi le coup ne part pas, un détail –, mais bon, chacun sa méthode. Le char explose dans une gerbe numérique mal foutue.

Clip-art de char en flammes.

Clip-art de char en flammes.

Sous la pression de l’ennemi, Mengele s’enfuit, non sans vider auparavant le chargeur de son flingue. En pleine nuit à longue portée, il parvient au score plus qu’honorable de 4 ennemis abattus avec 6 balles. Dont un qu’il tue deux fois de suite. Chapeau. Un petit dernier s’était accroché à l’avion mais un coup de scalpel et hop. Je viens de comprendre la nature de l’arme ultime du Reich : Josef Mengele. En deux minutes, il a dégommé un char et cinq bonshommes. Mieux que James Bond ! A lui seul il aurait pu renverser le cours de la guerre en l’espace d’une semaine, pousser le front russe jusqu’à Vladivostock, renvoyer les Alliés à la mer et assiéger la Maison Blanche.
Là-dessus, le bon docteur s’envole vers de nouvelles aventures et le générique sur fond de chant germanique assure la transition jusqu’au present day en Antarctique. Précisément sur la Terre de la Reine Maud dans une station de recherches internationale (donc sous hégémonie américaine). Parmi la débauche d’étendards, on s’attendrait à trouver celui de la Norvège, moitié parce qu’elle revendique la Terre de la Reine Maud,  moitié à cause du nom très scandinave de la station (Niflheim), moitié parce qu’une Norvégienne y bosse. Ben non. Aussi cohérent que mes trois moitiés.

Drapeaux australien, américain, français, inconnu, britannique et AMERICAIN. Une certaine vision de la coopération internationale.

Drapeaux australien, américain, français, inconnu, britannique et AMERICAIN. Une certaine vision de la coopération internationale.

Ce film fait figure d’exception. D’habitude, il se passe des plombes avant d’entrer dans le vif du sujet. Faut bien compter 20, 30, 40 minutes d’exposition inutile. On nous présente des personnages qui n’en méritent pas tant puisque dépourvus d’épaisseur, une situation idyllique dont on attend désespérément qu’elle parte en vrille au lieu de s’étirer. Ici, non.
A la 6e minute de film, la base nazie est découverte. Rien d’étonnant, elle est cachée sous trois millimètres de neige.

Des as du camouflage.

Des as du camouflage.

On ne pourra que louer la légendaire efficacité allemande puisque dans la seconde qui suit, un soldat teuton met la main sur les deux chercheurs. Phrase à prendre au sens le plus littéral. Boche, du travail de pro.

Pourquoi un masque à gaz au fait ?

Pourquoi un masque à gaz au fait ?

On nous présente montre vaguement une série de personnages dont je n’ai pas retenu les noms. Je ne suis pas sûr qu’ils en aient tous, d’ailleurs. Mais on s’en fout, puisque la plupart vont crever comme d’hab’ dans ce genre de film. On devine tout de suite qui mourra, qui survivra, qui trahira…

Une bonne gueule de traître destiné à embrasser la cause aryenne.

Une bonne gueule de traître destiné à embrasser la cause aryenne.

Le cheptel des futures victimes. On sent les acteurs inspirés.

Le cheptel des futures victimes. On sent les acteurs inspirés.

Tout ce petit monde se lance à la recherche des disparus en suivant leurs traces dans la neige. De bien belles traces d’ailleurs. On devrait théoriquement voir les empreintes de pied de trois soldats nazis et une prisonnière, plus les sillons du second prisonnier traîné inconscient.

Personnellement, je vois deux unijambistes tractant une luge.

Personnellement, je vois deux unijambistes tractant une luge.

Parallèlement aux recherches, on découvre que même dans leur base, les Allemands portent des masques à gaz. Pourquoi ? L’air de l’Antarctique est parfaitement respirable et pas saturé d’ypérite aux dernières nouvelles. En plus, on sait déjà que le film va nous montrer des zombis. Des morts-vivants. Vous savez, le genre de créatures pas trop emmerdées par la composition de l’atmosphère puisque, par définition, elles ne respirent pas.
Sauf que… Il y a tromperie sur la marchandise et pas de vrais zombis, apprendra-t-on plus tard. Juste des types qui se décomposent, dont on remplace les morceaux en fin de vie, sauf que les greffes s’infectent et qu’il faut les remplacer aussi. Une bête histoire de pièces de rechange.
Ah oui, comme d’hab’, les Allemands ont gardé leurs uniformes d’origine. Incroyable, cet attachement aux traditions militaires… Un exemple valant mieux qu’un long discours :

Evolution de l'uniforme américain.

Evolution de l’uniforme américain.

Evolution des uniformes français.

Evolution des uniformes français.

Evolution des uniformes SS.

Evolution des uniformes SS.

Quand il sont mis en scène de nos jours, les Allemands sont encore en feldgrau, portent le casque et l’uniforme d’il y a 70 ans et se battent toujours avec leurs armes antédiluviennes (fusil Mauser, MG 42, MP 40, Luger, grenade à manche). On parle quand même d’une armée qui a disposé en son temps d’un arsenal high-tech qu’elle a constamment fait évoluer. C’est même sa principale caractéristique : la légendaire qualité allemande et sa course au perfectionnement. Logiquement, nos petits SS devraient porter le casque américain actuel (dérivé du casque allemand) et des fusils d’assaut voisins de la Kalachnikov (inspirée du STG 44, une arme allemande). Encore heureux que le nazisme ne soit pas apparu au XVIIIe, sans quoi ils se battraient au sabre et au mousquet… Vous me direz, convention cinématographique pour qu’on les identifie au premier coup d’œil, blablabla. Conneries. Les mecs portent des brassards à croix gammée ! Ils se promèneraient en slip ou fringués en grognards napoléoniens qu’on les identifierait aussi bien à leur svastika sans recourir au cliché du soldat modèle 1940. Et vous en connaissez beaucoup des gens qui marchent au pas de l’oie ?
Mais passons. Comme il est assez rare chez Asylum que les choses aient l’air de ce qu’elles sont censées être, on ne va pas se plaindre que les nazis ressemblent à des nazis. Et pour une fois, il y a deux-trois petits changements comme les Rangers modernes ou les armes steampunk bidouillées.
Des nazis débrouillards en plus. Je rappelle qu’ils sont partis à l’arrache, les mains vides, pas plus d’une demi-douzaine d’après ce qu’on voit au début. Ont traversé le monde à bord d’un appareil pas conçu pour. Ont édifié une énorme base avec… l’aide de McGyver ? On va supposer qu’ils ont fait pousser le béton sur place, l’Antarctique étant réputé pour sa fertilité.

nazis-center-earth-9Dans la base, nous retrouvons notre bon docteur Josef qui n’a pas pris une ride depuis la fin de la guerre. Il commence à découper un de ses prisonniers pour lui arracher la peau du visage, qu’il greffera plus tard à un de ses sbires. Je regarde le compteur : 13 mn. Hein ?!? Un record ! Où est passé le remplissage habituel ? Car s’il y a bien une phrase qui revient à propos de moult films d’horreur, la voici : “il ne se passe rien pendant la première moitié du film et le premier cadavre ne fait son apparition qu’au bout de 30-40 min”. Force est d’avouer ma surprise… Ou pas, puisque c’est maintenant que commence la grande plage de vide.

Et dire merci, ça t'arracherait la gueule ?

Et dire merci, ça t’arracherait la gueule ?

Cela dit, on reste dans de l’Asylum pur jus. J’ai déjà mentionné assez de détails qui ne tiennent pas la route pour que la chose soit démontrée. Il convient de le voir en VF plutôt qu’en VO pour profiter du charme d’un doublage approximatif. Les dialogues sponsorisés par La Palice se contentent la moitié du temps d’énoncer ce qu’on voit à l’écran. Un type tombe dans une crevasse, une nana crie : “il est tombé”. Un type meurt : “oh, il est mort”. Un type sort d’une pièce pourvue d’une seule porte, un connard croit bon de préciser “il est sorti par là”. Et ainsi de suite. L’interprétation va du non-jeu médiocre au cabotinage affligeant. Quand bien même le casting se composerait de la crème des acteurs oscarisés, leurs personnages ne laisseraient aucun espace d’expression. Transparents, inexistants. Deux ou trois disposent d’un background qui tient sur un demi-confetti plié en quatre, les autres rien. On ignore ce qu’ils font là, leur fonction à la station, leurs liens, même leur nom. C’est juste des gens qui s’agitent sur des fonds verts. Et on reconnaît bien la patte Asylum dans le foirage complet des effets numériques qui sont mal foutus et flagrants. Objets mal dessinés, incrustations mal, heu, incrustées (on dirait des images superposées comme dans un film des années 30), ça sent le fond vert et les ajouts numériques de partout. Un comble quand on sait que la filmo du réalisateur Joseph Lawson se compose à 90% de travaux d’effets spéciaux.

Ma parka a été détourée à la machette, l'arrière-plan est trop flou : je descends un fond vert en rappel.

Ma parka a été détourée à la machette, l’arrière-plan est trop flou : je descends un fond vert en rappel.

Faux raccord, bien joué.

Faux raccord, bien joué.

Rien dans la scène ne justifie un tel sourire, c'est juste l'acteur qui s'est marré au mauvais moment.

Rien dans la scène ne justifie un tel sourire, c’est juste l’acteur qui s’est marré au mauvais moment.

Où en étais-je ?…
L’équipe de bras cassés descend dans des grottes numériques immondes, traverse des cavernes souterraines numériques atroces, remonte des tunnels numériques foireux.
Pendant ce temps à Vera Cruz, l’autre prisonnière s’échappe de sa cellule en bloquant la porte avec une fourchette. Non, non, je ne dirai rien là-dessus. Une sirène retentit, la base est en alerte, soit deux gardes lancés à ses trousses pour cause de petit budget figurants. Les gardes la rattrapent vingt secondes plus tard dans le dépotoir à viande où s’entassent pêle-mêle un cadavre, un crâne, des morceaux de chair et une question : vu la densité de population en Antarctique, où les nazis trouvent-ils leurs victimes ? Consolation, on aperçoit enfin les Boches sans masque à gaz… dans un enchaînement de plans flous et épileptiques.
Pendant ce temps (bis), les sauveteurs finissent par débarquer au centre de la Terre ! A peu près à 50 m sous la surface. Je l’aurais imaginé plus loin.

Le Soleil brille sous terre.

Le Soleil brille sous terre.

Pendant ce temps… Oui, parce que le film n’est pas fichu de s’arrêter plus de 30 secondes sur un groupe et saute frénétiquement de la base aux chercheurs en goguette et inversement.
Pendant ce temps, donc, Herr Doktor s’apprête à découper sa prisonnière quand celle-ci lui sort une astuce médicale sur les greffes de peau, sauvant ainsi la sienne. Commence alors un entretien d’embauche surréaliste sur les mérites comparés des traitements anti-rejets. Mengele, qui n’est au fond qu’un homme, en profite pour palper et tripoter abondamment la blondasse ligotée sur le billard. Image classique de la nazisploitation, one point. Mais pas de plan nichon et là, déception. Coup de bol, la blonde est blonde (ouaip !), d’origine teutonne, baragouine vaguement le germain et dispose des mensurations aryennes requises pour le job. N’en voilà des coïncidences ! L’ami Jo en est tellement baba qu’il laisse échapper le vieux cliché du toubib faisant claquer son gant en latex alors que rien ne le justifie puisqu’il les a enfilés cinq minutes plus tôt.

Ach, pour le toucher rectal, c'est par ici.

Ach, pour le toucher rectal, c’est par ici.

Retour sur les pieds nickelés qui commencent l’exploration de la Terre Creuse. Ils abandonnent tout : blousons, sacs à dos, bonnets, gants, écharpes… pour se limiter au seul équipement d’UNE bouteille d’eau pour huit personnes. Le fier équipage marche en direction de la base dont on aperçoit la coupole sur une des captures précédentes. Pas un instant ils ne se posent la question du pourquoi de cette base, du qui, du quoi, du comment.

Le jeu des sept différences.

Le jeu des sept différences.

Le hangar abandonné, un classique.

Le hangar abandonné, un classique.

Ils finissent encerclés par les nazis, quelle surprise. On découvre en la personne du docteur blondinet un traître à la solde des Frisés. Quelle surprise aussi.

Oh, le vilain !

Oh, le vilain !

Les vieilles habitudes ayant la peau dure, Mengele commence par descendre le juif du groupe. Chassez le naturel… Et pas au gaz, attention, dépassé comme méthode. Non, il utilise un pistolet laser qui fait piou et de la lumière numérique blanc-bleu très moche.

nazis-center-earth-16S’ensuit un speech sur le pourquoi du comment, la vie et l’œuvre du docteur M depuis 1945, la science avancée de cette Atlantide nazillonne, la conquête prochaine de, je cite, “l’Occident sioniste et pervers” et l’habituel avènement d’un nouveau Reich millénaire.
Débarque Fraülein Blondinette (ô surprise), convertie à l’idéologie du Reich et affublée d’un béret, dernier couvre-chef à la mode chez les Obersturmpouetpouet de l’Ordre Noir. Mais, preuve de ce que j’avançais tantôt avec mes grognards en slip, on reconnaît immédiatement son allégeance à son brassard malgré son accoutrement ridicule. Un béret, je vous demande un peu… Vous me direz, un collabo en béret, ça s’est déjà vu.

Je retire ce que j'ai dit. En fin de compte, vaut mieux que les nazis gardent leurs uniformes d'origine.

Je retire ce que j’ai dit. En fin de compte, vaut mieux que les nazis gardent leurs uniformes d’origine.

Le IVe Reich en marche. Les démocraties peuvent dormir tranquilles.

Le IVe Reich en marche. Les démocraties peuvent dormir tranquilles.

La bande de clowns se retrouve en cellule, nous gratifiant d’un clin d’oeil à La Grande Evasion, puisque l’un d’eux fait mumuse avec une balle de base-ball contre un mur. D’où sort cette balle ? Mystère. Comme quoi, la fouille rectale n’est pas faite pour les chiens… On a droit à la scène chiante de l’enguelade entre prisonniers avec les dialogues convenus. On est foutu, comment on va s’en sortir, ne paniquez pas, ad lib. Quelques perles aussi comme “les méchants triomphent et les gentils ne font rien”. En VF, je vous le dis, ça pète. J’ai l’impression d’entendre mon neveu de cinq ans.
Grand moment, la visite du labo. On y trouve les classiques : crânes, éprouvettes pleines de liquide fluo, membres découpés, bidules dans des bocaux de formol… Moins courant, un zombi qui semble couler un bronze sur fond d’étendard nazi. Et carrément délirant, les dossiers de recherches de Mengele : Große Esel, Junge Dame (litt. le grand âne et la jeune femme… amis zoophiles, bonjour !), Ich liebe es, Drogen zu tun (J’aime ça, me droguer), Dreizehn (13… et comme il ne me semble pas que ce chiffre ait un sens particulier dans le nazisme, je pense au vu des autres thèmes déviants qu’il s’agit d’un âge… amis pédophiles, bonjour !), Essen Babys (manger des bébés). La classe…

Vous avez du papier ?

Vous avez du papier ?

Encore mieux que Wikileaks.

Encore mieux que Wikileaks.

On a beaucoup ergoté sur le comportement des Français entre 1940 et 1944. Terminé. Après ce film, on nous fichera une paix royale. La clique se met au turbin en un rien de temps, collabore d’arrache-pied, sans rechigner. Ils ne font même pas semblant de bosser pour donner le change.
Un truc m’étonne, un de plus, me direz-vous. Le groupe de chercheurs semble se composer exclusivement de médecins spécialistes de la greffe. Qu’est-ce qu’ils foutent au Pôle Sud ? Des géologues, biologistes, océanographes, météorologistes et autres scientifiques en -istes ou -ogues, j’entends bien, mais une cohorte de toubibs balèzes en greffes… Sans déconner, on pratique tellement d’opérations de ce genre en Antarctique ? C’est la plaque tournante du trafic d’organes et des transplantations à la sauvette ? Surtout pour en arriver à la conclusion qu’une petite piquouse d’antibiotiques va régler le problème. Mengele galère sur le sujet depuis 70 ans. Et hop, réglé en cinq minutes par le premier venu.
Retour en cellule, mais hommes et femmes sont séparés. “Ne vous en faitez pas, elles vont seulement prendre une douche”, annonce un gardien qui a le sens de l’humour. Je vous dis, la grande classe. Personnellement, j’aurais ajouté “allons-y dans la Shoah et la bonne humeur”, quitte à partir à fond dans l’humour douteux.
Nous sommes à la moitié du film, il n’y a pas eu de mort depuis 30 minutes – finalement, on y revient à cette fameuse demi-heure sans macchabée –, l’attention est retombée suite aux multiples palabres. Pour nous réveiller, nous avons droit à…

nazis-center-earth-21Pour ceux qu’auraient pas bien vu :

nazis-center-earth-22Au lieu du gazage attendu, la scène finit en tournante avec des zombis nazis. Normal.

nazis-center-earth-23On suppose que la brune finit en morceaux puisqu’on retrouve son tatouage greffé sur un garde.
L’Asiatique gagne un tripatouillage de cervelle, plus ou moins consciente, on ne sait pas trop entre le non-jeu de l’actrice et les effets spéciaux pourris.
La blonde s’en sort temporairement, puisqu’elle a balancé ses petites camarades. Tous les blonds de ce film sont des traîtres. Comme elle sort avec le toubib blond qui n’est plus à une trahison près, ce dernier pratique une anesthésie basique – un gros poing dans la gueule – lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte. Puis il l’avorte avec un aspirateur. Normal.

Maintenant on sait pourquoi les femmes n'ont pas de cerveau.

Maintenant on sait pourquoi les femmes n’ont pas de cerveau.

Je sens comme un grand vide à l'intérieur.

Je sens comme un grand vide à l’intérieur.

Grâce au sérum de fœtus, les savants fous raniment la cocotte-minute du début. Dans une débauche d’effets numériques encore plus ratés que les autres, la cocotte s’anime et se métamorphose tel un Transformer du pauvre. Le papillon qui émerge de la chrysalide métallique n’est autre qu’un cyborg affublé de la tête d’Adolf Hitler, quelque part entre ED209 et l’inspecteur Gadget.

Aïe, Hitler.

Aïe, Hitler.

Mais que fait Robocop ?

Mais que fait Robocop ?

A partir d’ici, le film part en vrille totale. Des plaines du grand n’importe quoi où nous chevauchions gaiment, voici que nous nous envolons vers des brumes délirantes au doux nom d’éther. Ou psilocybe cubensis. Ou acide lysergique diéthylamide. Je vous laisse le choix des armes.
Le Führer sort prendre l’air et entame un discours que le doublage rend savoureux grâce à un léger accent allemand à géométrie variable. Acclamations, foule en délire, on entend clairement 30000 gorges beugler Sieg Heil. Tout ce raffût vient de deux malheureux gardes (?!?). Sacrée puissance vocale, surtout avec leurs éternels masques à gaz.
On enchaîne aussitôt avec le jaillissement d’une soucoupe volante ! Encore un scénariste qui carbure au LSD… et dépourvu de sens pratique. Que faire d’une soucoupe volante sous terre ? Autant déployer un porte-avions sur le lac Léman… Les trois quarts du budget ont dû passer dans la soucoupe, puisqu’il s’agit de l’effet numérique le moins moisi du film.
Dans le genre moisi, CyberHitler réalise la décapitation la plus moche de l’histoire des CGI, pendant que des centaines de Waffen SS de synthèse (sortis de ?…) embarquent à bord de la soucoupe.

nazis-center-earth-30nazis-center-earth-31Pour raison inconnue, Mengele devient tout vert. Puis la pouf blonde n°1 le trahit (encore !) et lui ouvre la gorge.

50% Hulk, 50% Freddy, 100% Nanar.

50% Hulk, 50% Freddy, 100% Nanar.

Les chercheurs rescapés s’enfuient à travers les couloirs avec pour seul plan de quitter la soucoupe. Idée plutôt débile puisqu’elle vole, donc à moins de vouloir expérimenter la chute libre… Ils barbotent des pistolets laser qui font piou, tirent sur des nazis qui meurent ou pas d’un plan à l’autre, s’enfuient par des escaliers étiquetés Treppenhaus (escaliers en allemand – c’est la seule porte du film qui indique sur quoi elle mène, pour le reste, faut deviner), font péter des bouteilles de butane qui traînent sur le palier, que des trucs logiques. Asylum porte bien son nom, on peut lui accorder ça.
On apprend en cours de route que le plan d’Adolf consiste à cartonner “tous les pays qui ne sont pas aryens” avec des bombes bourrées de bactéries carnivores. J’espère qu’il a prévu la dose de bombes, parce ça représente beaucoup d’Etats.
Plutôt qu’envoyer ses milliers d’hommes à la poursuite des fuyards, CyberAdolf y va tout seul. Logique, toujours.

Toi aussi, ressors ton Amiga et lance-toi dans la grande aventure des CGI.

Toi aussi, ressors ton Amiga et lance-toi dans la grande aventure des CGI.

Tout finit en couille. On s’attendrait à un formidable affrontement aérien en synthèse pourrie mais non. Promptement expédié par le biais de 3-4 chasseurs dézingués à la va-vite. La soucoupe s’écrase connement, parce que miss Aspiravortée fait péter une grenade dans le poste de commandement pour se venger et accessoirement se suicider.
TerminaFührer parvient à s’en sortir… pour mieux finir infecté par sa propre bactérie mangeuse de chair. Et avalé par un gouffre qui s’ouvre sous ses pieds. Et englouti par la flotte.
Les deux chercheurs rescapés se roulent une pelle.
Ze end.

Rétrolaser !

Rétrolaser !

Verdict…
Très honnêtement, Nazis at the Center of the Earth n’est pas, de loin, le pire film que j’ai pu voir. Ok, tout est pourri. Mais dans la masse des bouses d’Asylum, il surnage et se hisse comme leur meilleur film. Vous me direz que c’est pas une référence. Certes.
Comparé à la moyenne des DTV d’horreur bas de gamme qui sortent par paquet de douze chaque mois, il n’est pas le plus mauvais non plus. Le film aurait gagné à être plus gore au lieu de zapper certaines scènes de torture. Quitte à donner dans le mauvais goût… Il reste en tout cas assez d’éléments foireux ou complètement barrés pour donner une teinte nanarde rigolote à l’ensemble.  A voir au 50000e degré.

(Version remasterisée de la chronique ici.)
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