Morituri te salutant

C'est comme un ordre de bataille mais dans le désordre.

C’est comme un ordre de bataille mais dans le désordre.

Résultats du tournoi : comme attendu, 4 parties, 4 défaites.
Les quatre fois, je suis tombé sur des grands malades de la cavalerie. Je jouais Séleucide, donc piques à gogo, plutôt valable sur le papier pour tenir des cavaliers en respect. Sauf que la phalange relève du monolithe abominablement vulnérable sur les flancs et l’arrière. Allez donc faire pivoter une bande de gus cuirassés et munis de sarisses de 6 m… Hein, bon. On couvre donc ses beaux hoplites avec d’autres unités pour leur éviter ce genre de mésaventures. En théorie… En pratique, c’est ce que j’ai fait. Si ce n’est que ma chance légendaire aux dés a vu lesdites unités se faire laminer chaque fois en deux temps trois mouvements. Les phalanges se sont effondrées dans la foulée.
J’en repars avec l’impression d’avoir joué quatre fois la même partie… Sauf une qui reste un cas d’école. J’aurais pu – voire dû – gagner. Mon adversaire avait déployé ses unités de  façon calamiteuse, il a commis plusieurs erreurs tactiques en cours de partie… et moi, j’ai foiré absolument tous mes jets de dés. Réussi aucun, zéro, nada. Ce qui m’a valu les acclamations de mes partenaires de club vu la performance. Statistiquement, un taux d’échec de 100% relève du tour de force, faut reconnaître. A croire que les dés étaient aussi pipés que Rocco Siffredi… Bravo, général Scoumoune !

L’avantage de se faire torcher dès le premier tour, c’est d’avoir du temps libre pendant la suite. J’ai donc pu baguenauder parmi les tables, admirer figurines et dioramas, regarder jouer les autres (ma grande spécialité en tournoi…) et encourager les collègues du club.
Dégagé de mes obligations militaires, j’ai également fait la promo du club. On avait notre “petite” table pour accueillir les visiteurs, leur faire l’article, aligner nos plus belles œuvres de peinture, organiser des démos…

J’en ai profité pour relever le niveau de mes performances lors d’une démo. Forcément, une partie qui ne compte pas dans le tournoi, j’étais sur de gagner, juste pour le côté ironique de la situation. Mon adversaire est un novice MAIS conseillé par notre bien-aimé président du club qui est un excellent joueur.
Pour l’occasion, j’ai sorti mes samouraïs du clan Takeda. On jouait la période Azuchi Momoyama (1573-1603), j’ai donc forcé sur les mousquets, ceux-là même qui valurent une rouste aux Takeda à Nagashino (1575). Chacun son tour de jouer l’ironie…
Pas très académique, ma compo aligne un énorme paquets de tireurs (mousquets en masse et une poignée d’archers), pas mal de cavalerie (la fine fleur des Takeda) et le minimum syndical pour le reste, à savoir un peu de piquiers (ashigaru avec yari et naginata). Les samouraïs démontés restent au placard.
Tactiquement, j’envisage un combo attentisme/dynamisme. Je mise tout sur les tireurs pour fusiller l’avancée de l’adversaire, comme à Nagashino. Face à l’infanterie, c’est très jouable. Face à la cavalerie, si les dés me lâchent (genre, ça m’arrive jamais…), ma piétaille prendra la charge de plein fouet et se fera hacher menu, comme à Mikata-Ga-Hara. Ma poignée de lanciers fait surtout de la figuration et je ne suis pas sûr qu’elle pourrait encaisser le premier choc, à peine l’amortir. Quant à ma cavalerie, je la garde en joker selon comment le vent tournera : soit pour intervenir rapidos si les tireurs se retrouvent en péril, soit pour charger les unités adverses découvertes ou désorganisées.
La bataille s’engage. Je laisse venir l’adversaire tout en faisant virevolter mes cavaliers. L’ennemi ne sait pas ce que je prépare… moi non plus. Classique, il fait charger sa cavalerie. Coup de bol, la pluie de flèches de mes archers la désorganise. Comme à Crécy, tiens. Là je me dis que ça valait le coup de miser sur la guerre moderne et ses mousquets quand l’arc obtient le même résultat… Même désorganisée, sa cavalerie atomise mes petits archers, enchaîne sur mes lanciers. Elle y laisse pas mal de plumes, mais reste dangereuse pour mes tireurs désormais à découvert. Evidemment, le temps de ratiboiser mes bonshommes, la charge a ralenti. Ce qui 1) permet à l’infanterie adverse de rattraper l’écart et 2) me laisse le temps de ramener les miens de cavaliers. Mes samouraïs montés bousculent les siens et les dispersent. Ok, jusqu’ici tout va bien. Sauf qu’ils se retrouvent face à ses fantassins, tout hérissés de lances. Et ça les lances, les cavaliers n’aiment pas du tout, on a vite fait de laisser emporter par l’élan et de s’empaler dessus. Là je me dis “repli”… ou pas. Pas. Je décale mes cavaliers de côté plutôt que vers l’arrière. L’infanterie ennemie se retrouve à portée de fusil et pan ! Carnage dans la piétaille ! Là-dessus mes cavaliers achèvent leur manœuvre de contournement pour débouler sur le flancs de l’arrière-garde et le transpercer comme une vulgaire motte de beurre.
Victoire écrasante de bibi.
Bon, j’aurais pu mieux placer les archers, un poil plus sur le côté et pas en plein milieu, pile dans l’axe pour se manger une charge. Ils auraient eu l’occasion de servir plus d’une fois. Au moins leur coup d’éclat leur a-t-il octroyé une mort glorieuse… et rapide. Mon adversaire, de son côté, aurait pu disposer ses tireurs nettement mieux. Trop en retrait, avec la cavalerie et l’infanterie qui faisaient écran, ils n’ont même pas eu l’occasion de tirer un coup, les pauvres. Ma charge de flanc ne leur en a pas laissé le loisir non plus.
J’ai eu du fion sur le premier LE tir d’archers, je reconnais. Sans quoi, l’affrontement aurait tournée à la mêlé centrale de cavaliers avec des résultats plus aléatoires. Mais bon, même si tous mes cavaliers avaient été fumés, j’aurais fini de dégommer les siens en une salve. Par contre après… Là, ç’aurait été entre les plus rapides de mes mousquets ou de ses lanciers. Dans tous les cas, je n’aurais pas pu gratter des points en allant chercher les troupes ennemies du fond.
Après, j’avoue ne pas lui avoir laissé la moindre chance, surtout pour un débutant. Mais bon, d’une part, il avait un excellent conseiller, tant pour lui expliquer les règles que pour les questions tactiques. D’autre part, jouer sans se donner à fond prive l’adversaire de son plaisir. S’il l’emporte, il a l’impression qu’on l’a laissé gagner ; s’il perd, il se sent une merde d’avoir paumé contre un dilettante. Les roustes, de toute façon, on s’habitue, je suis bien placé pour le savoir : ça reste quand même un week-end à 4 défaites pour 1 victoire. En tout cas, il a apprécié la partie et même notre bien-aimé président s’est incliné devant ma brillante démonstration tactique. Ma modestie va encore en souffrir…

Enfin voilà, week-end guerrier terminé, c’était encore une fois bien sympa. Vivement le prochain en espérant (vainement) que la déveine aux dés ne sera pas au rendez-vous.

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