Monsieur Bricolage

Si Homère m’avait doté d’un de ces épithètes dont il a le secret, nul doute que ça n’eût été “aux mains habiles” ou “aux doigts agiles”. Sauf lorsqu’il s’agit de tripoter ma geisha domestique, mais ce n’est pas le sujet.
Je suis une quiche en bricolage.

Notre vénérable sensei a ses lubies. Pour lui, tout est prétexte à améliorer nos compétences de guerriers. Quand on sait que Miyamoto Musashi faisait de la calligraphie pour se perfectionner en sabre, ma foi, on peut effectivement supposer que tout peut servir ce noble objectif. Par chance, on n’est pas sous la houlette de maître Miyagi à polir des carosseries ou repeindre des clôtures.
M’enfin, on a quand même droit à des exercices atypiques…
Du genre se battre dehors, sur un terrain autrement moins plat que le plancher d’un dōjō. Et là, on se demande quel est le crétin qui a décidé de conserver le port du hakama pour la pratique du kendō. Oui, c’était la “tenue règlementaire” d’un samouraï. Oui, le hakama dissimule le mouvement et la position des pieds, ce qui n’aide pas l’adversaire à anticiper l’attaque. Ouaip, testez en terrain accidenté ou dans un escalier, c’est carrément casse-gueule et le grand jeu consiste à ne pas se prendre les pieds dedans. On comprend mieux pourquoi les guerriers d’autrefois le portaient non pas flottant mais resserré sur les jambes sous peine de se vautrer lamentablement sur le champ de bataille.
Premier exercice bricolage, donc, trouver un moyen de régler le problème et arriver à un truc qui ressemble à ça :

Miyamoto Musashi

Et chacun de ruser à coups de cordons et lanières. En bon Français, j’ai repensé à Jean Lefebvre dans La 7ème compagnie et retenu les bandes molletières qui ont tant fait gloser sur notre armée en 1939. Chapeau bas à un compagnon d’armes qui, lui, s’est carrément fabriqué des jambières en tissu et cuir !
Autre exercice “marrant”, le port du sashimono. Très pratique pour se battre… bonjour l’équilibre ! Surtout dehors quand il y a un souffle d’air et qu’on offre une prise au vent qui demande d’être bien ancré sur ses guiboles. Si vous ne l’aviez pas déjà deviné, le sashimono est la bannière que les samouraïs portent accrochée dans le dos. Encore une fois, bravo le sens pratique de son inventeur (compréhensible ceci dit vu l’absence d’uniforme standard dans les armées de l’époque). Le fait est que ça nous fait travailler l’équilibre, ceci dit, nos armures ne sont pas étudiées pour. L’idéal serait évidemment de fixer un anneau sur le dos de l’armure… sauf que notre cuirasse ne couvre que le devant. Donc à moins de se faire piercer entre les omoplates… Pour le moment, ça tient à coups de cordons qui donnent l’impression d’être pris dans une toile d’araignée géante. Solution toujours à l’étude… Mon armure actuelle n’étant plus de première jeunesse, je me demande si je ne vais pas essayer de la recycler pour bricoler une armure dorsale. Ce qui, en l’absence totale d’outils et avec mes compétences (inexistantes) d’armurier, promet un vrai casse-tête. D’autant que pour corser le tout, tout matériau autre que traditionnel est proscrit (ce qui ne nous changera pas de d’habitude, le maître ayant une aversion particulièrement prononcée envers les grilles de men en titane, les do en fibre ou les hakama hérétiques qui se fixent avec des velcro).

Sashimono portant le mon du clan Takeda.

Enfin, troisième exercice, fabriquer son shinaï. L’idée, ce serait que chacun arrive à produire l’arme parfaite qui lui sera exactement adaptée (au moins pour l’entraînement, puisqu’en compétition, le shinaï doit correspondre à des critères règlementés). J’ai donc tapé dans mes vieux sabres, usés voire avec une latte pétée. Ne me demandez pas quel intérêt il y a à les conserver, je n’en sais rien. Sauf pour mon tout premier shinaï que je garde religieusement par nostalgie. Enfin au moins, j’avais de la matière pour m’entraîner à bidouiller un shinaï maison. Le premier résultat ont été à la hauteur de mes talents manuels. A vue de nez, j’ai trop serré les lattes, souplesse zéro. A la prise en main, je sens que j’ai accouché de l’arme la moins équilibrée de tous les temps. Test de frappe sur un canapé considéré comme une cible molle et sans risque : le shinaï se disloque. Bon ben, à reprendre depuis le début, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Finalement, j’étais beaucoup plus doué en Lego…
Encore heureux qu’en iaïdō, le maître ne nous demande pas de forger nos propres sabres…

Ce contenu a été publié dans Bushido. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.