Les bonnes oeuvres de notre ministre

Jo le Rigolo

Jo le Rigolo

Sous des airs aussi bonhommes que constipés, chacun aura reconnu sans peine (hum…) notre Sinistre des Finances, qui est aussi Vice-Premier Ministre (rien que ça), j’ai nommé  Asō Tarō (麻生 太郎).
Ce cher Tarō, bien qu’il ne soit pas né à Marseille comme le prétendent les cartomanciens, ne manque pas d’atouts, car il connaît tant les arcanes que le dessous des cartes politiques. Atiffé comme l’as de pique, c’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pisser sur ton feu de camp dispose toujours d’un as dans sa manche et aime les coups de poker. (Ce paragraphe relève de la pure fiction, mais avouez qu’avec un prénom pareil, les jeux de mots ne peuvent que couler à flots. En pratique, ses qualités se mesurent à travers cet article. On y apprend entre autres que le monsieur est une bite en lecture de kanji. La honte…)

Avec lui et sa politique de roi de pique, on douille méchamment. Un genre de relation sado-asōchiste, si vous voulez.

Le yen, je ne vais pas m’apesantir dessus, parce que les mécanismes monétaires et moi, ça fait deux. Toujours est-il qu’à ce rythme, le RSA permettra bientôt d’acheter la moitié du Japon. Non, non, je n’exagère pas.

Cours du yen (en rouge) par rapport à l'euro (en bleu) entre août 2012 et février 2013.

Cours du yen (en rouge) par rapport à l’euro (en bleu) entre août 2012 et février 2013.

C’est donc le moment de venir au Japon – du moment que vous débarquez ailleurs que chez moi. A budget équivalent en euros, je vous laisse faire le calcul. Moi, par contre, je ne suis pas là de remettre les pieds en France même brièvement vu le taux de change catastrophique. Converti en zeuros, mon salaire suit une courbe rigoureusement inverse (snif), ce qui à dire vrai ne change pas grand-chose à mon train de vie dès lors que je ne sors pas des frontières. Au pire, je prostituerai ma femme pour compenser.

Deuxième coup d’éclat. Les vieux, leurs retraites, leur état de santé déclinant et paradoxalement leur longévité phénoménale. Tout ça coûte du pognon, beaucoup de pognon. Rien de neuf sous le soleil, c’est partout pareil. Mais vu l’allure de la pyramide des âges nippone qui ressemble de plus en plus à un entonnoir, on parle bien de montagnes de flouse, genre hauteurs himalayennes.
Solution préconisée par notre bon vieux sinistre : que les vieux crèvent. Tout simplement. Cf. en VF et en VO.
Sur le fond, c’est pas con. Moins de vieux, moins de dépenses. Simple, simpliste même, dès lors qu’on ne commence pas à s’encombrer de scories éthiques.
Sur la forme, c’est pas con non plus. Inciter les vieux à tirer leur révérence dans un pays qui connaît un des plus forts taux de suicide et qui en plus a une longue culture de la “mort volontaire”, c’est malin voire machiavélique. Par contre, sortir une idée pareille juste après la publication des statistiques sur le suicide alors que, ironiquement, les chiffres vont à la baisse, c’est ballot. Idem sur le principe d’inciter les descendants à convaincre leurs aïeux que l’euthanasie, c’est trop de la balle. Ne pas se conformer à cette idée géniale de savant fou serait œuvrer contre l’intérêt général et le bien-être collectif. La méga honte, donc, de ne pas soutenir le groupe.
Le plus drôle – façon de parler –, la rhétorique colle avec pas mal de points culturels. Sauf qu’elle en oublie un majeur : le respect des anciens. Ils ont quand même leur jour férié bien à eux, dont on attend d’Asō qu’il le rebaptise “journée de l’euthanasie”. Et puis entre les grands traits culturels idéaux et la réalité des choses, il y a un monde. Les petits vieux n’ont pas tous vocation à devenir des kamikazes de la seringue qui propulse vers un monde meilleur. Et les gens ont quand même souvent tendance à s’attacher à leurs parents ou grands-parents, d’où quelques réticences à les expédier ad patres pour alléger la facture de l’Etat.
Quant à l’aspect éthique, il apparaît tellement évident qu’en fait il n’est nul besoin de s’apesantir dessus.
Pour ma part, je trouve qu’Asō s’est montré petit joueur en oubliant un paramètre de taille. Tous ces cadavres de vieux euthanasiés, quel gâchis… L’heure est au recyclage, mon gars ! Imagine toutes les rizières qu’on pourrait fertiliser avec ! Des tonnes de combustible pour limiter le poids du nucléaire dans la production énergétique ! Une manne inépuisable qui allégerait les importations alimentaires ! Tu n’as pas vu Soleil Vert ou quoi ?…
Le propos a fait scandale, ô surprise. Mauvaise pioche, Tarō… On n’est donc pas là de voir l’Etat ouvrir la caste des fonctionnaires aux tueurs à gages ou organiser des soirées pyjamas avec douche et barbecue comme on les pratiquait sur le territoire du Reich il y a quelques décennies.

On rappellera pour terminer que le type qui préconise de buter les vieux a lui-même 72 ans et que le proverbe “c’est l’hôpital qui se fout de la charité” a dû être inventé pour lui. Parce que vieux et ministre, Asō doit coûter bonbon aux finances publiques. Surtout que réclamer un effort d’économie aux Japonais tout en flambant comme un malade à travers une politique de plans de relance pharaoniques, bonjour la cohérence.
Son discours était l’occasion de donner l’exemple en le concluant par un bon vieux seppuku des familles. Il n’a malheureusement pas joint le geste à la parole. Dommage.

Kamehameha !

Kamehameha !

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