Le mal temps passe et retourne le bon

Pendant qu’on trinque autour de gras jambon.

Rabelais dixit.
Le bon temps passe aussi. Le temps tout court en fait. Avec ou sans jambon.
Juillet, approche des vacances Aragorn à grands pas. Et plus ça va, moins j’ai le temps de traîner ici. Pas sûr que ça s’arrange dans les semaines qui viennent d’ailleurs. Oui, parce que paradoxalement, vu tout ce qu’on prévoit généralement de faire pendant les vacances, on a encore moins de temps libre que pendant le taf.

Accessoirement, j’ai redécouvert la série Monk, mais en japonais au lieu des habituelles VO/VF.

Voilà ce qui s’est passé…

  • Coup de bourre au boulot. Les vacances d’été sont juste des vacances, pas la fin de l’année. S’agit donc de prévoir l’après, puisque l’année scolaire continue. Autant pour les élèves que les profs, pas question de tourner en roue libre pendant la quinzaine qui précède en attendant impatiemment la fermeture des lieux (je ne vise personne et surtout pas les enseignants français… et la Terre est plate). Bilan, interro générale pour toutes mes classes, soit un paquet de paquets de copies à corriger et en amont un paquet d’interros à préparer. Dans la foulée, j’ai déjà préparé la même rafale pour la rentrée. Histoire d’obliger mes ouailles à bosser un minimum pendant les six semaines de vacances. Plus un devoir noté à me rendre à la rentrée et une poignée d’exos en prime. N’étant pas cordonnier et ne disposant pas de lutins pour faire mon boulot pendant que je dors, j’ai donc passé un temps conséquent à préparer le pourrissement des congés de mes élèves. “Vous me remercierez plus tard”, que je leur ai dit, “m’avoir comme prof, c’est à la fois un don et une malédiction”. Je me suis engagé à faire de mes régiments francisants des dieux de la langue française, ce qui ne va pas se faire sans bosser. Aussi bien eux que moi…
  • Boulot perso. En plus de faire bosser les autres sur la langue, j’ai dû travailler la mienne (et pas juste en léchouillant Yumi).
    D’abord, il y a eu le Kanken le mois dernier, que j’ai oublié de mentionner dans le récit de mes aventures, trop occupé à raconter d’autres conneries. Le Kanken, ou Kanji Keitei, ou 日本漢字能力検定 (Nihon kanji nōryoku kentei) en version longue et originale, est un test d’aptitude en kanjis, couvrant le tracé, le(s) sens, les lectures, les usages… Il comporte 12 niveaux, logiquement numérotés de 10 à 1 (du moins, logiquement en comptant deux niveaux intercalaires pré-2 et pré-1) par ordre de difficulté croissant. J’ai donc préparé et passé le niveau 2, càd peu ou prou le niveau maximum auquel on puisse prétendre sans être un parfait érudit de la langue japonaise. Et j’inclus les Japonais dans ce “on”, la plupart d’entre eux étant incapables de passer le niveau 1 au vu de sa difficulté. Bref, le niveau 2 consiste à connaître par cœur les 2000 et quelques jōyō kanji d’usage courant (la fameuse liste de kanji officiels) ainsi que les jinmeiyō kanji pour les noms propres (dont le nombre a triplé (!) ces dernières années pour bordurer les 900). J’ai été un temps tenté de me lancer dans le niveau pré-1, mais il demande quelques connaissances en japonais classique et usages anciens qui me font défaut. Plutôt que de la jouer trop ambitieux voire prétentieux, j’ai préféré me “contenter” du niveau 2 pour assurer les arrières en attendant la mise à jour de mes connaissances via le paternel de Yumi qui est carrément détenteur du prestigieux niveau 1 et s’est proposé de me dispenser des cours particuliers. Largement faisable d’après lui pour quelqu’un qui a un niveau universitaire. Bon ben s’il le dit… Intérêt pratique : néant, si ce n’est de me faire passer d’un excellent niveau de japonais à un niveau qui me permettra de tutoyer la perfection voire de la prendre de haut. Un vrai défi à relever !…
    Enfin en attendant les résultats de cette session-ci, je vais déjà me commander une caisse de champagne pour fêter le niveau 2 qui s’est a priori passé sans difficulté majeure.
    Ensuite, il y a une dizaine de jours, j’ai passé dans la foulée le JLPT, alias Japanese Language Proficiency Test, alias 日本語能力試験, alias Nihongo nōryoku shiken, alias Test d’aptitude en japonais. Vocabulaire, grammaire, compréhension orale et écrite, un peu de tout au menu. 5 niveaux de difficulté, j’ai donc passé le N1, vu qu’il n’y a pas plus haut (je sais, ma modestie me perdra). Un truc m’a fait mal au cul quand même : l’épreuve a eu lieu le 1er juillet. A-t-on idée de faire passer des examens un dimanche ? Au Japon, oui… Mais bon, épreuves passées les doigts dans le nez, c’est le principal. J’ai déjà tressé ma couronne de lauriers en attendant les résultats définitifs et officiels en septembre.
    Enfin j’ai dépoussiéré mes affaires de latin et de grec ancien pour m’y remettre d’arrache-pied depuis que j’ai bouclé mes exams de japonais. En prévision de “possibles cours de langues anciennes pour l’année 2013-2014”, dixit mon boss, tout en précision et certitude. “Ce serait dommage d’avoir un helléniste et latiniste sous la main et de ne pas en profiter“, qu’il a dit. Ouaip… Et ce serait dommage de ne pas finir de remplir le peu de temps libre qui me reste. Heureusement que je suis insomniaque ! Si je ne me contentais pas de 2-3 h de sommeil par nuit (les nuits où je dors…), je ne vois pas comment je ferais tenir tout ça. Remarquez qu’avec le peu que je dors, je ne vois pas toujours pas comment je tiens debout, mais je tiens debout. Enfin, je serai fixé en fin de semaine (dans une quinzaine d’heures en pratique) sur ces fameux “cours possibles”. J’ai bien fait de remater 300 et Gladiator
  • Entraînement de la machine à tuer. Non content de peaufiner une pratique du japonais qui n’en a pas forcément besoin – mais je tenais à obtenir ces deux examens moins comme défi que pour glorifier mon amour-propre qui n’en a pas vraiment besoin non plus –, j’ai copieusement travaillé mon kendō en prévision d’un tournoi ce week-end. L’événement fera l’objet d’un post à part entière, mais en bref, ce sera ma première compétition depuis mon arrivée ici et la reprise de l’entraînement. Etant “le petit jeune” du dōjō, càd le dernier arrivé quoique ni le moins âgé ni le moins gradé, et le seul non-Japonais qui plus est, ce sera l’occasion de faire mes preuves “officielles” (même s’il s’agit d’un tournoi amical). A plus forte raison en tournoi par équipe puisque l’esprit de groupe a son importance bien au-delà des seuls combats individuels. Bref, l’occasion de montrer que je suis à ma place dans le dōjō, et pas seulement sur un plan technique. A côté du simple affrontement, il y a aussi l’étiquette à respecter et quelques valeurs qui se perdent dans le sport comme le fair-play ou le respect (ici, on ne braille pas “aux chiottes l’arbitre !”, ne serait-ce que parce qu’à trois, ils ont l’avantage du nombre et sont de surcroît des kendokas accomplis). Enfin une certaine “grâce du kendō” n’est pas du luxe : faut pas juste bourriner comme je l’ai souvent vu faire dans les tournois en France. Oh, on peut le faire, on peut même gagner comme ça, mais c’est pas beau, ça manque de style. Et s’il y a bien une chose qui distingue un maître d’un praticien lambda, ce n’est pas juste qu’il peut vous mettre au tapis avant que vous ayez eu le temps d’esquisser un geste ou même de comprendre comment il vous a collé 3 ippon dans la vue, c’est bien la combinaison technique + style.
    Donc préparation intensive aussi bien martiale que spirituelle. Ne sachant pas à quoi je vais me retrouver confronté sur la terre natale du kendō, à défaut de briller, s’agit pas de me ridiculiser, puisqu’une prestation moisie ridiculiserait par contrecoup mon équipe, mon dōjō et mon maître. Autant dire que j’ai la pression (et pas de la bière malheureusement).
  • Les envahisseurs sont à nos portes. Pour couronner le tout, comme si tout cela ne suffisait pas, j’ai malheureusement des amis. Oui, c’est à se demander comment c’est possible avec mon caractère de cochon, mais certains s’accrochent à moi contre vents, marées et diatribes…
    Projet en gestation et en préparation de longue date, deux amies lilloises viennent nous rendre visite cet été (coucou Marjorie et Cass’ au passage). Davantage qu’une visite, c’est un séjour de plusieurs semaines à la maison (une invasion doublée d’une occupation donc, n’est-ce pas les filles ? :p ). Ce qui implique donc quelques préparatifs d’accueil comme trouver une chambre d’amis dans un appartement qui n’en comporte pas, organiser un circuit de visites touristiques, répondre à leurs 12000 questions, les aiguiller au sujet de diverses formalités pratiques, me préparer psychologiquement à vivre un mois avec trois nanas sous mon toit sachant que le mâle moyen a déjà du mal à en supporter une seule.

 

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