La Mort en Ligne

Titre original : 着信アリ (Chakushin ari)
Réalisateur : Miike Takashi
Scénario : Akimoto Yasushi & Daira Minako, d’après le roman d’Akimoto Yasushi
Pays d’origine : Japon
Genre : fantastique, horreur
Durée : 1h52min
Date de sortie : 2004 (Japon), 2005 (France), flemme de chercher (reste du monde)

Résumé :
Un soir, Yumi (qui n’est qu’un homonyme de ma chère et tendre) est témoin d’un étrange incident. Son amie Yoko reçoit un message identifié comme émanant de son propre téléphone, mais daté de trois jours plus tard. Si la mélodie qui annonce l’appel lui est inconnue, Yoko reconnaît en revanche sa propre voix sur l’enregistrement : un cri d’effroi qui lui glace le sang. Elle raccroche et tente de ne plus y penser. Mais trois jours plus tard, Yoko meurt à l’heure et dans les conditions exactes du message prémonitoire.
Au lycée, un événement similaire se produit quelques jours seulement après la mort de Yoko. Un élève disparaît dans des circonstances inexplicables. A chaque nouvel appel, la sonnerie et le message spécifiques annoncent une mort certaine à leur destinataire, avec la date et l’heure exactes.
Yumi décide d’enquêter. D’autant que sa meilleure amie Natsumi a elle-même reçu un appel fantôme…
(Repiqué de la jaquette du DVD pour cause de flemme rédactionnelle aiguë.)

Note :
Le film a donné lieu au Japon à deux suites (着信アリ2 et 着信アリFinal) et une série TV de 10 épisodes, et bien entendu un remake américain intitulé One Missed Call (comme toujours depuis Pearl Harbor, un train de retard…).

Avis :
Ne vous fiez pas au titre français pas terrible, La Mort en Ligne n’est ni un documentaire sur les grèves de la SNCF ni un énième Seagal style “Piège dans le Métro” ni un film de gangsters sur la cocaïne.

La Mort en Ligne ne se positionne pas comme une œuvre originale. A la base, il ne s’agit que d’un simple travail de commande pour profiter de la vogue fantastique/horreur initiée par le succès de Ring.
Après Ring, voici donc “Dring”, qui reprend l’idée d’une malédiction propagée par un objet du quotidien, avec la mort comme terminus de la ligne. Rien de bien nouveau de ce côté. Une idée identique en tout point avait d’ailleurs déjà été exploitée en 2002 en Corée avec le très banal Phone.
Notez que Ring n’a rien inventé non plus, cette intrigue remonte à la nuit des temps, les légendes sur les objets maudits ou hantés étant légion au Japon, pays où même vos godasses peuvent abriter un esprit maléfique (化け草履, ça ne s’invente pas). Un de ces quatre, je vous raconterai l’histoire du fantôme qui est censé hanter les gogues de mon bahut. Les revenants ont encore de beaux jours devant eux dans la croyance populaire.

Un point original, au lieu d’un obscur tâcheron, la direction du film est confiée à Miike Takashi. Cinéaste prolifique à la filmographie inégale, ses œuvres se caractérisent souvent – mais pas toujours, le monsieur étant éclectique – par une extrême violence et un grain de folie de la taille d’un rocher. Jetez un oeil à Ichii the killer, Dead or Alive ou Audition, vous comprendrez.

Particularité du film : faute de piste en japonais sur mon “DVD”, je l’ai vu en VF, fait rarissime. Evidemment, perte d’ambiance made in Japan d’entendre des Japonais parler français, d’autant que je n’ai plus l’habitude. A noter que le doublage a été réalisé par-dessus la jambe sans s’occuper des différences de sonorité ou de longueur des phrases entre le japonais et le français. A l’arrivée, les mouvements des lèvres ne correspondent pas du tout au texte entendu.

Quelque peu bridé par sa commande, Miike Takashi se montre plutôt sage par rapport à ses autres films. Pour autant, il parvient à faire du (relativement) bon à partir du schéma conventionnel usé jusqu’à la trame.
On pourrait reprocher que la malédiction se mette trop rapidement en place. D’un autre côté, et le rusé Takashi Miike le sait, inutile de perdre du temps à installer une histoire déjà connue du spectateur nippon qui bouffe du yurei au cinéma à en avoir la nausée. Un peu comme les fonctionnaires dans les séries télé françaises, envahies de juges, instituteurs, gendarmes, commissaires, inspecteurs de police, officiers de police, agents de police, policiers…
On économise aussi au passage l’habituelle phase “incrédulité” quand la première personne à croire à la malédiction essaie vainement de l’expliquer à d’autres. Tout le monde y croit tout de suite, et hop, réglé. Sauf quand il s’agit de le raconter à la police, mais on n’échappe pas au lieu commun du genre : au cinéma, la police ne croit jamais ce qu’on lui raconte quelle que soit la teneur des propos, aussi bien surnaturels que parfaitement rationnels. Disons qu’au Japon, ça paraît moins incroyable qu’en France, vu le nombre de légendes urbaines d’actualité à base de revenants. Sans parler du poids que conserve le shintoïsme, dont le nom est explicite sur le sujet. Culturellement, le phénomène est ancré dans les mœurs : ce n’est pas comme si la moitié des fêtes du calendrier avaient pour but de chasser les mauvais esprits. Pas plus débile que la croyance en masse aux soucoupes volantes chez nos amis les Américains, par ailleurs tout aussi crédules en matière de légendes urbaines. Certes, on peut m’objecter que les Ricains sont des gros cons qui n’ont pas inventé l’eau chaude et à qui on peut faire gober n’importe quoi. Oui, c’est vrai. En même temps, en France, vous avez majoritairement cru que le changement, c’était maintenant, donc… hein… n’est-ce pas. Ici, les esprits, c’est culturel, point barre.
Donc le film, contrairement à mes digressions, entre rapidement dans le vif du sujet. Le principe du film d’horreur étant de montrer des gens se faire dégommer, autant y aller franco et ne pas perdre de temps en blabla et autre installation de cadre idyllique pour mieux marquer la rupture avec la suite des événements. La mise en scène dénote un savoir-faire certain. La tension et quelques images sanglantes suffisent au spectacle sans aligner d’innombrables plans gerbants. J’ai été un peu déçu quand même, je m’attendais à davantage de morts. Le film ménage quelques bonnes surprises et des scènes qui en mettent plein la vue.
On retrouve également le cynisme propre au réalisateur, porté à l’écran dans des passages à la limite du loufoque : la scène où tout le monde veut effacer son numéro du portable du “maudit”… la rapacité des médias en quête de sensationnel… Notez que pour un Japonais, cela n’a rien d’extraordinaire. La concurrence au niveau médiatique est telle que les dérapages sont nombreux. Quant à la capacité à ostraciser les brebis galeuses, c’est un domaine qui fait du Japon le premier producteur au monde de parias.

Quelques défauts tout de même, dont une baisse de rythme pendant le 3e quart du film un peu longuet et bancal par rapport à un début péchu. Le film n’échappe pas aux conventions du genre, on y trouve donc quelques passages prévisibles comme pas permis.
Surtout, le spectateur expérimenté regrettera de capter le fin mot de l’histoire en 10 ou 15 mn de film. Si les explications tiennent à peu près la route et évitent de sombrer dans les écueils habituels (confusion totale ou grand n’importe quoi) quant à l’origine et l’identité du fantôme, ma grosse critique concerne la fin qui en plus d’être prévisible et franchement banale, est incohérente. Sans tout dévoiler, je me contenterai de révéler que le coupable est le colonel Moutarde avec le chandelier dans la bibliothèque et que le fantôme change radicalement de modus operandi comme ça, hop !

En résumé, un Miike moins extrême qu’à l’accoutumée mais aussi plus accessible, qui sait tirer un film efficace d’un principe convenu (et donc “casse-gueule” par rapport à ses prédécesseurs et concurrents). Dommage que la fin soit ratée alors que l’ensemble du film réussissait à créer une vraie tension.
Tout honnête qu’il soit, ce film n’apporte d’ailleurs rien au genre sauf si on le visionne comme une espèce de best-of. L’éternel revenant au teint de fromage blanc et au longs cheveux noirs n’y est pour rien, c’est la représentation classique du fantôme au Japon. C’est surtout qu’après Ring, Dark Water, Ju-On et j’en oublie, on ne voit pas seulement le même fantôme mais surtout toujours le même film. D’un autre côté, le slasher américain qui nous pond depuis près de 40 ans des tueurs masqués tuant un par un des étudiants partis camper/baiser/picoler au fond de bois sur lesquels court une histoire macabre arrivée 30 ans auparavant… et je ne parle pas des héros solitaires qui sauvent le monde, genre dont l’histoire se confond avec le cinéma yankee. Dans la mesure où l’heure est aux remakes, reboots, retrucs et remachins, on ne peut pas vraiment objecter au cinéma d’horreur japonais d’exploiter le filon et de ne pas savoir se renouveler. Enfin si, on peut, on le doit même, mais la critique vaut aussi pour d’autres.

(Republication de ma chronique de juin 2010 sur Le Boulevard des Stars.)

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