La blague des rythmes scolaires

Des gens qui n’ont pas tout compris m’ont demandé mon avis sur la réforme des rythmes scolaires. Petit détail, les gars, la réforme concerne la France… je travaille au Japon… cherchez l’erreur.

J’ai à peine potassé le sujet, parce que je m’en contrefous, ce qui ne m’empêchera pas de déblatérer sur la question grâce à mes formidables talents d’improvisation et de mauvaise foi.

  • Avis aux parents : arrêtez de gueuler et de manifester, la démarche ne sert rigoureusement à rien. Le concept de la démocratie menée par la voix du peuple relève de la fiction, faut vraiment arrêter de croire le contraire. Chouinez tant que vous voulez, la réforme passera. Au besoin, en douce cet été, pendant les grandes vacances, période idéale pour glisser des textes de loi pendant que tout un chacun se dore la pilule.
    Test simple… Comptabilisez le nombre de réformes importantes depuis, disons, une vingtaine d’années. Comptez combien ont donné lieu à moult manifestations de la colère du bon peuple. (En fait, pas la peine de compter, le chiffre est le même que le premier. En France, on gueule toujours pour le principe de râler et parce que changer les petites habitudes relève du crime contre-nature. Avant même de se pencher sur l’éventuel bien-fondé d’une réforme s’enclenche au sein du troupeau le réflexe pavlovien de braire dans la rue en agitant des banderoles.) Regardez combien de réformes sont passées quand même : les exceptions se comptent sur les doigts d’une main de lépreux. CQFD.
  • On survit très bien à une semaine de 4 jours et demi. De mon temps (la bonne grosse formule de vieux con pontifiant, j’adore…), on allait à l’école le lundi, le mardi, le jeudi, le vendredi et le samedi matin. D’après mes calculs, le total atteint 4 jours et demi. Ok, samedi matin et mercredi matin, c’est pas tout à fait pareil question rythme, mais sur le papier, le compte est bon.
    Notez bien le truc annoncé comme “la super réforme du siècle sur laquelle on a planché comme des malades” alors qu’il ne s’agit comme souvent que de faire du faux neuf avec du vrai vieux. Nul doute que dans quelques années, une réforme “inédite” verra le jour pour (re)passer à la semaine de 4 jours.
  • Quoi qu’il en soit, si je devais classer cette réforme, elle atterrirait dans la rubrique “idées débiles”. En dépit de ma fumisterie proverbiale, j’ai jeté un œil sur le site du Ministère de l’Education Nationale. Comme d’hab’, j’ai bien rigolé, on peut au moins leur accorder ça.
    J’adore le constat : “les écoliers français ont le nombre de jours d’école le plus faible des 34 pays de l’OCDE : 144 jours contre 187 jours en moyenne. Ils subissent de ce fait des journées plus longues et plus chargées que la plupart des autres élèves dans le monde.” L’argument du Ministère ne tient pas debout, monument d’affirmation aussi gratuite que fausse, étayée par rien hormis plus loin l’éternel “les scientifiques disent que”. Sans déc’, y a encore des gens qui croient au pseudo-argument “parce que les experts le disent, c’est forcément vrai” ? La démonstration ? les chiffres ? les comparaisons entre pays ? les études ? Ah, elles sont dans mon cul…
    Pour info, au Japon, on tourne à 210 jours ! Et les petits Français sont loin d’avoir des journées chargées en comparaison des bambins nippons. J’ai même quelques cas de gamins qui, en incluant activités scolaires, périscolaires et extrascolaires (cours à domicile ou en boîtes privées), se cognent des journées de malade jusqu’à 22h ! Ouaip, on n’a pas la même notion de l’endurance sous ces latitudes…
    Le pire, c’est que cette réforme ne réforme rien. Il ne s’agit que d’une astuce comptable, procédé dont l’appareil d’Etat français se montre friand pour enfumer son monde. Mais derrière, rien de concret ni de constructif. Comme le coup de bidouiller les chiffres du chômage en basculant des gens d’une catégorie l’autre, par exemple en les catapultant dans des formations bidons. Oui, quand t’es en formation, t’as pas plus de taf, t’en auras sans doute pas davantage à l’arrivée, mais t’es plus compté comme un vrai chômeur, tu bascules dans les catégories invisibles. Et hop, magie ! Bref.
    Même astuce ici qui ne consiste jamais qu’à créer des jours de classe fantoches en pompant sur le reste de la semaine. Si la France possède un nombre aussi ridicule de jours d’école, décaler du temps qui existe déjà ne changera rien à l’affaire. Il faut EN CREER ! Soit en ajoutant une demi-journée le samedi ou le mercredi sans toucher au reste. Soit, attention, en faisant sauter des vacances. Ben oui, comparer le nombre de journées de classe dans l’OCDE est une chose, mais j’ai dans l’idée qu’une comparaison des jours de vacances donnerait des résultats édifiants.
    Je n’ai qu’à mettre face à face le calendrier français et le calendrier japonais. Ici, on atteint péniblement 90 jours, ce qui est déjà pas mal (Nouvel An : 10 jours environ ; mars : 2 semaines entre la fin de l’année et la rentrée ; Golden Week : 7 jours environ ; grandes vacances : 6 semaines ; plus une dizaine de jours fériés). En France, je compte royalement 110-120 jours.
    Gag ultime : tandis que la page de Ministère sur les rythmes scolaires déplore le peu de jours d’école, celle des vacances scolaires annonce ce monument de cohérence : “les vacances de la Toussaint comptent désormais deux semaines complètes, deux journées sont ajoutées en novembre et en juin”. On manque de jours de classe, donc on ajoute des vacances. Logique.

Moralité ? Ne faites pas d’enfants.

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