Il était un petit navire

Premier jet des idées reçues sur le Japon. Nul doute qu’il y aura une suite (qui sera forcément moins bien comme toute suite qui se respecte).

L’attaque des clones

  • En dépit d’une tendance avérée à se photocopier les uns les autres au plan vestimentaire, tous les Japonais n’ont pas la même tête. Ça vaut pour toute l’Asie d’ailleurs, faire la différence entre un Japonais, un Chinois et un Coréen est parfaitement possible et n’a rien d’un exploit. J’essaye de faire rentrer la même chose dans le crâne de mes élèves avec un Anglais, un Espagnol et un Suédois (“tous les Européens se ressemblent”).
  • Au passage, on voit aussi bien avec des yeux bridés qu’avec des yeux pas bridés (j’ai pas dit “normaux”). Si vous avez l’occasion de traîner en Asie, faites gaffe d’ailleurs quand vous plissez les yeux pour lire ou regarder quelque chose au loin, la “grimace” peut être mal interprétée.
  • Pour continuer sur les particularités physiques, certaines idées reçues sont vraies : les Japonais(es) sont en moyenne plus petit(e)s que les Européens et moins gros (régime alimentaire avec nettement moins de graisse) ; les hommes ont une petite bite et les femmes des petits seins (si j’en juge par ma longue teub expérience de films pornos).

La cuisine

  • On n’est pas en Chine, ici on ne mange pas de chiens, chats, singes, rats, etc. Enfin pas que je sache (jen sais rien pour les Chinois non plus, d’ailleurs, c’est juste une attaque gratuite). On peut manger du serpent, cela dit. D’ailleurs, ça risque de vous arriver si vous ne prenez pas le coup avec la prononciation japonaise. Le h ne se fume pas, il s’aspire. Hebi (ヘビ) et ebi (エビ) vous feront avaler respectivement du serpent ou des crevettes.
  • On ne mange que du riz et des sushi arrosés de saké, tout comme les Français ne mangent que des baguettes au camembert en buvant du vin rouge. Ah, on me dit que non. Des restos japonais que j’ai pu fréquenter sur Lille et ses environs, il ressort que la carte se limite généralement à sushi (maki, nigiri), sashimi, yakitori. Il se trouve que la gastronomie japonaise est beaucoup plus riche que ces quelques plats standards.

Sports et arts martiaux

  • Tous les Japonais ne sont pas ceinture noire de karaté, de judo ou d’aïkido. Le sport national est d’ailleurs le base-ball, pas le sumo. Le foot (le vrai, pas l’américain) et le golf sont également très prisés. Le foot est d’ailleurs une valeur montante depuis la première participation des Samurai Blue (サムライ・ブル) à la Coupe du Monde en 1998. Signalons au passage que les Nadeshiko (なでしこジャパン), l’équipe de foot féminine, ont remporté le championnat du monde en 2011. Bien qu’on les imagine tout petits et touts secs, les Japonais ont également une équipe de rugby qui pulvérise quasi-systématiquement ses adversaires lors de la Coupe d’Asie des 5 Nations. (Merci à Bill pour son rappel involontaire sur ce point.)
  • Malgré la percée de certains sports occidentaux, les arts martiaux ont encore de beaux jours devant eux. Ceci dit, ne vous attendez pas à croiser dans la rue des types portant des sabres à la ceinture ou des samouraïs s’entraînant au tir à l’arc dans les parcs. Les chantiers de construction n’emploient pas de karatéka pour casser les briques. Vous n’êtes pas non plus obligé de vérifier sous votre lit la présence d’éventuels ninjas.

Le sexe

  • Toutes les estampes ne sont pas forcément à caractère érotique/pornographique.
  • A moins d’avoir étudié le sujet, tout ce que vous savez des geisha est plus ou moins faux, moitié parce que la figure est idéalisée, moitié parce que l’idée qu’on s’en fait est une tambouille anachronique (ou transchronique, qui mélange pratique passée et présente). Je reparlerai abondamment du sujet, vivant dans leur citadelle (Kyoto). Toujours est-il qu’aujourd’hui, les geisha sont d’abord des “dames de compagnie” (des escorts mais en plus raffinées). Sans rentrer dans le détail, les liens entre geisha et prostitution sont nettement moins marqués qu’autrefois. Fini le bon temps du mizuage (水揚げ) où on pouvait acheter leur déflorage par exemple. Tirer un coup avec reste cependant du domaine du possible (dixit une geiko que je connais – pas au sens biblique de connaître). A noter qu’il y a geisha et geisha. C’est-à-dire d’un côté les geisha traditionnelles qui sont d’abord des femmes d’art et de l’autre des prostituées “pur jus” qui copient leur tenue pour attirer le touriste en mal de sexe, d’exotisme et de Japon “authentique”. (Cf. Conseils de lecture)
  • En tant qu’occidental, vous pourrez peut-être (je dis bien peut-être) être un objet de fantasme, mais ne vous faites pas trop d’illusions : une sale gueule en France reste une sale gueule au Japon. L’argument est à double tranchant : beaucoup de Japonaises sont conscientes de la fascination dont elles sont l’objet aux yeux de beaucoup de gaijin… et certaines en jouent. Ne soyez pas de surpris de vous faire allumer et de repartir la queue basse, au propre comme au figuré. Désolé de briser les rêves et fantasmes de certains. Et pour briser les illusions des idéalistes, le Japon compte aussi son lot de salopes. Dixit “un ami” qui a accumulé les coups d’un soir avant de se ranger des voitures. Son verdict est le suivant : un expat parlant un minimum japonais a statistiquement plus de chances d’emballer qu’un touriste baragouinant l’anglais. Il en était même venu à mesurer ses progrès en japonais au nombre de coups tirés avec des nanas différentes…
  • Note de vocabulaire, si vous entendez la demoiselle s’exclamer Ōkī (大きい) en baissant votre froc et en déballant l’outil, ça veut dire que Mère Nature vous a généreusement outillé selon la norme japonaise (ōkī = grand).

Le crime

  • On pense tout de suite à l’image du yakuza. Le fait est que dans certains aspects de la vie quotidienne, le crime a pignon sur rue (parfois au sens littéral).
  • Ne vous fiez pas à l’image d’Epinal du yakuza. Oui, les tatouages, c’est beau. Certes, se trancher un doigt pour une question d’honneur, ça peut paraître super classe trop de la balle si on est attaché à cette notion (mais ça pique quand même). En effet, l’imaginaire leur associe un certain romantisme type “bandit au grand cœur” (syndrome Robin des Bois). C’est pas faux, comme dirait l’autre. Au-delà de ces clichés, il y a une réalité simple : ce sont d’abord des criminels, donc pas des marrants (de la même façon qu’Attila n’est pas “Jo le Rigolo” pour rester dans les références à Kaamelott).
  • Pour autant, le Japon est un pays sûr, que ce soit en terme objectifs (nombre de crimes) ou subjectifs (sentiment de (in)sécurité). Une étude de l’OCDE parue cette semaine (23 mai 2012) et portant sur 36 pays classe le Japon en tête pour la sécurité. Les chiffres font état d’un taux d’1,4% d’agressions parmi les personnes interrogées (contre une moyenne de 4 sur l’ensemble des pays). En données brutes, le taux d’homicides y est de 0,5 pour 100000 (visiblement, on peut tuer une demi-personne, d’où l’expression “à moitié mort”, je suppose) contre une moyenne 2,1 sur l’ensemble des pays concernés.
  • Sans être un Disneyland où tout il est rose et beau (après tout, on peut à moitié vous tuer quand même), on sort l’esprit tranquille. En France, malgré deux agressions, je n’avais pourtant pas de sentiment d’insécurité (peut-être en rapport avec le fait que mes deux agresseurs ont fini à l’hosto et moi non). Mais c’était plutôt un qui-vive permanent : ne jamais oublier son porte-feuille, son briquet, ses clopes, ses clés quelque part sous peine de ne jamais les revoir, ne jamais sortir en vélo sans antivol, etc. Ici, les enfants prennent le métro seuls, les femmes sortent tard le soir sans garde du corps/armure/se faire emmerder. Anecdote souvent rapportée mais qui ne m’est jamais arrivée (donc à vérifier) : perdre son portefeuille et le retrouver aux objets trouvés avec la tune. Par contre, ça m’est arrivé plus d’une fois d’aller faire une course à vélo en oubliant mon antivol à la maison. En France, je serais retourné le chercher ou rentré à pied. Ici, je suis reparti comme je suis venu : sur deux roues.
  • Clin d’œil pour Bill : je n’ai toujours pas rencontré d’universitaires cyclistes armés de sabres.

Les étrangers

  • Tous les Japonais ne cherchent pas à mettre les étrangers dehors à coups de pompes dans le cul. Evidemment, si vous êtes du genre touriste bruyant, grossier et sans-gêne, faut pas vous étonner d’être accueilli comme tel. Etre étranger au Japon est un vaste débat, notamment si vous y vivez à long terme, l’intégration n’y étant pas toujours facile. En touriste (ou si on vous prend pour un touriste), il n’est pas rare qu’on vous propose un coup de main si vous semblez paumé avec votre plan à la main. Ce qui peut s’avérer délicat si votre seule langue commune réside dans vos doigts (tous les Japonais et tous les Occidentaux ne parlent pas anglais et le français est aussi couramment parlé au Japon que le japonais en France). Parlant couramment la langue, je n’ai pas été confronté au problème linguistique. M’étant paumé une paire de fois en partant à la découverte de mon quartier, j’ai toujours été bien accueilli/renseigné par les autochtones pour retrouver ma route, sans compter plusieurs coups de main spontanés. Plus d’une fois, la conversation a débordé des simples indications pour le Petit Poucet : “d’où vous venez ?”, “ah, la France… Paris !”, etc.
  • La France a son petit prestige (Paris, la tour Eiffel et autres clichés).
Ce contenu a été publié dans Culture et civilisation. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.