Harlock, sa vie, son oeuvre (2)

Deuxième volet de la rétrospective, le fourre-tout où il sera question des génériques, des personnages, des vaisseaux et du succès de l’homme à la moto balafre.

Les génériques

Je me bornerai aux deux plus marquants, Albator 78 (Jean-Pierre Savelli) et 84 (Franck Olivier).

Et pour faire bonne mesure, le générique original d’Albator 84.

 Les personnages

Les passer tous en revue n’aurait qu’un intérêt limité, donc s’il en manque qui vous tiennent à cœur, Internet et Google sont vos amis. Je sais, j’ai fait le coup dans le premier de balancer une intégrale en annonçant l’inverse mais là non.

– Harlock (Albator)

A tout seigneur, tout honneur. Comme je disais précédemment, établir sa biographie relève de la gageure. Il vit au XXXe siècle, est le fils de Great Harlock et descend d’une longue lignée de Harlock qui remonte au moins à la Seconde Guerre Mondiale (voire à la Conquête de l’Ouest).
Grand et maigre, il appartient à la catégorie des personnages longilignes de Matsumoto (l’autre catégorie étant constituée de petits gros avec des yeux minuscules et une bouche énormissime qui pourrait engloutir un porte-avions). Comme tout pirate qui se respecte, il a une balafre et un bandeau sur l’œil mais pas de jambe de bois ni de crochet. Cela dit, il se déplace avec la lenteur d’un unijambiste et beaucoup de nonchalance. A défaut de perroquet sur l’épaule, il est affublé d’un piaf qui ressemble plus ou moins à un cormoran. Cet oiseau s’appelle juste Leblanc l’Oiseau en VF comme en VO (トリさん).
En bon pirate toujours, ses armes de prédilection sont le sabre et le pistolet. Plus exactement un sabre-pistolet-laser et le Cosmodragon, une espèce de Colt laser.
Archétype du héros romantique épris de liberté, Harlock présente autant d’aspects chevaleresques (valeurs nobles, code d’honneur) que de traits on ne peut plus bourrins, très japonais au fond. Il se montre parfois intraitable jusqu’au fanatisme, rappelant le jusqu’au-boutisme des samouraïs et autres kamikazes. Selon les jours, il est prêt à tout pour sauver la Terre ou, considérant le cas désespéré, préfère l’abandonner pour chercher un nouvel Eden.
Matsumoto s’est inspiré en partie de son père pour le côté pilote, officier, valeurs militaires. Son autre source d’inspiration, Miyamoto Musashi, LA légende au Japon, transparaît dans le statut de rōnin associé à Harlock.
A noter qu’Albator ignore visiblement la notion de coiffeur.

albator-09

– Ōyama Tochirō (大山トチロー – Tochirō, Alfred 1)

Indéfectible compagnon d’Albator, inventeur génial sous ses airs de goinfre débile, excellent combattant derrière sa dégaine de clodo et, malgré un physique ingrat, amant d’Emeraldas (?!?). Les détails de sa vie et de sa mort varient beaucoup d’un opus l’autre. Une chose ne change pas au gré des époques : là où il y a un Harlock, il y a un Tochirō.

Je ne comprendrai jamais comment lui et Emeraldas...
Je ne comprendrai jamais comment lui et Emeraldas…

– Daiba Tadashi (台羽 正 – Ramis Valente)

Clone junior d’Albator, ce gamin sert de référence au jeune public, censé s’identifier à lui pour marcher sur les traces du Modèle. Processus qui n’a jamais fonctionné avec moi, déjà gamin, je m’identifiais à Albator, pas à un sous-fifre. Comme dit le proverbe, mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints.

Encore un qui aurait besoin de passer chez le coiffeur.
Encore un qui aurait besoin de passer chez le coiffeur.

– Mīme (ミーメ – Miime, Mima, Clio)

Compagne extraterrestre d’Albator qui ne fait pas grand-chose de ses journées à part jouer de la harpe et se bourrer la gueule – elle se nourrit exclusivement d’alcool, bel exemple pour la jeunesse.

Une apparence à l'image de son nom français : variable.
Une apparence à l’image de son nom français : variable.

En vrac, on trouve l’équipage où surnagent quelques têtes qui servent souvent de ressorts comiques.
Yattaran (ヤッタラン, Alfred 2) est un ingénieur, mathématicien, armurier qui passe l’essentiel de son temps à fabriquer des maquettes (hobby qui donne une scène d’évasion fabuleuse dans Endless Odyssey).
Le docteur Zero (ドクターゼロ, docteur Zéro) dont le nom n’incite pas à la confiance, surtout qu’il adore picoler – comme tout le monde à bord –, fait office de médecin du bord, on s’en doute. Il possède un chat, Mī-kun (ミーくん, Miaou), dont la principale activité consiste à faucher de la bouffe en cuisine. En soi, le minou n’est qu’une figure mineure, mais on la retrouve dans toute la biblio de Matsumoto, grand amoureux des chats.
Ces larcins de bouffe mettent Masu (ますさん, Suzanne), la cuisinière dans une rage infernale.

Yattaran
Yattaran
Zero et Miaou.
Zero et Miaou.
Masu à couteaux tirés.
Masu à couteaux tirés.

Et on pourrait en citer encore beaucoup, Stellie (gamine issue de l’improbable union entre Emeraldas et Tochirō), Maya (l’amour de jeunesse d’Albator), Emeraldas, Maetel, Zon, les Humanoïdes, les Sylvidres… Y a de quoi remplir une encyclopédie.

Maetel de Galaxy Express 999.
Maetel de Galaxy Express 999.
Zon et les Humanoïdes.
Zon et les Humanoïdes.
Les Sylvidres, partouze coming soon.
Les Sylvidres, partouze coming soon.

Je sais, il manque quelqu’un. J’ai gardé pour la fin Yūki Kei (有紀螢, Nausicaa) qui incarne la présence féminine, la douceur et tout le tralala cul-cul qui va avec. Elle bosse comme officier de navigation du vaisseau, représente la figure maternelle de Ramis et bien sûr aime secrètement le capitaine balafré… qui s’en fout. Elle détient le secret de l’emplacement de la planète idéale, enfoui dans les méandres de sa mémoire contre-nature (elle est blonde, donc en théorie dépourvue de cerveau). Le secret ne lui sera révélé que le jour où elle rencontrera le grand amour.

Kei Yuki
Kei Yuki

Cette nana reste pour moi un mystère. Mes biographes, hagiographes et panégyristes s’accordent tous à dire que je ne flashe pas sur les blondes. Jamais. Sauf elle. Probablement mon premier fantasme connu et bizarrement toujours d’actualité. Au fond, rien d’étrange quand on voit l’évolution graphique du personnage qui passe de la limande à miss Gros Bonnets. Encore que là, pareil, n’ayant jamais été particulièrement attiré par les fortes poitrines, le mystère reste entier.

Dans Albator 78 ou 84.
Dans Albator 78 ou 84.
Dans Endless Odyssey, miam.
Dans Endless Odyssey, miam.
Version 2013. Orgasme.
Version 2013. Orgasme.

Pour ceux qui se poseraient la question puisque je l’avais mentionné tantôt… parce que bizarrement, personne ne retient l’année de naissance de Tokugawa Ieyasu (1543, bande d’ignares), mais quand il est question de gaudriole avec ma femme, les mémoires d’éléphant s’éveillent. Pour ceux qui se poseraient la question, donc, la réponse est oui. Yumiko, ma chère et tendre, possède le cosplay officiel et intégral de Yūki Kei dernière version, avec la combi en latex, les gants, les cuissardes, tout. Elle est aussi fan que moi de la saga Harlock – heureux homme que je suis –, la convaincre d’investir dans ce costume ne fut qu’une formalité. Et l’autre réponse est non, il n’y aura ni photo ni vidéo ni récit hentaïesque de ce qu’on peut faire dans ou hors de cette tenue. Laissez travailler votre imagination…

Dites-vous bien que j'ai la version live à la maison. Et ça n'a pas de prix.
Dites-vous bien que j’ai la version live à la maison. Et ça n’a pas de prix.

Les vaisseaux

(La transition aussi est laissée à votre imagination.)

Que seraient Batman sans sa Batmobile, Han Solo sans son Faucon Millenium, Oui-Oui sans sa trottinette ? Des piétons. Idem Albator et son vaisseau, ou ses vaisseaux puisqu’il en existe une tripotée. Stricto sensu, ils sont au nombre de deux, chacun en plusieurs versions : le Death Shadow (3) et L’Atlantis (7). Vu le total de versions, les changements d’un manga l’autre, d’un animé l’autre, voire au sein d’une même série, le résultat relève du joyeux souk. Les noms à géométrie variables n’aident pas à se retrouver entre le デスシャドウ号 (càd Death Shadow, qui reste identique en “français” ou devient L’Ombre de la Mort) et le アルカディア (càd Arcadia, qui reste identique en “français” ou devient L’Atlantis).

Le Death Shadow 1 est le vaisseau de Great Harlock, le père d’Albator, on le voit dans L’Anneau des Nibelungen. Le premier vaisseau commandé par Albator est le Death Shadow 2 (Nibelungen et Cosmowarrior Zero). Le Death Shadow 3 (Albator 84), tombé aux mains des Humanoïdes, est une copie conforme du premier modèle.

Death Shadow 1
Death Shadow 1
Death Shadow 2
Death Shadow 2
Death Shadow 3
Death Shadow 3

Des 7 versions de L’Atlantis, on zappe d’entrée les 1, 2 et 7 qui sont mentionnées mais n’apparaissent ni dans les mangas ni dans les animations. Emergent deux modèles : le 5 (Albator 78) qui a le même design que le Death Shadow 2 et mon préféré décliné dans les versions 3, 4 et 6 (Albator 84, Les Nibelungen, Endless Odyssey).

Atlantis 5
Atlantis 5
Atlantis 3
Atlantis 3
Atlantis 4 (ou 3)
Atlantis 4 (ou 3)
Atlantis 6
Atlantis 6

Je suis un fan invétéré des Atlantis 3 et 4 et je ne désespère pas un jour d’arriver au boulot à bord de l’un d’eux. C’est du vice, j’habite à 50 m de mon lieu de travail, mais ça n’empêche. Cette proue à tête de mort me fait vibrer encore comme quand j’avais 6 ans (mon âge mental actuel d’après certains).

Vue en coupe du modèle 3.
Vue en coupe du modèle 3.

Le succès d’Albator

Pourquoi un tel engouement ?
A la base, Matsumoto est loin d’être un bras cassé, tant mieux pour un dessinateur. Première raison, donc, la qualité graphique des mangas associée au style particulier de leur auteur. Les animations, même si certaines accusent leur âge, ont toujours bénéficié d’un soin méticuleux.

Le thème SF et le space opera plaisent au plus grand nombre, en témoigne le succès des Star Wars, Star Trek, Stargate et autres Star-films. Dans l’espace, nul ne vous entendra crier et surtout, un auteur imaginatif peut placer ce qu’il veut sans limite. Ce cadre fait écho à un besoin très humain de bougeotte (Grandes Découvertes, appels du large, exploration des terrae incognitae, conquête de l’Ouest ou des grands espaces…). Un thème facile à marier à celui des pirates, dont l’image romantique auprès du public ne s’est jamais démentie d’Erol Flynn à Johnny Depp. Le pirate est synonyme de liberté… et d’exutoire face aux interdits sociaux – on parle quand même de gens qui tuent, pillent, brûlent, violent, rançonnent…

Dans ce cadre, Matsumoto a conçu un univers qui lui est propre et d’une richesse infinie. Pas toujours cohérent, certes, mais vu le volume de son travail… Richesse d’intrigues, de lieux, de personnages, il y en a pour des années de lecture et de visionnage.
En revoyant plus tard la saga avec ce que j’appellerai faute de mieux “un regard d’adulte” (sic), j’ai redécouvert l’univers de Matsumoto qui est tout sauf infantile/enfantin. Une vision à la fois désenchantée et pleine d’espoir. En gros, la Terre est foutue. Mais il reste la perspective de recommencer ailleurs en mieux. Et Matsumoto de poser moult questions et de lancer moult critiques.
Par exemple, l’individualisme, c’est mal sauf quand on s’appelle Albator. Les individualistes méchants ne pensent qu’à leur gueule et laissent tomber le groupe, chose impensable pour un Japonais. Alors que chez les gentils, l’individualisme d’Albator prend place dans le cadre d’une juste rébellion et d’une quête d’un nouvel Eden pour l’ensemble de son équipage. Quelque part entre hymne à la liberté et mythe du sauveur.
Autre exemple, la critique marquée contre le tour pris par la société de consommation qui en arrive à nier la valeur travail (fondamentale au Japon) pour se planter connement devant la télé, nouvel opium du peuple. Amusant – si on veut – de constater que c’est exactement où on en est arrivé de nos jours. Loisirs, loisirs, loisirs. Abrutissement devant la télé-réalité. Et cetera, les critiques sociales habituelles.
Très pétainiste au fond quand j’y repense (retour au “vraies” valeurs, chef providentiel, Travail-Famille-Planète-Idéale, critique du capitalisme-mercantilisme-matérialisme-glandouillisme…). Et en même temps, hymne anarchiste. Je repense notamment à la scène où Ramis découvre le fonctionnement de L’Atlantis : les pirates glandent, jouent, picolent, roupillent pire qu’au club Med. Et lui de s’étonner de l’absence de discipline dans ce foutoir insensé. Réponse qu’on lui sort : le vaisseau fonctionne sur le mode du quartier libre dès lors que la situation n’exige pas de voir chacun à son poste. Ce qui donne finalement une définition très juste de la liberté : faire ce qu’on veut quand on le peut et ce qu’on doit quand il le faut.
Bref, au-delà du spectacle pour gamin et des sentences parfois gnan-gnan en fin d’épisode, l’univers de Matsumoto est doté d’une réelle profondeur qui ne le limite pas au jeune public.

Et bien sûr il y a Albator lui-même. Pour un gosse… ben c’est Albator, quoi. Lui est libre et n’a pas besoin d’attendre “quand tu seras grand” pour faire ce qu’il veut. Il a une dégaine cool, des armes cool, un vaisseau cool (et une blonde cool que je baiserais volontiers). Il est grand, fort, courageux et comme Starsky et Hutch il gagne toujours à la fin. Bref, un héros, avec des valeurs de héros. Chevalier, pirate, Robin des Bois, guerrier… tout ce à quoi on joue quand on est haut comme trois pommes. Et comme, étant gamin, on ne capte pas toutes les incohérences et qu’on n’a pas non plus accès à tout – à l’époque où je l’ai découvert, plus des 3/4 de la saga n’existaient pas, trouver des mangas en France était impossible –, eh bien, tout ce qu’on ne sait pas et qu’on ne comprend pas le rend encore plus mystérieux. Donc cool.

Bilan, dans la liste de mes héros réels ou fictifs, Albator arrive loin en tête devant les Batman, Dark Vador, Cobra, Napoléon, Ulysse…

Merci pour cette excellente rétrospective.
Merci pour cette excellente rétrospective.

Mes autres articles en lien avec le sujet :
Il revient, Albator !
– Critique de Space Battleship Yamato
Lentement mais sûrement, il revient (contient les bande-annonces du dernier opus)
Harlock J-2 (contient un extrait de 12 min du dernier opus)
Albator cartonne au box-office (ou pas, j’en reparlerai dans la chronique dédiée)
– Rétrospective volume 1
– Rétrospective volume 2, ça sert à rien de cliquer, vous êtes sur la page.
– Critique de Space Pirate Captain Harlock (dernier opus qui vient de sortir)