Harlock, sa vie, son oeuvre (1)

Retardée pour cause de reprise du boulot puis de typhon, voici enfin la rétrospective Harlock promise tantôt.
On attaque avec un premier volet rébarbatif (j’ai l’art de vendre mon bifteck) recensant toutes les occurrences ou presque d’Albator dans le monde du manga et de l’animation.

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L’auteur en deux mots

Matsumoto Reiji…

L’auteur en plus de deux mots

Matsumoto Akira (松本 晟) est né au Japon en 1938. Comme nombre de mangakas qui ont vu le jour à cette époque, la guerre marquera son œuvre. Et comme Miyazaki, l’aviation et les pilotes formeront un thème central évident ou camouflé sous de la SF, son père étant pilote dans l’armée de l’air impériale.
Matsumoto se met rapidement au dessin, domaine dans lequel il excelle au point de se voir publié dès ses seize ans (蜜蜂の冒険, Mitsubachi no bōken, Les aventures d’une abeille, 1954). Sitôt sorti du lycée, il part s’installer à Tōkyō où il gagne sa vie en pondant des shōjo (mangas pour midinettes). Il y fait également la rencontre d’une mangaka, Maki Miyako (牧 美也子) qu’il finira par épouser en 1964. En bonne japonaise, sa femme prendra donc sa retraite, laissant en plan son personnage de Licca-chan, encore populaire aujourd’hui (l’équivalent japonais de Barbie).
En 1965, Matsumoto change de cap et de nom par la même occasion. Il devient Matsumoto Reiji (松本 零士), ou Leiji Matsumoto pour l’Occident (à mon sens incorrect, mais je ne vais pas me lancer dans un débat sur la transcription). Il s’oriente vers le shōnen (manga pour ados mâles) à travers une production axée SF. Il prend très vite l’habitude de croiser ses œuvres par le biais de personnages récurrents d’un manga à l’autre. Pour ne citer que ses séries les plus connues, Space Battleship Yamato, Galaxy Express 999, Gun Frontier et bien sûr Harlock. A peu près toute son œuvre a fini adaptée à l’écran, parfois au point de le happer dans l’animation, j’y reviendrai.

leiji matsumoto albator

De la saga Harlock et de sa cohérence

La saga est copieuse : Harlock apparaît dans une bonne vingtaine d’œuvres où il tient un rôle plus ou moins important, le double si on compte la totalité de ses occurrences. Il voit le jour en… du à dire en fait. Aussi bien dans le calendrier de l’univers de Matsumoto que dans le nôtre.
Je pourrais me lancer dans l’exercice périlleux de rédaction de sa biographie. Sauf que ce serait débile. D’une part, si je connais bien le Harlock animé pour en posséder quasiment l’intégrale, il n’en va pas de même pour la version papier. D’autre part, Matsumoto a une façon bien à lui d’utiliser son personnage. Les histoires où Albator apparaît en personnage principal sont pour la plupart indépendantes, pas reliées entre elles par une continuité biographique, voire contradictoires. Pour certaines, on n’est même pas sûr qu’il s’agisse de lui ou de son père (Great Harlock). Suffit de voir son vaisseau qui varie considérablement d’une histoire l’autre – il serait plus juste de parler de “ses vaiseaux”. Et là-dessus, quand Harlock apparaît dans d’autres travaux de Matsumoto, soit comme personnage secondaire, soit en simple caméo, on obtient certes une œuvre totale, un grand Tout où chaque élément est relié aux autres, mais on arrive aussi à ce qu’on appelle en langage technique “un beau bordel” parfaitement incohérent. Harlock dispose finalement d’une ubiquité dans le temps et dans l’espace.
Heureusement, il y a une explication qui tient en 3 points :

  • Matsumoto ne cache pas lui-même le côté artificiel des liens qu’il crée entre ses travaux. Comme n’importe quel auteur (ou réalisateur, ça vaut aussi), mettre en scène des histoires indépendantes donne à chacune une portée propre… mais qui prend place dans une bibliographie (ou filmographie) plus large où la patte de l’auteur est partout présente. Matsumoto ne fait jamais que rendre ce lien explicite.
  • Autre élément d’explication de Matsumoto, la bonne vieille excuse des univers parallèles. Comme il l’a dit lui-même, les liens entre ses travaux ne sont pas à prendre au sens littéral. Il met en scène des personnages récurrents qui ont valeur d’archétype. Si je devais comparer, je citerais le Champion Eternel dans le Multivers de Moorcock, ou pour les amateurs de références classiques, les 12000 légendes mettant en scène Héraklès, chacune avec x versions différentes. Donc dans tel univers à tel date, Harlock est comme ceci. Dans un autre univers, c’est différent, et puis voilà. Matsumoto a aussi utilisé l’argument du temps non linéaire et de la boucle temporelle, ce qu’on peut simplement traduire par “rien à secouer de la chronologie”.
  • Cette notion d’archétype et de figure récurrente apparaît explicitement dans la saga Sauf que je me rappelle plus dans quel opus, c’est bête – Les Nibelungen, je crois. Toujours est-il qu’on apprend que depuis très très longtemps, le même schéma se reproduit avec entre autres un lien indéfectible entre un avatar de Harlock/Albator et un avatar de Toshiro/Alfred.
    Dans un effort de cohérence, Matsumoto, en plus des explications via interviews, tente dans Galaxy Express 999 (2e voyage) et L’Anneau des Nibelungen de relier le tout pour de bon avec une théorie qui tienne la route.

Tout ça pour dire que chercher une cohérence parfaite à l’ensemble relève du vain exercice qui n’a d’intérêt que si on aime s’arracher les mouches et enculer les cheveux ou l’inverse.

Je ne suis pas le seul à avoir besoin de passer chez le coiffeur...

Je ne suis pas le seul à avoir besoin de passer chez le coiffeur…

Apparté onomastique

Pour régler la question du nom, Albator s’appelle ハーロック en VO, en transcription littérale, Hārokku, soit Harlock ou Herlock selon les versions. En français, il devient Albator, paraît-il à cause d’une proximité phonétique entre Harlock et Haddock de Tintin. La querelle d’érudits sur la paternité du nom, je m’en tamponne, vous la trouverez facilement sur le Net. Pour moi, ça rentre juste dans la catégorie “nous, Français, soi-disant hommes d’arts et de lettre, n’avons en vérité aucun respect pour le travail des autres”. Cf. ce que je disais sur les changements de noms à propos de Goldorak.
Je pense notamment à Alfred, même prénom pour désigner deux personnages différents, Yattaran et Toshirō. Ce même Toshirō qui selon les VF s’appelle donc Alfred… ou Toshirō… ou Professeur. Quand on parle de manque de cohérence… Parce que pour couronner le tout, d’une VF l’autre, les noms des personnages oscillent entre les versions francisées et les versions originales.
D’autant que rien ne justifie la plupart des changements. Passer de Emeraldas à Esméralda, quel intérêt à part décaler une lettre ?… Toshirō est certes un nom japonais, mais pas compliqué à retenir pour un jeune public français a priori capable d’assimiler trois malheureuses syllabes (soit autant que dans Al-ba-tor). Surtout pour le baptiser Alfred, prénom complètement désuet déjà dans les années 70 et pas particulièrement parlant pour un gamin de l’époque. Et si passer de Yūki à Nausicaä, vous appelez ça simplifer, là, je ne peux plus rien pour vous.
Ah, tant qu’on y est, la dénomination de “corsaire” est impropre. Le terme original utilisé est 海賊, pirate. Albator est à son compte, pas mandaté par une instance quelconque via lettre de course. Et “petit” détail, partout sur son vaisseau on trouve des tibias surmontés d’un crâne. Le Jolly Roger est le pavillon pirate par excellence, alors que les corsaires utilisent le pavillon national ou celui de la marine de guerre de leur pays. Et pour avoir vérifié les occurrences du mot japonais pour corsaire, il en existe à peu près zéro en rapport avec Albator. Donc oui, corsaire sonne très romantique et propre sur soi, renvoie à nos héros nationaux d’antan comme Jean Bart ou Surcouf. Mais non.

Albator

La saga avant la saga

Dans un souci de cohérence avec moi-même (parce que MOI, je le suis, cohérent), après avoir dit que la chronologie était un foutoir total, je ne peux qu’aborder le détail des œuvres dans l’ordre chronologique de rédaction.
Je me contenterai des apparitions d’Albator himself, sans m’embarquer dans les Herlock-likes. A bien des égards, tout ce qui tourne autour de la saga Space Battleship Yamato n’est jamais que du Harlock sous un autre nom. Idem le spin-off de Queen Emeraldas (je vais finir par tomber à court d’italiques), encore qu’il constitue un cas très particulier puisqu’indissociablement lié à la série originelle. Idem, le très flagrant Submarine Super 99 (潜水艦スーパー99) qui est à Harlock ce que le Canada Dry est à la bière.

Submarine 99, comme un air de famille.

Submarine 99, comme un air de famille.

Plusieurs prototypes du personnage traînent dans les mangas de Matsumoto avant l’apparition d’Albator proprement dite. Et une fois le personnage conçu, il apparaît dans plusieurs histoires avant d’avoir son manga à lui. Les citer toutes est impossible à moins de posséder l’intégrale de Matsumoto ou de se lancer dans une thèse sur le sujet. Je dois avouer que je me perds un peu dans tout ce bazar, d’autant que certains tirages sont épuisés rendant les vérifications difficiles. On parle quand même d’un univers très vaste, couvrant plusieurs séries de mangas dont Albator ne constitue qu’une partie. Aussi bien l’univers que ses personnages ont été développés par leur auteur depuis une soixante d’années, une étude exhaustive représenterait un boulot de titan dépassant largement le cadre de cette modeste rétrospective.
Niveau sources : débroussaillage habituel via la version japonaise de Wikipedia ; en VF, un bon site quoique bordélique Albatorssx ; et pléthore de sites nippons sur Matsumoto, Harlock, les mangas, l’animation, dont je n’ai pas pris la peine de relever les URL (de toute façon, personne n’irait les lire, donc…).

La plus ancienne version est le capitaine Kingston (キャプテン・キングストン) créé en 1953.
Sauf erreur, la première apparition sous le nom de Harlock (ファントム・ハーロック, Phantom Harlock) remonte à 1968 dans deux histoires : 冬眠惑星 (Tomin Wakusei), où il n’a encore ni balafre ni bandeau sur l’œil, et 光速エスパー (Kōsoku Esupā).
Le plus connu des proto-Albator (ou le moins inconnu) est Walter von Harlock ou Phantom F. Harlock II, ancêtre allemand du célèbre corsaire pirate balafré, qu’on peut voir en 1969 dans le manga パイロット262 (Pilot 262, en référence au Messerschmitt Me 262). Les racines germano-aviatrices d’Albator reviennent plusieurs fois chez Matsumoto (アフリカの鉄十字, Afurika no tetsujūji, La Croix de Fer d’Afrique, 1969 ; ザ・コクピット, The Cockpit, 1975).
En 1970, on trouve dans la série Sexaroïd une histoire intitulée 大海賊ハーロック (Dai-Kaizoku Captain Harlock) mettant en scène un Phantomunt Harlock à la tête du Death Shadow. Considérée comme la première véritable apparition d’Albator, point sur lequel je ne suis pas d’accord, puisqu’il me semblerait plutôt que ce soit son père, Great Harlock. Comme je disais, c’est le bordel pour s’y retrouver.
1972 voit la publication de 思春期100万年 (Shishunki 100 man-nen) qui appartient à l’univers de Gun Frontier (ガンフロンティア) lancé la même année et dont la publication se poursuit jusqu’en 1975 pour le premier volet. Gun Frontier met en scène dans un univers de western Harlock et son pote Tochirō. C’est la première mention du lien unissant les deux personnages. Le manga sera adapté en série animée en 2002.

Gun Frontier, un air de déjà-vu.

Gun Frontier, un air de déjà-vu.

Ici et là se glissent quelques titres sur lesquels j’ignore tout hormis qu’ils existent. En vrac, L夫人漂流記 (L fujin hyōryūki, 1970), 悪魔博士恐怖の脳改造 (Akuma hakase kyōfu no nō kaizō, L’effroyable lavage de cerveau du docteur diabolique, 1971, tout un programme), 近眼人類詩集 (Kingan jinrui shishū, 1973, avec les histoires ガンマンは夕陽に死んだ et 宇宙船希望8号の帰還), ワダチ (Wadachi, 1973), スタンレーの魔女 (Sutanrē no majo, La sorcière du Mont Stanley, 1973), 機械化都市ーテクノロジラスー (1975), キリマンジャロの鳥人 (1975).

Le rythme des apparitions s’accélère à la moitié des années 1970. La figure d’Albator prend de plus en plus d’importance et se rapproche de celle qu’on connaît aujourd’hui. On verra Harlock traîner ses guêtres dans un univers désormais familier.
En 1975, année charnière, sortent à la suite 宇宙戦艦デスシャドー (Uchū senkan desushadō, Space Battleship Death Shadow), わが青春のアルカディア (Waga Seishun no Arukadia, L’Arcadia de ma jeunesse), エメラルダス (Emeraldas, courte histoire qui sera développée dans la série Queen Emeraldas) et ダイバー0 (Diver Zero). J’ai un doute pour Space Battleship Yamato (宇宙戦艦ヤマト) qui sort la même année.

Enfin, nous voici en 1977, année où paraît le “premier” volume d’Albator.
Je crois que j’ai menti, parce que la liste des œuvres pré-Albator que je viens de citer doit être exhaustive ou au pire complète à 90%. Si j’en oublié… Ben tant pis, le lecteur aura déjà de quoi faire avec ce qui précède. Je ne suis de toute façon pas spécialiste en manga et c’est déjà beau d’en avoir trouvé autant (ma modestie me perdra, je sais).
On peut aussi ergoter sur l’année ou l’histoire qui voit apparaître Albator pour de bon. Je laisse ce genre de conflit stérile à ceux que ça amuse. J’ai arbitrairement tout collé dans les prototypes en sachant que le choix prête à débat, partant du principe que le manga dédié à Albator marquait le point zéro et que toute parution antérieure relevait du brouillon, du prototype, de la bande-annonce, de ce que vous voulez. C’est un parti pris qui se défend et qui, j’en suis conscient, a ses faiblesses. M’enfin, fallait bien poser une borne quelque part.

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La saga Harlock

On vient de le voir, Albator ne se limite pas à Albator, loin de là. Même lorsqu’il aura son propre manga, Harlock continuera à rendre visite à ses petits camarades dans d’autres histoires, en caméo, guest-star ou personnage secondaire.

En 1977, enfin, paraît 宇宙海賊キャプテンハーロック (Uchū kaizoku Captain Harlock, Capitaine Harlock, le pirate de l’espace) ou plus simplement Capitaine Albator. 5 volumes étalés jusqu’en 1979 racontent les aventures spatiales d’Albator aux prises avec les Sylvidres. On attend encore la fin. L’engouement pour la série a vu une adaptation rapide à l’écran, au point de happer, comme je disais plus haut, Matsumoto qui n’a jamais terminé le manga.
L’adaptation porte le même titre en japonais et se voit baptisée en VF Albator, le Corsaire de l’Espace ou Albator 78. Albator devient une star en France. Je le connaîtrais un peu plus tard puisqu’à cette date, tel le siècle d’Hugo, j’avais deux ans. Comme Goldorak, il fait l’objet de polémiques, notamment par rapport à la violence supposée ou réelle de ce qu’il présente. Bizarrement, les autres valeurs véhiculées par le dessin animé (courage, héroïsme, amitié, sacrifice, liberté…) passent inaperçues, comme d’hab’ quand on ne voit que ce qu’on veut voir. D’autant plus cocasse que le message du dessin animé dès le premier épisode dénonce l’apathie générale des gouvernements et des peuples, trop occupés à s’enfoncer dans la glande et les loisirs, notamment la télé et le golf.
1978 voit aussi la sortie au cinéma de 宇宙海賊キャプテンハーロック アルカディア号の謎 (Uchū Kaizoku Captain Harlock Arcadia Go no Nazo), un nom à rallonge pour un moyen-métrage de 34 minutes. Cette version allongée d’un épisode de la série est connue en français sous le titre Albator : Le mystère de l’Atlantis… bien qu’il n’existe à ma connaissance aucune VF officielle du film.
Voir dans cette mouture d’Albator une œuvre “post-Star Wars” comme d’aucuns l’ont fait relève à mon sens de la débilité profonde. Le manga est contemporain de l’Episode IV (1977). La gestation du personnage et de son univers dure depuis belle lurette. Les apparitions de Harlock ou de ses avatars dans un cadre SF remontent déjà à un bail quand A New Hope arrive sur les écrans. Pré-Star Wars sonnerait finalement plus juste sur un plan chronologique. Faut surtout replacer les deux dans le contexte des années 70 qui voient un boom du space opera aussi bien littérature (romans, nouvelles, mangas) qu’à l’écran (films, animation).

Albator 78.

Albator 78.

A peine nanti de son propre espace, Albator poursuit ses apparitions. En 1977, Matsumoto démarre une nouvelle série de manga (encore…), Galaxy Express 999 (銀河鉄道999), dont le premier jet l’occupe jusqu’en 1981. Un second voyage verra le jour à partir de 1996. Le manga sera adapté en série TV (113 épisodes entre 1978 et 1981) dont 3 épisodes auront droit à une version longue pour la TV. S’ajoutent trois fils d’animation en 1979 (銀河鉄道999, Galaxy Express 999), 1981 (さよなら銀河鉄道999 アンドロメダ終着駅, Adieu Galaxy Express 999) et 1998 (銀河鉄道999 エターナルファンタジー, Galaxy Express 999 : Eternal Fantasy). Et enfin, en 2004, une seconde série d’animation intitulée Space Symphony Maetel (宇宙交響詩メーテル ~銀河鉄道999外伝~). C’est bien la seule partie d’Albator qui manque à ma collection, pas lu, pas vu, pas pris.
En parallèle, Matsumoto développe le personnage d’Emeraldas, alter-ego féminin d’Albator qu’il avait déjà esquissé dans un manga court. En 1978 commence la publication de Queen Emeraldas (クイーン・エメラルダス) qui deviendra une série animée vingt ans plus tard.

Emeraldas (ou "si Albator était un trans...").

Emeraldas (ou « si Albator était un trans… »).

En 1982, sort ce qu’on considère généralement comme la meilleure histoire d’Albator, LE monument. D’abord le film d’animation L’Atlantis de ma Jeunesse (わが青春のアルカディア, Waga Seishun no Arukadia), 2h10 de pur bonheur. Puis sa suite Albator 84 (わが青春のアルカディア 無限軌道SSX Waga seishun no Arcadia – Mugen kidô SSX), série d’animation en 22 épisodes, chronologiquement située avant Albator 78 (pratique pour s’y retrouver). Albator y affronte les Humanoïdes et les collabos Terriens. Il faudra attendre deux ans avant de voir cette merveille en France, d’où le titre 84 et non 82… alors que la série de 1978 n’a été diffusée qu’en 1980 mais s’appelle quand même 78. A noter que le film a été massacré en version française, découpé en 5 épisodes pour sa diffusion télé, copieusement censuré (notamment les racines allemandes d’Albator) et diffusé après la série alors qu’il se situe avant. Aucun respect, je vous dis…
La série a marché moins bien que prévu au Japon et se voit amputée de la moitié des épisodes prévus. Elle n’est pas exemptes de défauts, le premier étant sa vocation purement commerciale pour surfer sur le succès d’Albator 78. Matsumoto a un peu traîné les pieds et a surtout concentré ses efforts sur le film associé.
Cet opus reste LE truc qui m’a fait triper étant gamin, âge qui s’étend de mes 8 ans à maintenant.

Albator 84.

Albator 84.

Ensuite, Albator prend quelques vacances. Il ne réapparaîtra sur papier qu’en 1990 pour partir en quête de l’Or du Rhin dans L’Anneau des Nibelungen (ニーベルングの指環), adapté au petit écran sous le titre Harlock Saga (ハーロック・サーガ ニーベルングの指環). Depuis Albator 84, on l’avait croisé à l’écran ici et là dans Galaxy Express, Queen Emeraldas ou encore Fire Force DNA Sights 999.9 (火聖旅団 ダナサイト999.9), mais jamais dans une série rien qu’à lui. Alors, ce come-back ?
La série reste inachevée et ne reprend que le début du manga. Et je ne suis pas sûr que le manga lui-même soit terminé. La faute à une publication difficile, étirée dans le temps et passant par plusieurs médias (du magazine de voitures d’occasion au web).
Il s’agit évidemment de l’adaptation SF de l’opéra bien connu de Wagner. De la balle quand on est comme moi à la limite de l’orgasme dès les premières notes de la Chevauchée des Walkyries. Sans doute l’opus le plus prometteur de Matsumoto et aussi le plus faiblard. Matsumoto voulait par son biais régler les incohérences de son œuvre en convoquant la totalité de son univers dans un seul manga et en expliquant une fois pour toutes son histoire de boucle temporelle. Sauf que la saga reste inachevée et laisse beaucoup de questions en suspens. Qui plus est, la version animée est assez ennuyeuse avec des passages carrément confus, il faut le reconnaître.
Dommage pour une œuvre qui s’annonçait comme centrale, fondatrice et synthétique. Harlock Saga aurait devenir un Atlantis de ma Jeunesse bis s’il avait reçu l’attention requise.
A noter qu’il s’agit actuellement de la dernière apparition sur papier de Harlock dans son univers à lui. En-dehors, on peut le croiser dans le second voyage de Galaxy Express 999 et c’est tout.

Harlock Saga.

Harlock Saga.

On retrouve Harlock en 2001 dans la série d’animation Cosmowarrior Zero qui met surtout en scène le personnage de Zero, donnant au titre français des allures d’escroquerie. La Jeunesse d’Albator : Cosmowarrior Zero, mon cul ! Cela dit, la version japonaise dit peu ou prou pareil, pour une fois.
A l’origine, Cosmowarrior Zero (コスモウォーリアー零) était un jeu vidéo. Il a été adapté en une série de 13 épisodes sous le titre éponyme, auxquels se sont ajoutés deux autres, regroupés en tant que Young Harlock o Oe ! Cosmowarrior Zero Gaiden (ヤングハーロックを追え! コスモウォーリアー零外伝). Le “young Harlock” n’a rien à voir avec la soi-disant jeunesse d’Albator puisqu’il n’est pas question de sa biographie de bambin ou d’adolescent. C’est juste que l’histoire prend place avec un Albator à ses débuts, chronologiquement située avant Albator 84.
J’avoue ne pas avoir accroché des masses à cet opus. Un Albator en retrait alors que le titre l’annonçait sur le devant de la scène, déjà, ça représente beaucoup d’attente pour peu de présence. Zero a un côté tête-à-claques… tout en étant une projection d’Albator, ce qui fait un peu double emploi. Enfin, Harlock lui-même n’apparaît pas sous son meilleur jour.

Cosmowarrior Zero, le second rôle d'Albator.

Cosmowarrior Zero, le second rôle d’Albator.

Enfin (oui, enfin), Endless Odyssey (Space Pirate Captain Herlock Outside Legend – The Endless Odyssey en “japonais”) en 2002 est la dernière série en date mettant en scène notre fameux pirate.
Opus assez particulier, car il bénéficie d’un design très moderne qui fait passer les anciens graphismes pour du cartoon. Il a autant de points forts que de faiblesse. Par exemple, l’histoire à tendance à se traîner avant qu’Albator n’affronte les Noos. Son caractère ne s’est pas arrangé avec le temps, limite devenu glacial (tendance amorcée dans Cosmowarrior Zero si mes souvenirs sont exacts).

Kei Yuki.

Kei Yuki.

Et on en serait resté là s’il n’était pas sorti dernièrement un projet dont on entend parler depuis des années : Albator, le film. Space Pirate Captain Harlock vient de sortir au Japon… et fera l’objet d’une chronique à part.

Récapitulatif chronologique

(En gras, les œuvres qu’on peut considérer comme de l’Albator “pur jus”, si tant est que l’expression ait un sens, et accessibles en VF pour les billes en japonais.)

1953 : création du capitaine Kingston
1968 : 冬眠惑星 (manga)
1968 : 光速エスパー (manga)
1969 : Pilot 262 (manga)
1969 : アフリカの鉄十字 (manga)
1970 :  Dai-Kaizoku Captain Harlock (manga)
1970 : L夫人漂流記 (manga)
1971 : 悪魔博士恐怖の脳改造 (manga)
1972 : 思春期100万年 (manga)
1972-75 : Gun Frontier (manga)
1973 : 近眼人類詩集 (manga)
1973 : スタンレーの魔女 (manga)
1973 : ワダチ (manga)
1975 : The Cockpit (manga)
1975 : 機械化都市ーテクノロジラスー (manga)
1975 : キリマンジャロの鳥人 (manga)
1975 : Space Battleship Death Shadow (manga)
1975 : L’Arcadia de ma jeunesse (manga)
1975 : Emeraldas (manga)
1975 : Diver Zero (manga)
1977-79 : Capitaine Albator (manga)
1977-1981 : Galaxy Express 999 – premier voyage (manga)
1978-79 : Albator 78 (série animée, 42 épisodes)
1978 : Albator : Le mystère de l’Atlantis (moyen-métrage d’animation)
1978 : Queen Emeraldas (manga)
1978-81 : Galaxy Express 999 (série animée, 113 épisodes et 3 téléfilms d’animation)
1979 : Galaxy Express 999 (film d’animation)
1981 : Adieu Galaxy Express 999 (film d’animation)
1982 : L’Atlantis de ma Jeunesse (film d’animation)
1982 : Albator 84 (série animée, 22 épisodes)
1990 : L’Anneau des Nibelungen (manga)
1994 : The Cockpit (série animée, 3 épisodes)
1996 : Galaxy Express 999 – second voyage (manga)
1998-99 : Queen Emeraldas (série animée, 4 épisodes)
1998 : Galaxy Express 999 : Eternal Fantasy (film d’animation)
1998 : Fire Force DNA Sights 999.9 (film d’animation)
1999 : Harlock Saga, L’Anneau des Nibelungen (série animée, 6 épisodes)
2001 : Cosmowarrior Zero (série animée, 13 épisodes) + Young Harlock o Oe ! Cosmowarrior Zero Gaiden (série animée, 2 épisodes)
2002 : Gun Frontier (série animée, 13 épisodes)
2002 : Endless Odyssey (série animée, 13 épisodes)
2004 : Space Symphony Maetel (série animée, 13 épisodes)
2013 : Space Pirate Captain Harlock (film d’animation)

albator-08Fin du premier volet, la suite au prochain numéro avec les personnages, les vaisseaux, les génériques et les grands thèmes d’Albator.

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