Goldorak le grand

J’avais annoncé ici une rétrospective sur Goldorak pour fêter sa sortie en DVD dans l’Hexagone. La voici ! Comme dirait mon ami Rocco, “chose promise, chose dure”.

La Fistinière, partenaire officiel des mechas ?

La Fistinière, partenaire officiel des mechas ?

L’auteur

Goldorak est issu de la plume de Nagai Gō (永井 豪). Avec un prénom pareil, vous comprendrez que chaque itération de “Goldorak, go !” me fasse hurler de rire.
Né en 1945, Nagai a connu dans son enfance le Japon dévasté d’après-guerre, ce qui ne sera pas sans influence sur son œuvre (comme Miyazaki né à la même période). Il devient mangaka et accouche d’une production prolifique aux thèmes plus que variés… et pas toujours destinée à un jeune public. En vrac, je citerai les sagas Mazinger (dont Goldorak ne constitue qu’un pan t’es mort), Devilman (autour de la démonologie et une de ses séries les plus populaires au Japon) et Cutey Honey, ou encore Bomber X (bien connu en France pour la série animée en marionnettes), plus une tonne de titres dans les genres SF, histoire, mythologie, comédie, érotisme. Donc pas forcément à mettre entre toutes les mains.
Moult titres ont été adaptés pour le petit ou le grand écran, en séries ou en longs métrages, en animation ou en live.

La saga Mazinger

Avec l’introduction (sic) de l’érotisme dans Harenchi Gakuen en 1968, Nagai avait marqué  les esprits en accouchant de ce qu’on considère comme le premier manga érotico-comique moderne. En créant Mazinger, Nagai fonde rien moins que le genre mecha. En deux œuvres, ce type a chamboulé à lui tout seul le monde des cases et des bulles au Japon !
Des robots, on en trouve depuis belle lurette dans les mangas. Astro Boy (ou Astro, le petit robot) naît en 1952 sous la plume de Tezuka Osamu. Des robots géants, idem depuis 1956 et Tetsujin 28-gō d’Yokoyama Mitsuteru. Mais là où le géant en fer blanc d’Yokoyama était télécommandé, Nagai introduit un nouvel élément : le pilote dans la machine. Quelque part, je m’étonne que personne n’y ait pensé plus tôt, puisque ce n’est jamais qu’une version futuriste du chevalier en armure et qu’il existait deux modèles pourtant évidents dans la vraie vie : le char d’assaut et l’avion de chasse. Bref, un pilote dans un robot géant, le genre mecha est né.

Mazinger est plus ou moins une trilogie.

  • Premier volet, Mazinger Z (マジンガー Z /Majingā Z ; 1972-1973), adapté en série d’animation aussitôt (1972-1974). Aussi bien le manga que l’animation sont cultes au Japon. Le héros en est Kabuto Kōji… plus connu en France sous le nom d’Alcor. Très populaire au Japon aussi, détail qui aura son importance pour la suite.
    En bref, Kabuto Juzo, le grand-père d’Alcor a créé un super robot pour lutter contre les forces maléfiques du docteur Hell. Alcor pilote le robot et se bastonne contre d’autres robots.
  • Deuxième volet, Great Mazinger (グレートマジンガー / Gurēto Majingā ; 1947-1975 pour le manga et la série).
    Kabuto Kenzo, le père d’Alcor a, comme son père avant lui, cédé à la marotte familiale : construire des robots de 20 m de haut. Il a aussi recueilli un orphelin à qui il confie le pilotage du bestiau.
  • Troisième volet, UFO Robot Grendizer (UFOロボ グレンダイザー / UFO Robo Gurendaizā ; 1975-1976). En français, Goldorak. J’entrerai dans le détail plus loin.
  • La saga compte une suite-hommage-synthèse avec Mazinkaiser (マジンカイザー, Majinkaizā) qui se développe en 2001-2002 sous forme de manga, série et film d’animation. Mazinkaiser marque le retour d’Alcor au premier plan et a donc eu du succès.
  • S’ajoute enfin en 2009 le manga et la série Shin Mazinger Zero (真マジンガーZERO / Shin Majingā Zero), reboot de Mazinger Z comme son nom l’indique (真 = vrai, donc renvoie à la série originelle ; et Zero parce qu’on reprend tout du début).
  • A noter que cette liste est incomplète. Nagai a scénarisé et dessiné une partie, scénarisé une autre en laissant le dessin à des confrères. Certains volumes papier ou animés ne sont pas de lui du tout, poursuivant et développant l’œuvre initiale indépendamment de son créateur. Enfin, pour ce que j’en sais, à l’occasion de cross-overs ou de clins d’œils, on peut apercevoir les Mazinger ou Grendizer ici ou là.
Mazinger Z et Great Mazinger.

Mazinger Z et Great Mazinger.

UFO Robot Grendizer

(NB : Par commodité, j’emploierai les noms en VF.)
Le manga UFO Robot Grendizer sort en octobre 1975 en même temps que la série d’animation. Cette dernière, de 74 épisodes, sera diffusée jusqu’en 1977.

L’histoire générale :
La planète Euphor a été attaquée et détruite par les forces de Vega. Actarus, prince d’Euphor, parvient à s’échapper à bord de Goldorak et rejoint la Terre où il est recueilli par le professeur Procyon. Actarus se cache incognito en jouant les garçons de ferme dans le ranch de Rigel, une espèce de gnome sous cocaïne qui croit à l’existence des extraterrestres. Pas de bol, Vega le retrouve, construit une base sur la face cachée de la Lune et attaque la Terre.

L’histoire d’un épisode :
Tout baigne au ranch du Bouleau Blanc. Rigel râle. Actarus rentre du foin. Vénusia, fille de Rigel, flirte avec lui. Alcor répare sa soucoupe qui s’est fait bousiller dans l’épisode précédent.
Vega envoie un Golgoth sur Terre. Le Golgoth bricole en loucedé des trucs que le professeur Procyon finit par détecter. Puis le Golgoth sort de sa cachette, piétine une ville et affonte Goldorak. Dans le même temps, Vega envoie 12000 navettes. Alcor en descend trois avant de se faire envoyer au tapis. Goldorak pulvérise le reste et atomise le Golgoth.
Et c’est pareil chaque fois.

Goldorak fonctionne comme beaucoup de séries de l’époque, qu’elles soient live ou animées. Chaque épisode est un stand-alone sans lien ou presque avec le reste, qu’on peut voir dans n’importe quel ordre et qui obéit toujours au même schéma narratif. Résumez un épisode de L’Agence Tous Risques, McGyver, La croisière s’amuse, Mission Impossible… c’est pareil. Vous en avez vu un, vous les avez tous vus.

En plus des mangas et de la série, plusieurs films verront le jour.

  • Uchū enban daisensō (宇宙円盤大戦争) ou La guerre (ou la bataille) des soucoupes volantes (26 juillet 1975 ; 30 min) ou encore Gattaiger. Première apparition d’Actarus dans ce qu’on peut considérer comme le pilote de Goldorak (et déjà avec la BO de Kikuchi Shunsuke qu’on retrouvera par la suite).

  • UFO Robo Grendizer (5 octobre 1975-27 février 1977), série d’animation en 74 épisodes de 26 min.
  • Goldorak au cinéma (UFOロボ グレンダイザー ; UFO Robo Grendizer), sorti le 20 décembre 1975 au Japon et en 1979 en France. Montage de plusieurs épisodes de la série pour aboutir à un long-métrage d’1h30. Les sites en français abondent en erreur sur le titre : Goldorak comme au cinéma n’est pas le titre du film mais du produit dérivé, en l’occurrence un bon vieux vinyle qui raconte l’histoire du film. C’est donc comme au cinéma, l’image en moins. Ça n’aurait aucun sens de baptiser un film “comme” puisque c’en est du cinéma. Et pour autant que je sache, il ne s’agit pas d’un film made in France mais bien d’un film japonais (confusion avec l’immonde Retour de Goldorak).
  • Goldorak contre Great Mazinger (UFOロボ グレンダイザー対グレートマジンガー), sorti le 20 mars 1976 au Japon. Film d’animation de 27 min. Cross-over entre Grendizer et Great Mazinger.
  • L’Attaque du Dragosaure (グレンダイザー ゲッターロボG グレートマジンガー 決戦! 大海獣), sorti le 25 juillet 1976. Film d’animation de 30 mn. Cross-over entre Grendizer, Getter Robot G et Great Mazinger pour un affrontement décisif contre un monstre marin (c’est littéralement ce que dit le titre japonais). Donc rien moins que Pacific Rim avant l’heure.

Au Japon, Grendizer n’a pas eu un succès fou contrairement aux Mazinger. Il s’agit d’abord d’un travail de commande pour la marque Bandaï qui cherchait à commercialiser des jouets basés sur l’univers de Nagai. Et ça se voit. Le résultat a été promptement torché, en témoignent les graphismes et l’animation. J’ai beau avoir pour Goldorak une grande affection due à la nostalgie, force est de reconnaître que techniquement, bof. Animation moyenne, dessin encore plus moyen, notamment les perspectives qui défient toutes les lois de la physique ou de la simple cohérence (cf. la taille à géométrie variable de Goldorak).
S’ajoute aussi la prolifération des mechas depuis le premier Mazinger. Forcément, Nagai doit faire face à la concurrence et ne peut plus compter sur l’aspect novateur du concept initial.
Mazinger Z avait cartonné comme pas permis, Great Mazinger un peu moins. Sur l’insistance de la Tōei qui produit la série, Nagai ressort donc le héros culte Kabuto Kōji/Alcor pour renouer avec ses fans de la première heure. Mal lui en prit. Car dans Grendizer, Alcor n’a qu’un second rôle et même plus de robot. Il ne sert que de faire-valoir à Actarus, souvent comme sidekick comique. En plus, il passe son temps à se faire latter et finit nombre d’épisodes avec un bandage autour de la tête et le droit de réparer sa soucoupe pourrie. Les Japonais n’ont pas accroché à un Alcor de seconde zone, problème qui ne se posait pas en France puisque les Mazinger n’avaient jamais été diffusés.
L’échec s’explique aussi par l’origine étrangère de Goldorak. Les Mazinger étaient des constructions japonaises réalisées grâce à un métal fictif, le japanium, dont le nom à lui seul en dit long. We have the technology. Et ledit métal venait d’un météore tombé sur le très symbolique Mont Fuji. Actarus et sa machine viennent d’une autre planète et on sait à quel point les gaijin passent pour des extraterrestres aux yeux des Japonais.
A part ça, on retrouve dans Goldorak tout ce qui avait marché dans les précédents. Robot géant avec un arsenal pléthorique à commande vocale, ennemi maléfique supérieur en nombre, figure paternelle et bienveillante du professeur-scientifique-mentor-père, orphelins, personnage intersexué (Ashura dans Mazinger Z et Minos/Mina dans Goldorak), monstres mécaniques (ceux de Mazinger Z deviendront les Golgoths et Antéraks ; ceux de Great Mazinger les Monstrogoths).

Goldorak

Ah, la France, patrie des arts, patrie aussi des donneurs de leçons sur les arts (forcément), les artistes, les œuvres… Et rarement on aura vu un tel irrespect.
Y a pas un nom qui soit identique à la VO. Ok, je veux bien comprendre que les patronymes nippons ne soient pas simples pour le néophyte, mais quand même ! C’était compliqué de garder Grendizer ? Bravo Michel Gatineau, responsable des textes. Celui-là même à qui on doit aussi Albator pour Harlock… Il se serait appelé Matsudaira Takechiyo, d’accord, j’aurais vu la pertinence de choisir un nom plus simple pour des gamins. Mais Harlock… Et tous les dessins animés de l’époque ont été passés à la moulinette déliro-francophone. Un massacre… Vous n’imaginez pas à quel point j’en chie pour parler d’animés avec des Japonais !…
Petit florilège :

  • Goldorak = Grendizer
  • Actarus = Umon Daisuke et tant que prince d’Euphor = Duke Fleed (donc “le duc libéré” – la transcription correcte devrait d’ailleurs être freed, puisque son nom vient de l’anglais free… alors que là on pense plutôt à flee, s’enfuir)
  • Alcor = Kabuto Kōji
  • Professeur Procyon = Umon Genzo
  • La famille des fermiers, les Makiba, n’a juste plus de nom. Vénusia = Hikaru ; Rigel = Danbei ; Mizar = Goro
  • Phénicia = Grace Maria Fleed. C’était trop dur de l’appeler Grâce ? ou Marie ?
  • Hydargos = Burakkī taichō (grosso modo le “seigneur noir” ou commandant Blackie)
  • Minos et Mina = Gandaru shirei (Commandant Gandal) et Redi Gandaru (lady Gandal donc)
  • Vega, le Grand Stratéguerre = Kyōsei Daiō Bega (le seul à se rapprocher vaguement de l’original)

Citons aussi le film made in France. Pour surfer sur le succès de Goldorak au cinéma, un type que je soupçonne d’être un cousin germain de Godfrey Ho, le célèbre adepte du deux-en-un, décide de pondre Le Retour de Goldorak en 1980. Le montage, aussi inspiré que le titre, mélange des bouts de Goldorak contre Great Mazinger, L’Attaque du Dragosaure, Great Mazinger vs. Getter Robot et Mazinger Z vs. Devilman. Sacré fourre-tout…
Passons rapidement sur la première édition DVD sortie en 2005… sans droits de diffusion.

Il faut néanmoins reconnaître à la France un gros travail de promo, une diffusion massive et enfin une pléthore de génériques qui restent dans les mémoires de ma génération.
Le générique japonais, repris en collant des paroles françaises, donnera Accours vers nous, interprété par Enriqué. Du même Enriqué, nous avons le générique de fin Va combattre ton ennemi. Ces deux titres seront repris par les Goldies, devenant La Légende d’Actarus et Le Prince de l’espace. Goldorak le Grand reste inoubliable pour la voix si particulière de Noam (accent israélien + grippe). Lionel Leroy a interprété les génériques les moins connus Et l’aventure continue et La Justice de Goldorak. Enfin, Bernard Minet nous a gratifié du très moyen Goldorak, oui c’est son nom aux sonorités très “Musclés” et surtout du tonique Goldorak go.
A ce sujet, je souligne que lors d’un événementiel pendant une braderie de Lille dont l’année m’échappe (à l’aube des années 2000), j’ai pu assister à une prestation live de Bernard Minet, voir et entendre en vrai Bioman et Goldorak go. Et comme la “foule” en délire se composait à tout casser de 15-20 personnes, avec un pote lui aussi Goldofan, il ne fut pas difficile d’aller serrer la pince à notre idole. Et ça, ça n’a pas de prix.

Le péril jaune

Toujours est-il que Goldorak débarque en France en 1978. J’ai pris le train en marche lors des premières rediffusions puisqu’à l’époque de sa sortie, comme le siècle d’Hugo, j’avais deux ans. Très vite, il fait un carton et suscite des polémiques.
A l’époque, ça m’est passé au-dessus. J’adorais Goldorak, point. De toute façon, j’ignorais tout de ces polémiques. Et je n’en aurais rien eu à secouer, parce qu’à 4, 5 ou 6 ans, qu’est-ce qu’on en à foutre ?…

La violence dans Goldorak. Evidemment, selon les critères actuels, c’est de la blague. A l’époque… Aucune idée. Paraît que ça inquiétait “des parents”. De mémoire, tous les gamins de mon époque avaient le droit de regarder Goldorak. On n’en venait pas pour autant à se castagner comme des furieux dans la cour de récré. Enfin pas plus que la moyenne des gosses de cet âge. L’inquiétude “si mon gamin regarde des trucs violents, il deviendra violent” relève de la débilité insondable. Sans quoi, n’importe qui allant au ciné, regardant les infos ou même lisant le journal ou n’importe quel classique de la littérature (L’Iliade, par exemple), deviendrait un tueur de masse. Et aux dernières nouvelles, Goldorak n’existant pas en 1939, ni en 1914, ni pendant les guerres napoléoniennes, pas plus que la Guerre de Trente Ans.
Bon, en France, on en était encore à Bonne nuit les petits et Nicolas et Pimprenelle. Forcément, un robot géant qui se pointe pour balancer des missiles et des coups de laser, ça fait tache.
De mon temps, fin années 70-début années 80, il y avait nettement plus violent. Albator, par exemple. Donc, les schtroumps, à côté… Cela dit, comme d’hab’, on s’est focalisé sur 2-3 trucs en oubliant le reste. Tom Sawyer ? et les passages de Joe l’Indien pendant lesquels on faisait limite dans son froc. Mais non, c’est pas une série inquiétante. Rémi sans famille ? N’importe quel épisode te donne envie de te tirer une balle dans la tête. La série génératrice de dépressifs chroniques. Le seul souvenir que j’en ai, c’est les clébards qui crèvent bouffés par les loups, le singe qui crève d’une pneumonie, le vieux qui crève de froid. L’hécatombe dans la Shoah et la bonne humeur, comme dirait Heydrich. Ne parlons pas de Téléchat, OVNI flippant qui donne l’impression d’être sous LSD alors qu’on n’a rien pris de plus costaud qu’un BN arrosé de Tang.
A mon avis, l’erreur majeure réside dans la mentalité française qui consiste à se dire que parce que c’est un dessin animé, c’est forcément pour les enfants. Collez votre gamin devant Perfect Blue et dites-moi s’il y comprend quelque chose… Sauf que voilà, “enfant”, c’est vague comme concept. On ne regarde pas la même chose à 3, 6 ou 10 ans, parce qu’à cet âge on n’évolue pas très haut mais on évolue très vite. Une chose qui échappe semble-t-il aux parents. C’est con… Pourtant, il y avait de bons exemples avec Ulysse 31 ou Les Mondes Engloutis… séries françaises (franco-japonaise pour la première). Surtout dans la seconde qui joue énormément sur la symbolique. A part les conneries des pirates, un gosse n’entravera rien.
La faute aussi aux responsables des programmes qui balançaient tout en vrac en oubliant que le public de Goldorak n’est pas forcément le même que celui de Candy ou des Mystérieuses Cités d’Or… sur lesquels on pourrait abondamment gloser, notamment le très charismatique Mendoza et son éternel double jeu (qui a donc transformé tous les gamins de ma génération en parfaits félons si on suit la logique).
Jusqu’à la fin de mes jours je rigolerai en repensant à cette violence scandaleuse. Ken le Survivant, un des dessins animés les plus bourrins qu’il m’ait été donné de voir et à côté duquel Goldo passe pour un Bisounours, a suscité lui aussi moult polémiques. Si les gueulards avaient vu la VO… Mille fois pire sur papier comme à l’écran. Y a pas eu le moindre scandale à ce sujet au Japon…
Bref, y a des séries plus matures que d’autres. Ça dépend des séries. Et des gamins. Et si vous considérez toujours que dessin animé = jeunesse, tapez hentaï sur Google. Des seins animés (je m’en serais voulu de ne pas la placer).
Je crois qu’au fond, y a surtout des parents très cons, surtout quand ils se regroupent en associations. L’intelligence collective a valeur de bêtise commune et son QI n’atteint pas ma température anale. Et des pseudo-experts encore plus cons, point sur lequel je ne m’étendrai pas sous peine de devenir très très grossier.

Ah, j’oubliais petit détail de rien, mais au Japon, l’animation est perçue de façon radicalement différente. La BD et l’animation font partie des arts au même titre que la peinture ou le cinéma. Les Japonais n’ont pas le regard condescendant qu’avait la mentalité française pour des “sous-genres”. Forcément, partant du principe que l’animation, c’est de la merde, parce que pas du cinéma d’auteur, et les mangas pareils, parce que seuls les décérébrés lisent des livres avec des images… Heureusement les temps ont changé et les perceptions aussi. Grâce à Goldorak qui a ouvert la voie.

Goldorak est pourtant un modèle pour la jeunesse. L’armure et les valeurs définissent clairement Actarus comme un chevalier, LE modèle en Occident depuis l’An Mil. L’affrontement repose sur le manichéisme le plus simpliste : le Bien d’un côté, le Mal de l’autre. Les gentils, c’est bien ; les méchants, c’est pas bien. Chaque épisode a droit à une morale sur ce qui est bien. Les gentils sont de vrais boy-scouts dont le comportement et les discours sont culculs à en pleurer. Courage, honneur, amour, loyauté, amitié, respect, les petits oiseaux, la belle planète bleue, les zolies fleurs… Le genre de concepts qu’une bonne éducation parentale met normalement en avant. Goldorak l’assène à coups de fulguro-poings, c’est toujours mieux qu’une taloche sur la gueule du petit dernier qui n’a pas fini ses épinards.
“Vertu, tu n’es qu’un mot”, comme disait Caton. Et c’est bien là le “reproche” que je ferais à tous les dessins animés que j’ai vus, une morale omniprésente qui balançait des valeurs à la pelle en pleine gueule du jeune téléspectateur. Un bain vertueux qui a fabriqué des cohortes d’idéalistes. Jusqu’au jour où on découvre que le monde fonctionne sur des principes “légèrement” différents et là, ça pique. Mais on s’en remet. Et peut-on vraiment reprocher un message positif vu le public visé ?…
Tout bourrins qu’aient pu être les dessins animés de ma jeunesse (Goldorak, Albator, même le très peu orthodoxe Cobra…), sur le fond, ils étaient moraux. Et pour beaucoup d’entre eux intelligents (Capitaine Flam, Les Mondes Engloutis, Ulysse 31, Il était une fois l’Homme, sans oublier les fameux reportages des Mystérieuses Cités d’Or). Aujourd’hui, Bob l’Eponge fera de vos gosses de parfaits mollusques.

Les vrais défauts de Goldorak ? Pas français, pas occidental. Et puis c’était nouveau.
On glose beaucoup sur le traditionnalisme nippon et leur frilosité par rapport à la nouveauté. Que dire de la mode actuelle des reboots, suites, remakes et exploitation à outrance de franchises et de thèmes bien balisés pour ne pas perdre le spectateur ? On est à peine conditionné à n’apprécier que ce qu’on aime déjà… Et surtout que dire de cette éternelle habitude des Français (moi le premier) de râler dès qu’on bouscule leurs petites habitudes ?
Que répondre si ce n’est que les Japoniais vous emmerdent. En moi avec.

M’enfin, je me suis toujours demandé si les critiques avaient vu ne serait-ce qu’UN épisode de la série. En le voyant comme un gamin, pas seulement comme un adulte. En fait, en s’attaquant à l’intégrale, films et mangas compris, histoire de parler en connaissance de cause sans généraliser à partir d’une scène ou d’un seul épisode. Enfin, je me pose la question de la compréhension de l’œuvre, de sa place et de son contexte. Parce qu’il y a un auteur, il y a des thèmes, il y a une culture, un pays et un public d’origine.

vide-ordures

Tout gamin, j’ai essayé une fois de sauter dans le vide-ordures chez mes grands-parents pour faire comme Actarus.

De la thématique goldorakienne

Comme d’autres artistes marqués par la guerre ou l’après-guerre, Nagai condamne la guerre. Dans Goldorak, pas le choix, la Terre est attaquée. La violence se justifie donc (ouaip, dit comme ça…) en réponse à une agression, dans un but de préservation, et se définit par un caractère à la fois ciblé (Goldorak ne se bat que contre Vega, pas contre des pays voisins du Japon) et limité (hors affrontements contre Vega, Goldorak reste au placard et Actarus n’est qu’un humble garçon d’écurie). Il n’est donc pas question de violence gratuite ou aveugle. Le Mal est clairement identifié. Et comme la Deuxième Guerre mondiale l’a démontré avec le nazisme (à mettre en parallèle avec la Division Ruine de Vega qui rappelle les SS de la Totenkopf au nom aussi explicite), il y a des fois où le seul moyen d’arrêter le Mal consiste à lui bastonner la gueule de toutes ses forces.
Contrairement à des interprétations que j’ai pu lire, Goldorak n’a rien d’une œuvre anti-américaine qui renverrait à l’invasion du pays en 1945. D’abord parce que techniquement, les Américains n’ont pas envahi le Japon. Ils l’ont occupé, nuance. Ensuite, parce qu’à l’époque où Nagai planche sur les Mazinger & Cie, les relations entre le Japon et les USA baignent dans l’huile. Les Américains ont vite capté que ce serait le seul pays du coin capable de faire barrage au communisme. Dès la guerre de Corée, les bases au Japon se révèlent indispensables, d’où une attitude assouplie envers l’ennemi d’hier. Et puis le Japon a signé moult pactes avec le Diable yankee. Dont un qui fait des Etats-Unis un des garants de sa défense militaire. On ne crache pas dans la soupe miso.
Suffit de voir le contexte pro-ricain : l’histoire ne se passe pas dans une ferme traditionnelle où Actarus ferait pousser du riz mais un ranch où tout le monde s’habille en cow-boy. Et surtout, contrairement à ses prédécesseurs, là où les Mazinger étaient des fruits de la technologie nippone, Goldorak a été fabriqué sur Euphor. Comme une espèce de grand frère étranger (et la relation Actarus-Alcor présente la même caractéristique) en garnison sur place pour assurer la sécurité.
Bien que la peste rouge s’étende dans la région (Chine, Indochine, Corée, Viêt Nam) quand paraît le premier Mazinger, je doute qu’il faille y voir davantage une œuvre anticommuniste. Rien en tout cas dans Goldorak ne penche dans ce sens.
Surtout que, justement, il est clairement fait référence au Dr Hell, grand méchant qui apparaît Mazinger Z, comme à un Allemand. C’est bien d’un Boche mégalo qui veut conquérir le monde dont il est question. Ça me rappelle quelqu’un… Sauf que cette fois, le Japon sera dans le bon camp. Il est là, le sens des Mazinger et consorts.

Après oui, Goldorak fait écho à la Deuxième Guerre mondiale. A travers les villes ravagées par Vega, Nagai exprime le Japon mutilé qu’il a connu dans son enfance, c’est une lapalissade. Suffit de voir les plans dessins fixes en insert dans les épisodes où Actarus se rappelle la destruction d’Euphor. En résulte un message qui est le refus du militarisme. On voit très peu de soldats côté japonais dans toute la série alors que chez Vega, tout le monde semble l’être.
Les scènes de destruction de villes par un Golgoth, Anterak ou Monstrogoth enragé renvoient évidemment à Godzilla. Pour les Japonais, Godzilla, issu d’une mutation, c’est le traumatisme de l’atome dont ils eu le douteux privilège de goûter les effets. Le thème apparaît dans Goldorak via la blessure d’Actarus. On retrouve une idée similaire de rapport ambivalent à la science, l’habituelle tarte à la crème des applications scientifiques bénéfiques ou néfastes selon l’usage qui en est fait.
Or, la science passionne le Japon, notamment la science occidentale depuis l’ère Meiji (un exemple parmi tant d’autres pris dans un sujet qui me passionne : la marine de guerre). Ce n’est pas pour rien si le Japon a la réputation d’un pays high tech où la technologie est reine et la recherche de pointe très poussée. Sauf que voilà, la science et ses applications, si elles ont amené le Japon dans l’ère moderne, sont perçues au sortir de la guerre comme : science + techniques = armes ; armes + militarisme = guerre ; guerre = défaite de 1945. Ou encore science = bombe A = bobo. D’où Godzilla. Mais peu après, une fois le Japon remis physiquement de sa défaite et en passe de devenir une des premières puissances mondiales grâce, justement, à l’exportation massive de gadgets électroniques, on assiste à une glorification de la technologie. Normal puisque cette dernière fournit à la société japonaise confort, richesse, emplois…
Ici, la science de Vega attaque celle du Japon. La première froide, implacable, destructrice. Seule la science terrienne reste profondément humaine grâce au pilote de son robot (qui est techniquement un extraterrestre, mais passons). Ce qu’on retrouve d’ailleurs dans Pacific Rim et son binôme humains/robots vs. bestialité pure des kaiju.
Ici le scientifique est un homme de bien. Procyon recueille Actarus puis sa soeur Phénicia. Il fait figure de mentor, archétype du vieux sage plein de savoir et de valeurs saines. Même Horos, l’officier scientifique de Vega et le dernier des fumiers, trouvera le moyen de pleurer à la mort de son fils.

Ces quelques éléments d’analyse, loin d’épuiser le sujet, montrent que Goldorak et l’ensemble de la saga auquel il se rattache ont beaucoup de choses à raconter. Au-delà de l’affrontement simpliste mis en scène et au-delà des polémiques stériles de l’époque.

Reste deux questions en suspens : les armes et le fauteuil.

  • Nombreuses sont les armes de Goldorak, moult sites les recensent, je ne citerai donc pas tout ici. Quel gamin n’a jamais beuglé fulguro-poing, astéro-hache, cornofulgure ou rétrolaser ? Je le fais encore.
    D’aucuns se sont demandé pourquoi Actarus beuglait le nom de ses armes ou d’autres commandes (métaaaamorphose). Parce que Mazinger est japonais. Et c’est une tradition de crier quand on porte un coup dans les arts martiaux, notamment en kendō (sauf qu’on ne braille pas le nom de l’arme – on n’en a qu’une – mais de la partie qu’on frappe).
  • Actarus fait toujours deux demi-tours quand il descend de sa soucoupe jusque dans la tête de Goldorak. Mais pourquoi ? La question a fait couler beaucoup d’encre virtuelle sur le web. Nagai aurait répondu qu’Actarus est prudent. Euh ??? Il vérifierait derrière lui qu’il n’y a pas d’ennemis, c’est ça ? S’il y en avait, il les aurait croisés en descendant. A moins qu’un type de Vega se soit introduit à la vitesse de la lumière par la vitre de la soucoupe – ce qui n’est jamais arrivé – avant de se glisser à sa suite, auquel cas admettons. Et il ferait quoi Actarus à part constater qu’un adversaire lui fait face ? Il n’a pas de flingue même pas un cure-dent.
    Non, non, c’est juste que ça fait cool, que la scène meuble comme tout bon artifice qui permet de grappiller du temps de métrage et que le stock-shot peut resservir d’un épisode à l’autre (comme la course à pied puis en scooter avant la métamorphose ou le trajet pour sortir par telle ou telle route).

Alors Goldorak, c’est vieux, c’est kitsch, c’est pas forcément bien ficelé, mais c’est bon comme une madeleine proustienne ! Et je rêve de voir ce projet délirant voir le jour !

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