Films en vrac (9)

Au menu aujourd’hui, rien que du pas terrible, du décevant, de l’indigeste avec Frankenstein’s Army, Riddick et Kill List.

Frankenstein’s Army (2013)
Je le sentais bien parti pour faire l’objet d’une chronique à part entière. Les visuels avaient l’air alléchants, le résumé promettait du lourd. Autant un bon film potentiel qu’un éventuel gros nanar… Et je me suis fait avoir. Connement, puisque la règle n°1 martèle de ne jamais se fier au texte ni aux images des jaquettes.
L’histoire met en scène un groupe d’éclaireurs de l’Armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils vont se retrouver aux prises avec les créations d’un savant fou nazi cinglé (c’est-à-dire un type cintré au dernier degré, même selon les critères nazis plutôt indulgents sur la question).
J’ai tout de suite pensé à La Brèche, roman uchronique de Christophe Lambert (pas l’acteur, c’est juste un homonyme). Le contexte du second conflit mondial, le groupe suivi par un reporter de guerre, les armes secrètes nazies. Mais en fait non.
Frankenstein’s Army ne manque pas d’idées. Pour une fois, la mise en place s’avère plutôt bien foutue en dispatchant des éléments ici et là avec plus de subtilité que la moyenne du genre. Mettre en scène des cyborgs nazis quelque part entre la créature de Frankenstein et Terminator change des habituels zombies nazis. Le design des créatures présente une variété louable et des résultats bien barrés. L’ambiance générale n’est pas sans rappeler certains aspects du binôme Caro-Jeunet à leur grande époque, avec quelques touches de Giger, Clive Barker (Hellraiser), un soupçon de Wolfenstein et évidemment Mary Shelley. Richard Raaphorst ne manque pas de sens esthétique ni de références… même si, à mon avis, il a encore besoin de s’affranchir de ses modèles pour accoucher de son univers à lui plutôt que d’un patchwork d’emprunts.

Un type rivé à son canon. Clin d'oeil à Alien ?

Un type rivé à son canon. Clin d’oeil à Alien ?

Mais…
Le film se présente comme un énième found footage (plus exactement un footage brought back to ze Mère-Patrie comme on dit en bon anglais). Je déteste les found footages.
D’une, le côté “histoire authentique” tombe à plat. C’est de la fiction, on le sait, chercher à convaincre du contraire relève de la mission impossible. Voire du “footage de gueule”, la démarche consistant à mon sens à prendre le spectateur pour un crétin crédule. J’entends bien que les nazis restent l’objet de fantasmes quant à leurs armes secrètes, bases cachées, soucoupes volantes, recherches mystico-ésotérico-occultes, expériences interdites und so weiter. Avec eux, on n’est jamais au bout de nos surprises ni de l’horreur, laissant une large latitude pour imaginer les choses les plus délirantes (cf. Nazis at the Center of the Earth). Sauf que voilà, depuis 70 ans que le sujet est étudié par les historiens, la question est réglée. Ce qui n’empêche pas en soi les scénaristes de se lâcher, après tout c’est un des buts du cinéma, juste de se cantonner à la fiction évidente, pas au pseudo-événement réel mais passé sous silence par une poignée de lettres de l’alphabet (CIA, FBI, KGB, FSB, SVR…). En un mot comme en cent : les found footages, on n’y croit pas une seconde. On y croit d’autant moins que le procédé est éculé jusqu’au trognon.
De deux, les found footages brûlent les yeux. 99 fois sur 100, ils sont aussi lisibles qu’un film d’amateur tourné avec le caméscope familial. Une qualité inférieure à Vidéo Gag, c’est dire… Filmé par un cameraman parkinsonien bourré monté sur un trampoline pendant un tremblement de terre. Pour moi, le procédé relève de l’astuce à deux balles : je ne sais pas filmer, donc je me rabats sur le piètre camouflage du faux amateurisme. Résultat : on y voit que dalle.
L’idée de départ n’était pourtant pas mauvaise avec le personnage du reporter de guerre. Idem le parti pris esthétique de donner à l’image un grain d’époque (mais incohérent avec une prise son parfaite). Sauf que voilà, si on retire les cadrages merdiques, les innombrables plans sur des murs, du carrelage ou des pieds, la moitié du film saute. L’autre moitié valse tellement dans tous les sens qu’on profite à peine des créatures mises en scène alors que des bestiaux pareils méritaient qu’on les voit bien.
Et de trois, Frankenstein’s Army se tire juste une balle dans le pied. Le film ne repose ni sur ses personnages (pas développés), ni sur ses dialogues (limités au minimum), ni sur son casting (moyen), ni sur son scénar (vide), mais entièrement sur son esthétique morbide. Donc opter pour le format le moins lisible… Moins qu’une balle, c’est carrément une poignée de grenades dégoupillées qu’il se lâche sur les arpions.

Laissez-moi deviner... Star Wars ?

Laissez-moi deviner… Star Wars ?

L’objet même du film demeure difficile à deviner. Le survival horror tourne court. Idem la confrontation entre la poignée de soldats déterminés et la horde de créatures monstrueuses sur le mode Aliens. Reste le bon docteur Frankenstein, dont la figure est mal exploitée et plombée par un acteur cabotin. Son prestigieux aïeul ? A peine mentionné. Ses motivations ? Pas claires : il est censé fabriquer des super-soldats cyborgs… qui restent cantonnés dans un village paumé. Perso, je les aurais envoyés au front, c’est un peu le boulot des soldats. Bref, le dernier tiers du film centré autour de sa personne reste lacunaire et, il faut bien le dire, aussi bavard qu’ennuyeux.
Bilan : le film se résume à une visite mal filmée du musée des horreurs.

(Cette mini-chronique existe aussi en version extended remasterisée ici.)

Riddick (2013)
Tout ça pour ça.
Des années qu’on attendait une suite pour pondre une resucée du premier opus en moins bien. C’est pourtant pas le temps qui a manqué pour accoucher d’un scénar en béton, Les Chroniques de Riddick remontent à 2004. Mais non. Pomper/coller. Sentant le coup venir, je n’avais aucune attente particulière, donc pas de réelle déception. Une chance. A choisir, mieux vaut remater Pitch Black.
N’ayant rien d’intéressant à raconter sur le sujet puisqu’un autre l’a très bien fait, je vous renvoie au Fossoyeur de Films (avant / après – d’entrée, son expression dans la 2e vidéo annonce la couleur mais ne vous dispense pas de regarder la suite).

Kill List (2011)
Oh, la grosse bouse…
Soi-disant un film d’horreur. Ah ?… Il est question d’un duo de tueurs à gages qui doivent tuer des gens. Au moins, une once de logique. Qui sont ces gens ? Aucune idée. Pourquoi les tuer ? Mystère. il est plus ou moins question d’une société secrète sur laquelle on ne saura rien. On termine le film en sachant autant de choses qu’au début, àa savoir aucune. Ah si, une certitude : on s’est fait chier. Un rythme d’une lenteur infinie qui tourne à l’ennui profond. Entre le manque de réponses et la confusion générale de l’intrigue, on finirait par décrocher complètement et s’endormir si la bande-son insupportable ne venait vriller les tympans.
J’ai quand même fini par comprendre comment interpréter le film, ce qui n’a pas été une mince affaire. Oubliez ce qui tourne autour des contrats et des messages cachés, c’est de la poudre aux yeux. Idem la société secrète ésotérique, espèce de club druidique quelque part entre le KKK et une bande de naturistes. Ecran de fumée aussi.
Le film se focalise sur trois personnages : le mari, sa femme, son meilleur ami. Le mari va tuer son meilleur ami et, à la toute fin, sa femme. Dès qu’on élimine les scories complotico-ésotériques, il ne reste que les scènes lourdingues de la vie du couple. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un de ces pensums domestiques. Longue et ennuyeuse, on peut la résumer en disant que a) le mari souffre d’un TSPT suite à son ex-boulot de soldat et b) ses relations maritales sont tendues comme un string taille 36 porté par Carlos. Plusieurs scènes de ce genre reviennent, autant de digressions plus chiantes que du cinéma d’auteur français. Bref, le mari est complètement parano, son couple l’étouffe et il finit par péter les plombs. Il tuera donc son meilleur ami qu’il soupçonne de coucher avec sa femme. Puis sa femme qui qui passe son temps à lui péter les couilles. La pseudo-histoire autour relève du délire au sens clinique, c’est la seule explication plausible, notamment en regard de la scène finale qui rappelle un mauvais trip sous LSD. Une simple histoire de crise psychotique avec son cortège de délires parano et hallucinatoires.
Moche, bruyant, chiant, abscons. Mais… mais qu’est-ce que c’est que cette matière ?… C’est kloug !?! Non, c’est de la merde.

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