Films en vrac (3)

Des films, encore… (Opus précédent ici.)
Au menu : Jason et les Argonautes, French Connection, Severance, Dead Shadows, Grabbers et Assaut.

Jason et les Argonautes (1963)
Excellent péplum mythologique, un des meilleurs avec Le Choc des Titans (celui de 1981, pas la bouse sortie en 2010). Les deux sont des bijoux d’animation image par image, du temps où il fallait du talent et pas juste un bon ordi. La scène des squelettes dans Jason affiche 50 ans au compteur et n’a quasiment pas pris une ride. On a vu pire avec moyens beaucoup plus modernes…

French Connection (1971)
Relative déception… Pas que le film soit mauvais, loin de là. Les acteurs, Gene Hackman en tête, rien à redire. Le scénar, pour l’époque, n’était pas le millionième polar sur fond de trafic de drogue. Et les scènes les plus connues – poursuite infernale dans New-York et cache-cache dans le métro – restent d’anthologie.
Donc techniquement, très bien. Sauf que les codes narratifs ont changé depuis et que le film a pris un méchant coup de vieux. Notamment les scènes de filature qui deviennent assez vite chiantes par leur longueur et leur répétition. Ce qui donne aujourd’hui l’impression d’un rythme en dents de scie et de scènes pas franchement utiles une fois compris le principe que le boulot de flic, c’est beaucoup de surveillance et de filatures.

Severance (2006)
Sympathique mais décevant par rapport à ce que j’en avais entendu dire et donc ce que j’en attendais.
De comédie horrifique, point. Ok, la première partie lorgne vers la comédie noire et l’ensemble abonde en traits d’humour (bien trouvés, d’ailleurs). Severance reste avant tout un film d’horreur “avec quelques trucs marrants dedans”, pas une parodie ou une foire à la déconne comme Shaun of the Dead.
La partie gore, là, c’est du slasher classique : un groupe de gens perdus dans les bois qui se font dégommer un à un par des tueurs sadiques. Rien de nouveau sous le soleil. Evidemment, chacun va mourir d’une façon différente de son voisin. Normal, puisque chaque personnage est absolument différent de son voisin. Traits communs ? Zéro. Comme d’hab’, que des archétypes (la bombe, le connard, le rebelle, le junkie, le fayot, le geek, la coincée).
Donc là-dessus, ceux qui ont parlé à son propos de satire sociale, hum, je me gausse. D’accord, le groupe s’embarque à la base dans une caricature de ces week-ends d’entreprise et séminaires à la con où on “forge un esprit d’équipe”. Mais bon, à part se moquer gentiment de ce trait du secteur privé…
Je ne sais pas trop ce qui coince… Les longueurs, peut-être. Ou la première partie qui s’étire et s’étire et s’étire avant qu’enfin le massacre commence. C’est peut-être moi qui suis habitué, qui ai trop vu de films du genre. Je peux me passer de l’exposition et je ne vois pas trop l’intérêt de planter un décor dans un genre où il est connu d’avance. Dans le cas où il faudrait présenter du neuf en termes de décor, situation, personnages, je dis pas, mais là, non. L’éternel groupe de caricatures paumé dans la traditionnelle forêt… et on sait d’avance que ça va partir en vrille.
Amis scénaristes, amis réalisateurs, le slasher n’en est plus à ses débuts. On connaît tous un minimum les codes du genre. Il n’y a donc aujourd’hui AUCUN intérêt à passer la moitié du film à présenter ce qu’on sait déjà. Réduisez vos films de moitié, tournez des courts métrages gores, on aura moins l’impression de se faire chier (c’est moins une impression qu’une réalité) devant un remplissage honteusement bateau pour tenir une heure trente.

Dead Shadows (2012)
Comme son nom ne l’indique pas, le film est français. Pourquoi un titre en anglais ?… Pour l’export ? Y a pas de gens à l’étranger pour traduire les titres français dans leur langue ?… Enfin, tant mieux si on l’exporte, on n’en veut pas chez nous…
Film d’horreur français (d’inspiration clairement lovecraftienne, je pense surtout à La Couleur Tombée du Ciel)… Bon, l’ayant vu, “horreur française” suffirait.
Le film est court (1h14), heureusement, et paradoxalement long. Parce que chiant pendant les 40 premières minutes où il ne se passe rien. A part poser des jalons, la narration n’avance pas. Comme lesdits jalons ne seront ni expliqués ni utilisés par la suite, on cherche encore l’intérêt de tourner en rond pendant 3/4 d’heure. Un enchaînement de scènes décousues qui ne posent pas vraiment d’ambiance et encore moins de suspens. On a vu assez de films d’attaques/mutations extraterrestres pour connaître la chanson et se passer de l’exposition (ou alors on la bichonne, son entrée en matière). Pour en arriver là, un court-métrage aurait fait l’affaire plutôt qu’un long rempli de néant.
Ô miracle, les incohérences ne sont pas nombreuses. Par contre, elles sont de taille. La pérode de la comète de Halley qui tombe de 76 à 11 ans ?!? Y avait peut-être un moyen de choisir une autre comète ou un autre vecteur. Quant au héros qui passe de geek mort de trouille dans la noir à dieu de la tatanne à coups de battes de base-ball… Enfin, peur du noir, c’est lui qui le dit. Le mec chie dans son froc quand il n’y a pas beaucoup de lumière, mais dans l’obscurité totale, ça va nickel.
L’interprétation fleure bon l’amateurisme. Les efforts de diction et d’articulation sont perceptibles. Même dans les bouche des acteurs de porno – quand elle n’est pas pleine ou occupée ailleurs –, le phrasé coule (sic) de façon autrement plus fluide (sic).
L’ensemble, fauché, pue la pauvreté. Les effets numériques s’en ressentent parfois, mais ce sont eux qui s’en sortent le mieux finalement – surtout comparé au reste – et certains sont même pas mal foutus.
M’est avis que le réalisateur a peut-être été un petit peu (beaucoup trop) ambitieux par rapport à son budget. Et quand bien même il aurait eu la tune, le film se serait retrouvé torpillé par son scénar qui aligne des idées de base certes pas originales mais exploitables, avant d’en faire rien ou n’importe quoi.
(Bonus : la théoriela pratique)

Grabbers (2012)
L’inverse du précédent à partir de la même base ou presque. Ici un météore s’écrase en mer et des créatures tentaculaires attaquent les habitants d’un village irlandais. On ignore si ces monstres, tout droit sortis de L’Appel de Cthulhu, ont muté à cause de la météorite, sont arrivés à son bord ou, plus vraisemblablement, ont été réveillés par sa chute (hypothèse qui cadrerait avec le fameux “Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn”). En tout cas, les bestioles lovecraftiennes sont à l’honneur ces temps-ci.
A la suite des Shaun of the dead, Dead and Breakfast, Cockneys vs zombies, et cetera et cetera, Grabbers entre dans la catégorie de ces comédies d’horreur anglaises britanniques anglo-saxonnes qui pullulent outre-Manche (ben oui, le film est essentiellement irlandais, donc les adjectifs propres à la perfide Albion ne s’appliquent pas). Sans forcément voler très haut – la meilleure défense consiste à se bourrer la gueule – mais sans avoir la prétention de le faire, Grabbers mêle joyeusement monstres, alcool, humour, action et paysages qui-n’en-jettent typiquement irlandais.

Un canif, une chaise et un journal roulé : l'arsenal de pointe pour sauver le monde.

Un canif, une chaise et un journal roulé : l’arsenal de pointe pour sauver le monde.

Assaut (1976)
Là encore, l’inverse de Dead Shadows. Ou comment réussir un excellent métrage avec UNE idée, trois bouts de ficelle et deux crottes de nez pour coller l’ensemble. Evidemment, John Carpenter possède quelque chose que tout le monde n’a pas : le talent.
Assaut ne fut jamais que son premier film – ou le deuxième après Dark Star qui, à la base, est son projet de fin d’études – et aujourd’hui, il est culte.
A l’origine, Carpenter voulait tourner un western, projet abandonné faute d’un budget suffisant. Ayant de la suite dans les idées, l’ami Johnny décide d’adapter Rio Bravo à sa sauce. Je conseille d’ailleurs de revoir ce classique d’Howard Hawks avant de mater Assaut, histoire de capter les inspirations, références et clins d’œil. Contrairement à Tarantino qui n’a pas la moitié du talent qu’on lui prête (et pas le dixième du génie dont il se vante), Carpenter sait utiliser ses sources intelligemment et ne se contente pas de les reclaquer bout à bout. Pas de palimpseste tape-à-l’œil pour étaler sa culture cinématographique, pas de tirades grandiloquentes, pompeuses… et aussi creuses que la caboche de Paris Hilton.
Le petit détail qui tue, c’est le cas de le dire. Dans un cinéma américain qui répugne à tuer des enfants et se contente quand il ne peut faire autrement de les buter hors champ ou de suggérer le crime avec une petite main potelée qui dépasse du cadre ou d’un pudique drap blanc, (respirez) Carpenter nous offre royalement l’assassinat d’une gamine dans sa brutalité la plus crue. Et sans en faire des caisses ou jouer la facilité du pathos et des violons.

Tu voulais une glace ? T'auras une praline, sale gosse !

Tu voulais une glace ? T’auras une praline, sale gosse !

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