Films en vrac (13)

Aujourd’hui, attention, éclectisme à tous les étages : Runaway l’Evadé du Futur, Evasion, « Art » et Conjuring. Ça ne s’appelle pas “Films en vrac” pour rien !

Runaway l’Evadé du Futur (1984)
Entre navet et nanar, réalisé et scénarisé par Michael “Dents de scie” Crichton, capable du meilleur comme du pire.
L’histoire est à chier, pleine de… rien, en fait. L’intrigue tient en trois lignes, un comble pour un romancier ! Bilan, rythme mou du genou que quelques scènes d’action pataudes ne parviennent pas à animer. Le casting “joue” en roue libre, pas crédible (la fliquette), cabotin (le méchant), monolithique (Tom Selleck). Les dialogues nases n’aident pas, plombés en plus par une VF foireuse. Rien que le titre qui sent bon le voyage dans le temps… escroquerie ! Je n’ai vu aucun évadé qui viendrait du futur. J’avoue, le regarder en 2013 permet tout de même un sacré saut dans le temps tellement ce film a vieilli. Il sent bon les années 80, les coupes de cheveux improbables, la haute technologie mi-Meccano mi-Tupperware…
Une bouse. Si on vous propose de la voir : run away ! (Je m’en serais voulu de ne pas la placer.)

Evasion (2013)
La rencontre tant attendue des deux poids lourds ! Arnie et Sly face à face !
Et c’est pas génial.
Dire qu’on attendait cette rencontre au sommet depuis 30 ans ! Oui, bon, il y a eu Expendables… où ils y partagent la vedette avec pléthore de leurs collègues. Ce n’est plus une tête d’affiche mais une hydre !
Evasion aurait envoyé du lourd en 1985 avec les deux acteurs au mieux de leur forme, le joyeux esprit des eighties en bonus. En 2013… les papys font de la résistance… les scénaristes sont partis en vacances avec les dialoguistes. L’histoire abonde en ficelles grosses comme des câbles, en situations prévisibles, en personnages unidimensionnels qui le portent sur la gueule. Par exemple, je peux vous annoncer qu’il y a un traître sans rien spoiler. Le mec a tellement une tête de faux cul qu’on sent le coup venir dès qu’il apparaît à l’écran. Et que dire du twist final qu’on devine dès le début ?… Côté lacunes, le film manque d’action, de punch, de phrases qui tuent, de second degré…
Ni fait ni à faire. Ou plutôt si, c’est fait. Et il aurait fallu le faire y a 20 ans ou alors beaucoup mieux.
Après, bon, Evasion se laisse regarder gentiment. On a vu pire. Quelques trucs sympas ici et là, entre autres le dessin de Schwarzie, probable clin d’œil à Rambo III et ses missiles Stinger bien cachés. C’est con mais je me suis bidonné.
Possible que le film passe mieux auprès de plus jeunes générations. Mais quand on a connu comme moi Verdun l’âge d’or des deux stars, on est très loin du compte. Je suis déception.

« Art » (1994)
Du théâtre pour une fois, un genre que j’aborde rarement. Comment voulez-vous caser dans un emploi du temps et un budget une sortie au théâtre quand le plus proche dans ma langue se situe à 10000 bornes dans un sens (France) comme dans l’autre (Québec) ?

Ça ne s'invente pas !

Ça ne s’invente pas !

Heureusement, il y a la magie d’Internet, notamment Youtube (qui gueule à propos de la “chasse aux droits” en pourrissant de pauvres podcasters mais qui laisse fleurir des contenus autrement plus délictueux, n’est-ce pas ?). Pas d’autre choix que de se rabattre sur le streaming, puisqu’il n’existe à ma connaissance aucun DVD de la pièce sur le marché suite à un refus de l’auteur, Yasmina Reza. Il me semble même que la pièce soit toujours interdite aux troupes amateurs. Comme quoi, on peut avoir une bonne plume et des idées débiles. Ecrire une pièce pour qu’elle ne soit pas ni jouée ni diffusée, solution simple : ne pas écrire.
Maintenant que je me suis fait plein d’amis, parlons de la pièce.
Le casting : Pierre Arditi, Fabrice Luchini, Pierre Vaneck. Trois pointures pareilles, qu’est-ce que tu veux ajouter derrière ?… Le texte, ben mes aïeux, voilà un bail que je n’en avais pas entendu un qui sonne aussi juste ! Drôle souvent, amer parfois, percutant toujours. Il est question d’art, on s’en doute, et surtout de relations. Au-delà de cette histoire de tableau blanc à la con, sur quoi repose encore l’amitié entre les protagonistes après quinze ans ? Là est la question, comme disait l’autre.
La fin m’a rappelé Céline, en plus optimiste – ce qui n’est pas bien difficile quand on connaît le bonhomme et l’œuvre – quoique douce-amère. Tout ne tient que par la force du mensonge, parce que la vérité de ce monde…
“C’est l’âge aussi qui vient peut-être, le traître, et nous menace du pire. On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je vous le demande, dès qu’on a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir mourir ou mentir.” (Voyage au Bout de la Nuit)
Je préfère Céline quand même. 😀 (Très littéraire, le smiley, grande classe…)

Conjuring : Les Dossiers Warren (2013)
Un film de James Wan…

On a dit James Wan, pas Obi Wan.

On a dit James Wan, pas Obi Wan.

Si j’en juge par les réactions de ma chère et tendre, The Conjuring devait être un bon film d’horreur. Complètement tétanisée, cramponnée à mon bras au point que j’en porte encore les stigmates.
Moi ?… euh… Les mauvaises langues (aka psychiatres) me dépeignent comme l’incarnation terrestre de Dexter Morgan, incapable d’émotion ou de sentiment. Donc la peur… En vérité, j’ai été élevé par le Bene Gesserit… et le premier qui me sort la litanie entendue 254692 fois risque de passer un sale quart d’heure !
La vérité, la vraie – une de plus, disons –, j’ai vu trop de films d’horreur. Avec le porno, il s’agit du genre le plus représenté dans ma filmothèque. Au gré des ans, j’ai balayé le genre en long, en large et en travers, le pire comme le meilleur, toutes les catégories, sous-genres, sous-sous-catégories… Difficile après ça d’être surpris, effrayé, émerveillé, scotché, ce que vous voulez. Et c’est chiant. Ah, pouvoir tout effacer et recommencer, redécouvrir le cinéma… vivement Alzheimer !
De toute façon, comment voulez-vous qu’un film me foute les jetons quand Salò ou les 120 Journées de Sodome me laisse de marbre ? D’accord, ce n’est pas un film d’horreur, mais quand vous l’aurez vu, on en reparlera.
(Faudra décidément que je rebaptise cette rubrique “Films et digressions en vrac”…)
Donc The Conjuring.
En français, il devient Conjuring : Les Dossiers Warren en référence au “célèbre” couple Warren… inconnu en France. Voilà une précision inutile, bravo au distributeur qui a eu cette idée à la con. Mais on s’en fout, de toute façon, on l’a vu sous le titre 死霊館 (Shiryōkan) qui a le mérite d’annoncer clairement la couleur. Traduction la plus basique possible : “maison hantée”. Ils se sont foulés…
Le film est inspiré d’une histoire vraie… Mais attendez… Y a pas un truc qui cloche ? Film d’horreur, fantôme, démon, histoire vraie… cherchez l’intrus. Perso, la dernière fois que j’ai été possédé au point d’entendre des voix et de voir des gens qui sont morts couleurs hors du prisme, l’explication rationnelle résidait dans l’abus de CH3-CH2-OH. Autrement dit, j’étais bituré au dernier degré et il s’agissait moins de silhouettes éthérées qu’éthyliques. Garanti 100% vécu authentique pour de vrai !… Un point véridique tout de même, les époux Warren existent vraiment, du moins madame, vu que monsieur a cassé sa pipe. D’authentiques frappadingues. Avis qui n’engage que moi, mais si un type se pointe à ma porte en se présentant comme démonologue accompagné de sa femme médium… sans déconner, quoi ?!? Bougez pas, les duettistes, je vais chercher a) un fusil ; b) une camisole ; c) Décrocher du LSD pour les Nuls. Je vous jure, Ghostbusters aussi c’est une histoire vraie !
Bref, ça partait mal… Je ne voulais pas le voir, ce film, mais alors du tout. Yumiko a insisté. Comme je suis un époux faible et lâche bon et attentionné, à court de copies à corriger et de prétextes fallacieux, j’ai sagement posé mon séant sur le canapé. Avec consigne de fermer mon clapet pour le reste de la soirée. J’avoue, j’avais peut-être eu une parole malheureuse pendant que la miss déballait son Blu-ray. Je me cite :
“Laisse-moi deviner… Trois cons de gamins sont descendus dans la cave d’une vieille baraque construite sur un ancien cimetière indien. Ils y ont trouvé un bouquin en latin appartenant jadis à une sorcière de Salem qui a juré de revenir se venger après son exécution. Ils n’ont pas pu s’empêcher de lire une incantation piochée au hasard qui invoque un démon vilain pas beau immensément puissant mais qui se contente de faire tomber les vases et tourner les serviettes. Une phrase dans le bouquin, pile celle-là, dans le genre pas de bol !… A croire que les USA forment un gigantesque cimetière indien de 10 millions de km² ! Que Salem était une mégalopole de 30 millions d’habitants dont la moitié ont été cramés, pendus, roués vifs pour sorcellerie ! Et pourquoi le latin ramènerait des bestioles sataniques par paquets de douze ? On n’avait pas encore inventé la première déclinaison qu’il y avait déjà des démons en Mésopotamie. Après, c’est vrai, des gamins qui lisent le cunéiforme, ça ne doit pas courir les rues ou les caves.”
Réponse de ma chère et tendre : “Ta gueule.”
Soirée télé dans la joie et la bonne humeur…

On connaissait la fiancée de Chucky. C'est officiel : il a aussi une maîtresse !

On connaissait la fiancée de Chucky. C’est officiel : il a aussi une maîtresse !

Mon attention a commencé à se relâcher vers la 30e seconde, un record ! La poupée, le thème de ouf !…
A une minute, le fou rire quand les deux greluches annoncent le plus sérieusement du monde : après consultation d’une médium, elles ont décidé de devenir copines avec le fantôme d’une gamine morte en lui proposant une colocation dans la poupée. Je ne sais pas à quoi elles carburent, mais c’est du lourd ! A mon avis, je vois bien la confusion entre médium et opium. Même finale pour les deux mots, on a vite fait de confondre…
J’ai décroché définitivement au bout de 4 mn. Annoncer que la poupée n’est pas habitée par un fantôme mais par quelque chose d’inhumain… Ah parce que pour toi, un fantôme, c’est “humain” ?!? Débat philosophique houleux en perspective… Prochain sujet du bac !… L’humain, je le définis comme vivant ou mort (contrairement au lolcat quantique de Schrödinger). Le fantôme, lui, plutôt ni l’un ni l’autre… ou un peu des deux… Ça dépend comment on le conçoit, c’est le côté pratiques des phénomènes bidons “étudiés” par les pseudo-sciences.
Après ça, j’ai dû m’assoupir et somnoler par intermittence entre deux pressions frénétiques de Yumi sur mon pauvre bras qui n’avait rien demandé.
Nos avis respectifs… D’après Yumi, très angoissant, tout en tension, Conjuring est un excellent film d’horreur, de loin le meilleur qu’elle ait vu en 2013. D’après moi, un film reposant, très sombre surtout vu que j’avais les yeux fermés.

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