Films en vrac (10)

Menu du jour, de l’éclectique avec RIPD, Machete, Le Dragon du Lac de Feu, The Blade et Prisoners.

RIPD (2013)
Un Men In Black chez les morts-vivants, distrayant mais très loin de son modèle. RIPD se laisse regarder sans laisser un souvenir impérissable. Quelques bonnes idées (les fausses apparences) mais mal exploitées ; un background trop vite esquissé (l’au-delà aurait gagné à être développé) ; le reste a déjà été vu mille fois (énième artefact capable de détruire le monde).
Je vous laisse deviner sur quel élément du film Yumi a flashé (indice 1).

Mary-Louise-Parker

Indice 2.

Machette (2010)
Film parti de pas grand-chose : une fausse bande-annonce diffusée entre les deux volets du diptyque Grindhouse. C’est bourrin, drôle, que demander de plus ? Si Machete avait été tournée au premier degré, il eût constitué un formidable nanar (rien que la présence de Steven Seagal, déjà…). Sauf que Rodriguez se montre plus malin que ça et accouche au final d’une série B très efficace. Références, jeux sur les codes et les clichés, trucs hénaurmes : un gros délire, certes, mais assumé et réfléchi.
J’avais une petite appréhension vis-à-vis de Danny Trejo. Les excellents seconds couteaux ne font pas forcément les meilleurs premiers rôles. Mais c’était pile le genre de film et de rôle taillé pour lui, la consécration d’une filmographie pour laquelle le terme “éclectique” a été inventé.

Le Dragon du Lac de Feu (1981)
Je l’avais vu tout gamin, autant dire que ça remonte. Récemment, j’avais failli le bouder, rebuté en voyant le nom de Disney. A tort. On est très loin du manichéisme simpliste de Disney, des petites fleurs, des petits oiseaux, des fleuves de guimauve. Suffit de voir ce qui arrive à la première victime du dragon, au missionnaire, à la princesse (pourtant sacro-sainte chez Disney).
Le Dragon du Lac de Feu a été un bide commercial en son temps et c’est bien dommage. Dans le genre médiéval-fantastique, les bons films sont rares et celui-ci en fait partie. Sorcier, magie, dragon, preux chevalier (plutôt biclassé guerrier-mage), roi tyrannique, princesse, paysans terrorisés, aucun ingrédient classique ne manque à l’appel. Niveau références, on en trouve à la pelle. Sacrifier les nanas du coin à un monstre fait immédiatement penser à Thésée versus Minotaure, et dans une moindre mesure à Persée et Andromède. Le binôme vieux sorcier-jeune disciple un peu niais renvoie aussi bien au cycle arthurien (Merlin-Arthur) qu’à Star Wars (Obiwan-Luke) ou à Tolkien (Gandalf-Bilbo/Frodon) et bien d’autres vu qu’il s’agit d’archétypes. L’affrontement avec le dragon rappelle le mythe nordique de Siegfried. Mon tout fait évidemment penser à Saint-Georges, qui est vu justement comme une allégorie chrétienne de Persée et Siegfried. D’autant plus évident dans le film avec la thématique de la lance – symbole classique de George – et le triomphe final du christianisme.
L’ensemble est assez désabusé. Sans vous spoiler la fin, on est loin du héros triomphant, qui tel Alexandre, conquiert le royaume à la pointe de la lance, épouse la princesse et règne en monarque sage et avisé. L’image générale, loin des couleurs flashy de la Table Ronde vue par Hollywood, abonde en scènes de nuit, virées dans des grottes, extérieurs boueux et rocheux. La période présentée, toute fictive qu’elle soit, va dans le même sens. Transitoire entre l’ancien et le nouveau, elle met en scène les débuts du christianisme, le dernier grand sorcier, le dernier grand dragon… et on la perçoit surtout comme une ère finissante. Assez proche du Haut Moyen Age. Le roi ressemble finalement moins à un gros noble qu’à un souverain tout-puissant. Son palais n’a rien d’un palace, sa capitale tout d’un bourg et rien d’un centre de pouvoir. A bien y regarder, le film ne pète vraiment pas la joie. Ambiance primitive et crépusculaire au rendez-vous.
Donc comme je disais, on est loin d’un Disney classique. Ici, on tue le side-kick comique, carrément. Le héros est plein de bonnes intentions mais foutrement incompétent. La princesse… ça, faut que vous le voyiez par vous-même. Et au-delà du bon vieux med-fan avec un bon vieux dragon, le film recèle une grande richesse qui renvoie au myhes énatiques ou médiévaux d’à peu près toute l’Europe. Du lourd, donc.
Côté effets spéciaux, certains accusent leur âge, mais dans l’ensemble, les plus intéressants – ceux du dragon  notamment – n’ont pas pris trop de rides.
D’aucuns ont critique le choix de Peter MacNicol pour le rôle principal. Ok, c’est son premier film et peut-être n’avait-il pas l’envergure nécessaire. En même temps, l’acteur se trouve de facto en adéquation parfaite avec son personnage. On pourrait en dire autant de Mark Hamill dans Star Wars.
Si Le Dragon du Lac de Feu n’atteint pas le niveau de Conan ou du Seigneur des Anneaux, il n’a pas non plus les mêmes ambitions ni les mêmes moyens, pas plus que l’énormissime background littéraire clé en main fourni par Howard et Tolkien. Bilan, je ne regrette pas de l’avoir redécouvert.

The Blade (1995)
Encore un film qui fut un bide en son temps. Avant de le revoir récemment, je l’avais découvert à sa sortie au ciné de ma fac où je passais plus de temps que dans les amphis. Ah, époque bénie…
A la base, The Blade appartient au genre du wu xia pian, le film de sabre chinois. Mais Tsui Hark livre ici une œuvre hybride qu’on peut considérer comme un hommage (ou un plagiat, diront les mauvaises langues) au chanbara. Je ferai un topo sur le genre un de ces quatre, m’enfin en bref il s’agit du film de sabre japonais.
On touche là aussi bien aux qualités qu’au défaut du film. Déjà, The Blade est un remake, donc pour du neuf, on repassera. En l’occurrence, le film originel était Dubei dao (独臂刀, Un seul bras les tua tous en VF ou The One-Armed Swordsman en rosbif) de Chang Cheh, sorti en 1967. Il devient Dao tout court sous la houlette de Tsui Hark. Rien que le ce titre en dit long en un seul sinogramme : 刀. Le kanji équivalent désigne le katana, symbole du film de sabre nippon par excellence. Ensuite, justement, les films de sabre, aussi le chanbara que le wu xia pian, sont des genres très codifiés. Des éléments reviennent donc d’un film l’autre, ce qui donne parfois un air de déjà-vu. Enfin, côté déjà-vu, les inspirations de Tsui Hark sautent tellement aux yeux qu’on se demande s’il n’y a pas quatre remakes en un (Zatoichi, Baby Cart et La Vie d’un Tatoué – qui ferait un bon titre pour ma biographie).
Vous l’avez compris, The Blade ne brille pas par son originalité. En le revoyant, d’ailleurs, j’ai moins accroché que la première fois. Pas que le film soit mauvais, loin de là. Aux plans technique et stylistique, Tsui Hark a bossé. Beaucoup. C’en devient parfois too much (ou “trop”, comme disent les Français). Possible que la mode récente de la caméra au poing me donne de l’urticaire sitôt que j’en vois une. Le fait est que c’est devenu viscéral chez moi (me remettrai-je un jour du traumatisme Cloverfield ?…). Esthétique, oui… mais parfois chaotique, limite épileptique. Faut reconnaître que ça rend bien l’idée d’art martial qui, comme son nom l’indique, se situe à mi-chemin entre l’esthétique et l’affrontement.
Bref, un bon film, quoique pas très novateur sur le fond voire une partie de sa forme, un chouïa trop tape-à-l’œil à mon goût.

Prisoners (2013)
Oh que j’avais peur de voir ce film !
1) Le thème du rapt d’enfants, je ne suis pas fan. Pas parce que le sujet me mettrait mal à l’aise, je déteste les gosses. Juste que 9 fois sur 10, on tombe dans le pathos à outrance, les passages tire-larmes trop appuyés, les scènes déchirantes vues et revues. Le thème facile pour donner dans le sentimentalisme.
2) La durée (2 h 26 !) qui présentait le risque de s’embarquer dans du long, du lourd, du chiant, donnant assez de marge au scénariste pour caser les fameuses scènes dégueulant de pathos à deux balles.
3) Le casting me laissait perplexe, notamment Hugh Jackman que je peux pas encadrer à cause du monolithique Wolverine. J’ai tendance à penser que même Steven Seagal joue mieux.
J’en viens même à me demander comment je me suis retrouvé devant ce film avec des a priori pareils. Ah oui, la cause s’appelle ma femme… Toujours est-il que deux heures et demie plus tard, j’en arrivais à la conclusion que parfois le sexe faible peut accoucher d’une bonne idée.
Prisoners fait preuve une grande retenue. Et une grande retenue implique une grande responsabilité force. De pathos outrancier point. Gravité, tension, douleur, on trouve tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un thème pareil, mais le trait n’est jamais forcé et le ton sonne juste. Beaucoup de choses ne sont pas montrées, parce que la seule suggestion suffit dès lors qu’on sait jouer sur la mise en scène. Hors champ, ombres, bruits, évocation verbale, le réalisateur utilise toute la panoplie du “comment dire quelque chose sans le faire apparaître crûment ?” et ça marche. Au lieu d’un tape-à-l’œil outrancier, on y gagne une ambiance, une réelle tension dramatique. De ce fait, je n’ai pas vu le temps passer, pas mal pour un film aussi long. A plus forte raison avec un rythme assez lent (mais pas ennuyeux) sans tomber dans les facilités habituelles pour réveiller le spectateur (fusillade, poursuite endiablée, plan nichons…).
Le film esquive les écueils scénaristiques faciles sur lesquels je ne vais pas m’étendre sous peine de spoiler comme un furieux. Disons que ce n’est pas juste une énième histoire de pédophile sur l’air de “si on pondait un scénar cliché sur un sujet d’actualité”.
La fin, je veux dire la toute  fin de la dernière minute du film, peut sembler abrupte, limite tronquée. Mais de mon point de vue, Denis Villeneuve a eu raison de s’arrêter pile à cet instant. Il aurait montré quoi de plus ? Rien qu’on ne devine. Bien foutu en plus ce final avec le jeu sur les lumières qui s’éteignent une à une jusqu’à ce que… Une dernière dose de suspens bienvenue.
Un défaut quand même : la musique. Certaines scènes en sont dépourvues, ce que je trouve très bien. En général, je déteste les musiques de films, surtout quand ces derniers se veulent réalistes. Dans la vraie vie, on est rarement accompagné d’une fanfare qui joue à tue-tête pour marquer chacune de nos actions. Le reste du temps, musique d’ambiance classique donc inutile, voire nuisible quand elle se fait trop présente limite au point de déconcentrer le spectateur de l’image.
Rien à redire sur l’interprétation de Jake Gyllenhaal et encore moins sur celle de Hugh Jackman. Comme quoi tout arrive et il vient de grimper en flèche dans mon estime. Doublement depuis que j’ai appris qu’il avait tourné il y a quelques années dans une pub pour la bière Asahi : un type qui se vend aux Japonais ne peut pas être foncièrement mauvais.

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