American Nightmare – The Purge

Film que je n’aurais pas dû voir, rien qu’à cause de l’argument “par les producteurs de Paranormal Activity et Sinister”.

C’est un argument de merde. En fait, c’est pas un argument. Mais c’est merdique quand même. Pourquoi ? Rien à voir avec les films cités que je n’ai pas vus. Simplement parce qu’un producteur n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais un artiste !
J’entends déjà les objections, votre Honneur, à propos de Machin, Untel ou Trucmuche. Oui mais non. Par exemple, Clint Eastwood produit des films. Sauf que son vrai métier n’est pas producteur mais acteur et réalisateur (plus un versant de compositeur), donc “homme de l’art”. Et s’il produit ses films, la raison en est un vice du système cinématographique américain : le producteur a le dernier mot. On parle bien d’un produit, pas d’une œuvre, et le seul moyen pour un réalisateur de voir le le final cut correspondre à sa vision… c’est tout simplement de le produire lui-même.
Un type qui ne fait que produire des films est donc un financier ni plus ni moins. Il ne produit pas les films, parce qu’il les aime bien ou parce qu’il y voit des œuvres majeures du septième art. Il voit le truc qui marchera et qui sera rentable, le pognon qui rentrera. Il ne s’adresse pas au spectateur mais au client. Il ne s’agit pas d’un philanthrope mais d’un homme d’argent.
Je vais faire l’analogie avec le monde des lettres et les éditeurs. Allez sur ce site, lisez en remplaçant “éditeur” par “producteur” et “livre” par “film”. En fait, utiliser ce pseudo-argument reviendrait à dire que parce qu’un éditeur a un jour publié tel livre formidable du panthéon des lettres, tous les bouquins qu’il publie sont destinés à devenir des classiques de la littérature aux côtés de Rabelais, Hugo, Céline… Complètement débile. Cinéma même combat.
Je trouve même l’argument de vente insultant. Je traduis : vous avez rapporté du blé à ce type en allant voir Paranormal Activity et Sinister, il estime pouvoir encore vous faire raquer avec un troisième film. Salut, la vache à lait, comment va ?

Foin des digressions, revenons au film.
American Nightmare est le titre “français”. J’ignorais que l’anglais était devenue la langue officielle de l’Hexagone. A moins que Jean-Claude Vandamme ne préside désormais l’Acadamie Franglaise ?… Voilà ce que c’est d’habiter le Japon, on rate les événements majeurs… Titre original, The Purge… Je comprends la difficulté de vendre au public un film sous le titre La Purge. Ça donne moyen envie. Sauf que le titre américain a exactement ce sens. En anglais, purge, c’est… une purge. Le public ricain n’a visiblement pas été rebuté puisque le film s’est juste hissé à la première place du box-office le week-end de sa sortie outre-Atlantique. Sans déconner, y a vraiment que les Français à s’arrêter au titre ! La preuve, c’est exactement ce que je fais : déblatérer sur la question.
Et quitte à changer le titre complètement, pourquoi American Nightmare et pas Cauchemar Américain ou Nuit de Cauchemar ou un truc du genre ? Question rhétorique. Vu le public visé, ça fait cool de coller un titre en anglais, très cool de placer “nightmare” sur un film estampillé horreur (c’est super original en plus) et encore plus cool de caser American, symbole de la coolitude (parce que la France vit toujours dans la fascination de tout ce qui vient de chez nos libérateurs exactement comme au sortir de la Seconde Guerre Mondiale).
Bon, vérification faite sur Imdb, le titre a changé pour pas mal de pays… mais ils ont eu le bon goût d’en apposer un dans leur langue natale. Au passage, j’y apprends que le film est une production franco-américaine, donc encore moins d’excuse pour n’avoir pas su trouver un titre potable pour l’exploitation en France (argument dont je sais qu’il est parfaitement spécieux vu que le titre d’exploitation dépend essentiellement du distributeur et pas du producteur, mais je n’ai pas une réputation de chantre de la mauvaise foi pour rien).
Cocorico, la France réussit le pari de ne respecter ni l’œuvre, ni le public, ni sa propre langue.

Parlons du classement hasardeux du film. Science-fiction, horreur, thriller. Rien que ça.
Oubliez la catégorie science-fiction. Suffit pas de caser une intrigue dans le futur, sans quoi les prévisions météo à 7 jours relèveraient de la SF. Classer systématiquement les dystopies en SF relève également de la connerie en branche. Ou alors, faut que le genre inverse, l’utopie, suive le mouvement. Auquel cas, Platon finira au programme comme auteur de SF avec La République.
Dans SCIENCE-fiction, il y a un terme important qui permet de classer une œuvre ou pas dans le genre. Autrement, on est dans l’anticipation et les deux ne sont pas synonymes.

Chacun l’aura compris, j’ai abordé avec The American Nightmare Purge à reculons et énervé.
Donc, le film. (Je rappelle que cette critique est estampillée de la mention “par le producteur de la phrase Foin des digressions”).

the purge

Synopsis officiel repris par tous les sites, qui sent bon le traducteur automatique :
Une nuit par an, en Amérique, tous les crimes peuvent être commis et les assassinats sont légaux. On ne peut pas appeler la police et l’hôpital ne reçoit aucun patient, tous les crimes sont impunis cette nuit pleine de violence. Quand un étranger fait son irruption dans la famille Sandin, sa présence déclenche une série d’événements qui menacent de déchirer une famille, qui devra survivre à cette nuit sans se transformer en les monstres dont ils se cachent.
The Purge nous propulse en 2022 dans une Amérique idéale : 1% de chômeurs, criminalité et violence quasi éradiqués. Il fait bon vivre aux States. (Je comprends mieux le classement en science-fiction finalement…) Mais… La cocotte-minute sociale a besoin de laisser échapper la pression et une nuit par an, pendant 12 h, l’anarchie totale a le droit de régner en maîtresse absolue. The Purge que ça s’appelle. Chacun peut se livrer au crime en toute impunité, tuer, piller, violer, télécharger… Evacuer d’un coup toute la tension accumulée et se tenir à carreau le reste de l’année. Une catharsis (tiens, voilà une idée de titre qui tient la route, je dis ça, je dis rien).
Une idée de base à la fois pas conne… et complètement crétine, puisqu’elle nie le fonctionnement de la psyché humaine. Sur le même principe, on pourrait bouffer une journée entière et jeûner le reste de l’année, dormir une semaine et veiller les 51 autres, etc.
Est-elle innovante ? Sachant que :

  • la purge est un cérémonial nocturne ;
  • les valeurs s’inversent et les cadres moraux, sociaux ou organisationnels disparaissent ;
  • les hommes laissent libre cours à leurs pires penchants et deviennent de véritables monstres : les démons courent en liberté dans les rues ;
  • en ne se basant que sur la bande-annonce (histoire de ne rien vous spoiler), quand un gars se réfugie chez Ethan Hawke, ses poursuivants frappent à la porte avec des masques en réclamant le bonhomme sous peine de massacrer tout le monde.

Si vous n’avez pas capté qu’on se trouve quelque part entre Samain et Halloween, je ne peux que vous conseiller l’achat d’un cerveau ou d’une corde.
Et là, on se dit qu’il y a de quoi faire niveau enjeux par rapport à la nature (in)humaine, la violence et ses rapports aussi bien à l’individu qu’à l’Etat (puisque c’est lui qui l’autorise), la fascination pour le morbide, le panem et circenses version contemporaine. De quoi gloser aussi sur des paradoxes dont je ne saurais dire s’ils sont ultra profonds ou d’une débilité abyssale, comme le concept d’anarchie organisée par l’Etat.
Et voici que résonnent des titres comme 1984, Le Meilleur des Mondes, Running Man, Orange Mécanique, Wang… Je précise qu’il s’agit de littérature pour les demeurés qui croient que la culture tient forcément sur DVD et se limite au cinéma et jeux vidéos. Quoique 4 titres sur 5 aient été adaptés au grand écran, je les cite d’abord et surtout comme livres, largement au-dessus de leurs équivalents sur pellicule. Pas juste en vertu du débat débile et stérile comme quoi les adaptations seraient forcément moins bonnes que le bouquin d’origine, juste parce qu’il y a des domaines où la plume est un outil plus approprié que la caméra. La dystopie en est un. (Et pour info… 1) Orange Mécanique est un de mes cinq films préférés, donc c’est pas pour le plaisir de dire “les films, c’est nase”. 2) Dans un autre genre que j’affectionne particulièrement, le western, je tiendrais un discours inverse.)

Bilan : j’ai attaqué le film avec une angoisse terrible. Dystopie intelligente ou énième slasher halloweenien ? Sans trop d’illusions, je dois reconnaître. Parmi les producteurs figure rien moins que Michael Bay, donc pour la finesse…
D’habitude, je mets en garde contre les spoilers après avoir raconté la fin. Comme je suis dans un bon jour – on dirait pas, hein ? –, je préviens obligeamment le lecteur que la suite en est pleine. Y a même que ça, je raconte le film en intégralité.

La Purge

Tout commence par une belle journée ensoleillée, sans doute pour mieux marquer la différence avec la nuit qui s’annonce sombre dans tous les sens du terme. Dans le genre convenu, mauvais départ…
Papa Hawke rentre chez lui après une dure journée de labeur. Sa femme l’accueille avec un sourire tout en préparant à bouffer, car la place des femmes est à la cuisine, c’est bien connu. Elle pourrait se trouver dans n’importe quelle autre pièce de leur immense baraque, mais non, comme Brian, la femme américaine est TOUJOURS dans la cuisine lors de l’exposition. A la télé, un gus parle de la “catharsis nationale”. En moins de deux minutes, la société américaine du futur nous est présentée sur la base de travail, famille, patrie, le tiercé dans l’ordre. Comme dans la vraie vie de maintenant en fait.
Mme Machin (j’ai déjà oublié son nom) prend le temps de sortir papoter avec une voisine qui parle de la jalousie des gens du coin à son égard. Bien que son discours ne soit pas étayé d’un énorme clin d’œil à notre adresse, on sent à peine le coup venir pour plus tard.
Nous sont ensuite présentés la fille et son petit copain. Elle, ado rebelle, lui ne plaît pas au pater familias. Originalité quand tu nous tient… Enfin, le fiston, un geek de 12 ans dont la tignasse donne envie de le tondre plus sûrement que s’il avait couché avec des Boches. Expressif comme un poulpe crevé, il fait mumuse avec un tank radiocommandé dont la tourelle est une poupée estropiée munie d’une caméra (faut pas chercher à comprendre). On nous montre bien qu’il possède une planque au fond d’un placard dans sa chambre. Ne manque que le néon clamant “ces trucs serviront plus tard”.
Vient l’heure du repas familial et ses répliques d’une originalité renversante. “C’est délicieux, chérie.” “Les enfants, qu’est-ce que vous avez fait aujourd’hui ?” En général, je ne suis pas réceptif aux questions de cadrage faute d’y connaître grand-chose, mais là… La caméra saute du père au fils revient sur le père passe à la mère, y a une tronche différente à l’écran par seconde. Elle ne pourrait pas les filmer de plus près sans se cogner dans les acteurs… et quand elle recule (comment veux-tu, comment veux-tu), le champ est à moitié bouché par un bras, une épaule, une touffe de cheveux, un verre… Que ce défaut saute aux yeux de la tanche que je suis sur ce genre d’aspect technique en dit long. Ce dîner familial relève du calvaire visuel qui donne envie de gerber.
Le quatuor ne suscite rien. On ne s’attache pas à eux, on ne les déteste pas non plus. La seule chose bien rendue, c’est qu’on s’emmerde comme à un vrai repas de famille.
15 minutes de film qui tiennent du ni fait ni à faire. Comme je n’ai vu cette exposition que 3872 fois au cours de ma carrière de cinéphile, je suis scotché à mon fauteuil par la tension dramatique.

Arrive l’heure de la Purge.
Toute la famille s’installe devant la télé pour regarder le message gouvernemental annonçant l’ouverture des hostilités. Pour le spectateur analphabète, une voix-off lit le texte qui défile à l’écran. Sans doute le même d’une année à l’autre, donc quel intérêt pour eux de se le retaper ? Aucun hormis l’artifice pour expliquer au spectateur en quoi consiste la Purge. Pas du tout lourdingue, papa Ethan en rajoute une couche et dégoise un speech sur le bien-fondé de l’événement. Sans doute le même aussi que l’année d’avant et la précédente et encore avant… Procédé grossier comme pas permis auquel on ne peut adhérer. Les enfants savent déjà de quoi ils retournent et on sait qu’ils savent. Pendant le dîner, on a même appris que la Purge figurait au programme scolaire, donc que l’explication du paternel relève du doublon redondant. Comme l’expression “doublon redondant”. Ethan Hawke s’adresserait directement à la caméra en disant “eh, spectateur, je vais t’expliquer le bousin”, le procédé ne semblerait pas plus artificiel.
Au passage, j’ai éclaté de rire lorsqu’Ethan Hawke a lâché la phrase maudite : “tout ira bien”. Erreur fatale. Au ciné comme à la télé, dès que tu dis “ça va aller”, la situation part en sucette, le blessé meurt, le croquemitaine te saute à la gorge…
Et des fois qu’on aurait pas compris, pendant les minutes qui suivent, tandis que chacun part vaquer à ses occupations, la télé explique en fond sonore comment les Etats-Unis en sont arrivés à ce système de purge.
Bon. Je ne suis ni scénariste ni réalisateur, mais plutôt que faire chier le spectateur 25 mn, claquer le message gouvernemental en voix-off pendant le générique aurait réglé la question d’entrée. World War Z le fait très bien, c’est même le seul truc du film auquel j’ai accroché : générique avec les nouvelles du JT en fond pour poser le contexte, 2 minutes de vie familiale à la con, et hop roulez jeunesse, on est catapulté dans le truc.
Durant ce chiantissime tiers de film, j’ai révélé UN élément de satire sociale : les vendeurs de système de sécurité se font des couilles en or grâce à cette seule nuit où chacun transforme sa baraque en bunker. Sales profiteurs, bouh les vilains.

Que nous réserve la suite ? Un festival de nawak.
Le copain de la fille s’est introduit dans la baraque pendant le dîner pour avoir une discussion d’homme à homme avec le paternel. Il choisit la nuit où les gens tireront à vue sur un intrus, cette même nuit où ils pourraient le buter juste parce qu’ils trouvent ça fun, et en plus papa Ethan ne peut pas le saquer. Un pur génie ! Pas suicidaire, le mec.
Dans le même temps, le gamin ouvre la porte pour laisser entrer un clochard surgi de nulle part qui demande de l’aide. On nous l’avait vaguement présenté comme intelligent, il n’imagine donc pas qu’il pourrait s’agir d’une ruse pour infiltrer la baraque. Bien sûr, il connaît le code pour désactiver l’alarme. Encore des parents irresponsables qui n’ont pas compris que les gosses c’est très con et qu’on ne leur confie pas l’accès à la seule chose qui sépare d’une horde de tueurs…
Là-dessus, le petit copain déboule avec la ferme intention de descendre Ethan Hawke selon une conception très américaine de la discussion entre adultes. Ils échangent huit coups de feu à trois mètres de distance. Une balle fait mouche, bravo les tireurs d’élite. Exit le boyfriend. Ce sous-personnage ne sert tellement à rien qu’en retirant les passages où il apparaît, le film ne s’en trouverait pas changé. Mais bon, faut meubler.
L’illustre inconnu part baguenauder dans la maison, mais tout le monde s’en branle. Puis la fille part bouder dans un coin et on ne la revoit plus pendant 20 minutes sans que ses parents s’inquiètent de savoir ce qu’elle devient.
Débarque alors à la porte un groupe de gens armés. A croire que la ville entière s’est donnée rendez-vous pile devant cette baraque. Ils veulent tuer LE gars que la gentille famille a recueilli. Pas un autre, mais lui en particulier. On dirait la chauve-souris de Bigard. Comment savent-ils où il s’est réfugié ? Pas par l’opération du Saint-Esprit, on échappe au moins à ça. C’est pire ! Ils ont demandé aux voisins. La nuit où on peut tuer impunément, tu ouvrirais ta porte à dix mecs armés de machettes et pistolets pour leur indiquer le chemin ?!? Leur chef est un connard blondinet arborant en permanence un sourire jusqu’aux oreilles, un Joker du pauvre interprété avec le talent inverse d’un Nicholson ou d’un Ledger.
Pour donner du poids à l’argumentation “vous nous livrez le bonhomme ou on vous bute”, les assiégeants coupent le courant dans la maison. La baraque dispose paraît-il d’un système de sécurité de la mort, mais n’importe qui peut couper le jus de l’extérieur. Ah… Puis Ethan Hawke explique en substance que son super système n’est pas parfait à 100% (merci de le préciser) et n’est pas prévu, je cite, “pour les scénarios catastrophes”. Il bosse quand même dans la boîte qui a conçu le système, il ne cesse d’en vanter les mérites depuis le début et annonce d’un coup que le truc est tout pourri. Et je répète, il y a UNE nuit dans l’année susceptible de tourner au scénario catastrophe et il n’est pas foutu de bunkeriser correctement sa baraque alors que, je répète encore, il bosse dans la sécurité.
Commence alors la quête de l’Anneau du clochard. Je passe sur la longue traque sans la moindre tension. Le gamin le repère grâce, ô surprise, à son char-poupée-caméra télécommandé et l’envoie se cacher dans son placard secret.
Vers la 47e minute, jump scare, parce qu’il fallait en caser un. La fille bondit devant la caméra. Un gros bruitage dégueu souligne le truc. J’ai sursauté comme un con, mea culpa. C’est obligé tellement on ne s’y attend pas, parce que ltruc arrive artificiellement comme une perruque sur la soupe – un cheveu n’y suffirait pas. Mais pourquoi ? Rien ne justifie un “saute la peur”. Sauf si le truc a été ajouté après coup au motif que le film se traîne au point de devoir réveiller le spectateur.
Les protagonistes décident spontanément dans d’aller la chambre du gamin. Ils sont tous éparpillés dans la baraque mais ont la même idée en même temps, motivée par… rien… La godiche se trouve prise en otage par le clochard soi-disant désarmé… qui a un flingue. Baston. La caméra s’agite beaucoup pour souligner l’action, l’urgence, la tension. Le cadrage chie royalement et rend la scène illisible sauf pour les fétichistes des pieds. Bizarrement, pour une scène de nuit dans une maison sans électricité, on voit clair grâce à leurs lampes de poche asez puissantes pour guider des bateaux.
Là-dessus, le gamin prend son tour de bouderie et se barre en courant. Puis la mère, puis la fille. La famille de caractériels…
Après avoir menacé, tabassé, ligoté et poignardé le clochard, finalement, la gentille famille décide de ne pas le livrer aux assiégeants. En bon Américain, Ethan Hawke prend une décision inattendue (sic) : “on va se battre”.
Au bout d’une heure de film, la bande de frappadingues envahit enfin la maison. Conformément à la tradition, tout le monde fait ce qu’il ne faut pas faire. Se séparer. Se cacher sous le lit. Entrer dans la chambrer, s’arrêter devant le lit et ne pas regarder en-dessous (plan attendu de la gamine tétanisée avec des godasses hostiles à 5 cm de son nez). Lâcher son arme et ne surtout pas la ramasser. Rater sa cible à 2 mètres avec un fusil d’assaut qui tire en rafales et encore mieux vider un chargeur de pistolet à 20 cm sans en mettre une. A ce stade, les munitions infinies ne m’ont pas choqué plus que ça.
Chaque fois qu’un méchant est à deux doigts de buter un gentil réduit à l’impuissance, il attend ou fait le malin ou raconte sa vie au lieu de tirer et se prend une bastos. Procédé répété trois fois en dix minutes seulement ! Comble de l’incompétence, Ethan Hawke réussit quand même à se faire ouvrir le bide en dépit de cette Providence improbable et d’un deus ex machina honteux incarné par les voisins. Il s’éteint lentement dans les bras de sa famille réunie, personne n’ayant l’idée de chercher la trousse à pharmacie.
Et là, coup de théâtre, les voisins retournent leur veste ! Après le speech initial “tout le monde vous envie dans le quartier”, quelle surprise, mes amis ! Que font les voisins, je vous le donne en mille ?!? Ils blablatent… le clochard déboule (il était où au fait ?) et les chope par surprise. Et de 4 fois le même coup en 15 mn !
La femme veuve d’Ethan Hawke décide ne pas tuer les voisins qui restent et de leur infliger le supplice du spectateur : l’ennui. Survivants du voisinage et de la famille finissent la nuit de Purge à se faire chier assis en silence autour d’une table. Comment dire ?… C’est d’une débilité sans nom ! Le coup de la femme qui choisit de résister à la spirale de la violence ne tient pas la route une seconde. Déjà, réaction humaine instinctive : des gens viennent d’essayer de te buter, t’as qu’une envie, les flinguer. A plus forte raison quand la loi te donne sa bénédiction. Mais surtout, si t’es pas trop con, tu te dis qu’ils n’ont qu’à patienter un an pour revenir te zigouiller impunément. Vaudrait mieux les descendre préventivement.
Les voisins partent au petit matin, puis le clochard. Et c’est fini.

Conclusion :

De l’idée dystopique ne sort qu’un thriller raté entre Panic Room et Funny Games. Je cherche encore les éléments qui permettraient de le classer en film d’horreur ou de SF. A part le cadre prétexte, l’anticipation reste inexploitée. A bien y regarder, quand on sait que le réalisateur et scénariste s’appelle James DeMonaco, il n’a jamais pondu qu’un auto-plagiat du très moyen Assaut sur le Central 13, lui-même remake d’Assaut de Carpenter. De la copie de copie…
Une mine de clichés, maladresses, incohérences où rien ne tient la route, des grandes lignes aux infimes détails. Par exemple, je n’avais jamais vu d’armes de cinéma qui donnent autant l’impression d’être de joujoux en plastique.
Les acteurs se montrent à la mesure de leurs personnages épais comme des cartes à jouer et restent inexpressifs 90% du temps. Sauf Ethan Hawke, qui donne dans le non-jeu à 50% et le reste du temps halète comme s’il venait de courir trois marathons. Sauf le chef des méchants aussi, qui cabotine et surjoue de façon très nanarde.
C’est filmé avec les pieds, cadré avec les genoux, cousu de fil blanc modèle grosse ficelle et bourré d’astuces à deux balles qui crachent à la gueule du spectateur. A moins de sniffer du café moulu, niveau de tension dramatique zéro.
J’ai appris qu’une suite était prévue et je cherche un tueur à gages, envoyez-moi vos CV.

Ce film porte bien son nom : c’est une purge.

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