2009 Lost Memories

Titre original : 2009 로스트메모리즈
Réalisation : Lee Si-myung
Acteurs principaux : Jang Dong-gun, Toru Nakamura
Scénario : Lee Si-myung & Lee Sang-hak
Durée : 135 min
Sortie : 2002
Pays d’origine : Corée du Sud
Genre : science-fiction (uchronie) / action

Synopsis :
Suite à l’assassinat raté de Hirobumi Itō en gare de Harbin en 1909, l’Histoire part en vrille comme le scénario de ce film. La Corée devient territoire japonais (pas très uchronique, c’est vraiment arrivé), le Japon est un allié des Etats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, et c’est sur Berlin que la bombe atomique est lâchée (hautement crédible).
En 2009, deux agents du JBI (Japanese Bureau of Investigation) enquêtent sur les agissements d’un groupe de terroristes coréens appelés les Hureisenjin qui veulent l’indépendance de la Corée.

Avis :
Dommage, ça avait l’air bien sur le papier. Finalement, c’est Commando au pays de Stargate sur le rythme de L’homme qui valait 3 milliards en train de courir (au ralenti donc…).
J’adore les uchronies et l’histoire promettait d’être intéressante. Malheureusement, l’Histoire revisitée expliquée au début du film s’embarque sur un terrain totalement fantaisiste. Par exemple, on imagine mal les USA mettre 9 ans à battre l’Allemagne, surtout en la plombant de bombes A et sans le front Pacifique à gérer.

Passé le premier quart d’heure, j’ai commencé à regarder combien de temps il restait avant la fin, mauvais signe (surtout pour moi puisqu’il restait encore 2 heures).
M’attendant à un vrai récit de science-fiction, j’ai été déçu de me retrouver devant une succession de fusillades dans une réalité alternative. C’est tout simplement un blockbuster dans le sens péjoratif. Pour autant, Lost Memories tire son épingle du jeu vis-à-vis de ses concurrents américains : il y a quand même un scénario. Reste que l’uchronie n’est pas suffisamment exploitée et passe au second plan devenant rapidement un simple prétexte à se lancer dans un énième discours nationaliste et antijaponais. Enfin c’est un peu comme un film indien où tout le monde se croit obligé de danser et chanter : un film coréen doit toujours comporter un message de lutte pour l’indépendance du pays (visiblement pas encore digérée depuis 50 ans qu’elle est effective).
De plus, les bastons à gogo, ralentis à outrance et musique pompeuse autant que pompante tue toute émotion et toute tension. Le film se veut “d’action”, mais paradoxalement pèche beaucoup de ce côté. Oh de la castagne, il y en a. On en profiterait peut-être davantage en vitesse normale plutôt qu’en ralenti-flou-saccadé. Trop d’effet tue l’effet.
Le réalisme ? Un gadget des plus superflus. Deux flics avec chacun un petit pistolet attaquent 20 terroristes armés de pistolets-mitrailleurs et d’un bazooka… une fusillade d’intro certes impressionnante mais avec la vraisemblance de Commando… 10 flics dans un couloir cartonnent un fuyard 5 m devant eux sans parvenir à le toucher… On se croirait dans “Seagal et la fourmi” sauf qu’en lieu et place de fontaine affable, c’est un impétueux torrent d’incohérences et invraisemblances.

Lost Memories souffre de deux défauts : trop américain, trop coréen.
Pays divisé, la Corée joue beaucoup sur le sentiment national dans son cinéma (partition en deux Etats, présence américaine plus ou moins bien supportée). De leur point de vue, c’est compréhensible de s’interroger sur l’identité nationale ; évidemment, le spectateur occidental, ça lui passe un peu au-dessus. Ici, ce sentiment se cristallise autour du sentiment anti-japonais (un peu comme si la France continuait à produire des films anti-allemands en mémoire de 1870, 1914 et 1939). Personnellement, si je comprends le sentiment “pour” un pays, j’ai nettement plus de mal quand il prend systématiquement place dans un discours “contre” un autre.
Trop américain, disais-je. Eh bien, pour ce même côté nationaliste démago (j’ai pensé à Independance Day, c’est pour dire…) et parfois limite (vu la place de la violence comme solution à tout). Ensuite, le cinéma coréen “grand spectacle” lorgne beaucoup sur ce qui se fait aux USA. Sur le principe de l’émulation, c’est une bonne chose, car les réalisateurs mettent la gomme de même que les producteurs pour débloquer des budgets conséquents. Le bât blesse lorsque l’américanisation tourne au même délire de mise en scène (abus des effets de manche, mise en scène clipesque illisible…). A trop en faire, ça ne ressemble plus à grand-chose.

Bref, ce film fait penser à du Michael “Gros bourrin” Bay mettant en scène un patriotisme forcé, démago et tendancieux dans une débauche d’effets aussi tape-à-l’oeil que redondants. Commercial, grandiloquent, bourrin, le pari est réussi pour ressembler au grand frère américain, idem pour ce qui est de tuer les bonnes idées. Après Hollywood, après Bollywood, bientôt Yellowood.

Réalisme, cas d’école 1 : Un cas qui intéresserait Horatio “Sunglasses” Caine : blessure de sortie évidente mais pas de blessure d’entrée.
Réalisme, cas d’école 2 : Juste avant, on entend le “ptiou” du pistolet dont on voit très bien le silencieux. Quand le héros ramasse l’arme et tire sur son agresseur, on entend un énorme BANG !

(Republication de ma chronique de juin 2010 sur Le Boulevard des Stars.)